Le trio We Are Wolves : Alexander Ortiz, Vincent Levesque et Pierre-Luc Bégin

We Are Wolves : Briser la barrière des langues

Alexander Ortiz a été élevé en espagnol et a fait ses classes en français avant d’entrer dans une université anglophone. Depuis près de 20 ans, il écrit et chante en anglais au sein du trio montréalais We Are Wolves. Voilà qu’il fait maintenant le pont entre ses univers linguistiques avec «La main de Dieu», un minialbum sur lequel se côtoient les langues de Molière et de Cervantès.

Joint cette semaine, le musicien ne le cache pas : le projet d’écrire en français trottait depuis un moment dans sa tête et celles de ses collègue de We Are Wolves, Vincent Levesque (claviers) et Pierre-Luc Bégin (batterie). Alors que leur cheminement musical les a amenés à se produire à quelques reprises en Amérique latine (lire l’autre texte), l’équation a été simple et le résultat s’est concrétisé sur les cinq titres bilingues de La main de Dieu.

«[Jouer là-bas nous a permis] de découvrir une autre culture musicale, résume Ortiz. Moi, je suis Colombien et j’ai grandi dans une famille colombienne. Ce que je connaissais de la musique latine, c’était soit la musique traditionnelle qui venait de l’éducation de mes parents ou soit de la musique vraiment quétaine pop que j’ai pu entendre dans ma famille. En étant là-bas, dans un milieu complètement différent, dans une culture plus punk ou indépendante ou new wave de l’Amérique latine, ça m’a donné le goût d’écrire des tounes en espagnol.»

Formé en 2000, We Are Wolves ne s’est jamais gêné pour expérimenter, laissant son électro-rock flirter tantôt avec des sonorités punk, tantôt avec des ambiances plus pop. Pour Alexander Ortiz, La main de Dieu représente le reflet de cette évolution musicale, tout comme une occasion de sortir un peu de sa routine de création.

«Cet album était un challenge pour nous, observe-t-il. On est dans un milieu qui est un peu drôle, qui est soit francophone ou anglophone. C’est rare que ça se mélange tant que ça. Nous sommes francophones, mais nous faisons de la musique en anglais. Des fois, les francophones ne comprennent pas trop pourquoi on chante en anglais. Et quand on arrive chez les anglophones, c’est un peu la même chose. On trouvait intéressant de se donner ce défi d’aller au-delà de toutes les barrières et de composer des trucs personnels en français et en espagnol.»

Influences colombiennes

Né au Québec de parents colombiens, Alexander Ortiz — qui partage la plume de We Are Wolves avec Vincent Levesque — a toujours jonglé avec les langues… Comme sa famille, d’ailleurs. «Mes parents ont comme appris le français à la dure, raconte-t-il. Quand j’étais p’tit cul, j’invitais des amis et mes parents ne comprenaient pas le français. Mais peu à peu, ils ont fini par apprendre le français et l’anglais. Ils parlent espagnol juste avec moi, parce que toute ma famille est encore en Colombie.»

Le chanteur et guitariste a d’ailleurs eu l’occasion d’aller à la rencontre de sa parenté, un processus qui a nourri la création des nouvelles chansons de We Are Wolves. «J’ai connu des cousins et des cousines, reprend-il. Ils ont été une bonne influence pour découvrir un côté musical que je ne connaissais pas trop. Même dans les paroles. En parlant avec eux, j’entendais des mots dont j’aimais la résonance. Je les mettais dans mon petit cahier de textes et je finissais par les intégrer.»

«La main de Dieu» de We Are Wolves

S’il revient à des thématiques qui lui sont chères sur La main de Dieu — «un peu de mysticisme, de spiritualité, d’amour avec une consonance philosophique ou sociale», évoque-t-il — Alexander Ortiz estime du même souffle avoir osé un côté «plus personnel et émotif» en délaissant la langue de Shakespeare.

«C’est plus près de mon idée de la famille, de l’éducation, de moi en tant que père qui enseigne à mes enfants et aussi de ce que j’ai reçu comme éducation dans mon parcours, analyse-t-il. J’ai grandi en espagnol, j’ai étudié en français et je suis allé à l’université en anglais. Il y a peut-être cet élément-là qui revient.»

Traitant d’amour, de fatalité ou d’un besoin «juvénile» d’évasion, les nouvelles chansons de We Are Wolves sont truffées de symboles et de références célestes, divines ou mythiques.

«Ça vient de mon éducation latino religieuse, reconnaît Alexander Ortiz. J’ai grandi dans un milieu chrétien. J’ai eu un gros buzz à lire la Bible. Dans mon adolescence, j’ai découvert la philosophie et la littérature et j’ai embarqué là-dedans à fond. J’ai étudié la mythologie grecque ou des présocratiques. Je me suis approprié beaucoup d’éléments, par exemple chez Aleister Crowley et l’occultisme, que j’ai lus avec une autre vision. Ce n’était plus une vision chrétienne, c’était une vision humaine. Des fois, les gens vont regarder ça et dire que c’est satanique, mais si tu prends le temps d’évaluer ça correctement et de le mettre en perspective avec tout ce qui se passe socialement, ce n’est peut-être pas si satanique que ça...»

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À LA CONQUÊTE DE L'AMÉRIQUE LATINE

We Are Wolves avait déjà eu l’occasion de se produire hors des frontières du Québec : le guitariste et chanteur Alexander Ortiz cite notamment une tournée en Allemagne qui avait bien marché. Depuis quelque temps, c’est plutôt l’Amérique latine qui craque pour le rock énergique de la formation montréalaise. 

«On a fait une vitrine au Brésil et au Chili. Ç’a bien fonctionné et on a tout de suite rencontré une agente et des gens qui sont vraiment intéressés à nous faire travailler là-bas. Depuis, on se retrouve à y aller quatre ou cinq fois par année.»

Au fil de ses voyages, le groupe a eu l’occasion de constater que sa pièce Paloma, notamment, avait fait du chemin. «C’est une chanson que j’ai écrite pour ma fille et qui est en anglais et en espagnol, note Ortiz. Elle a été utilisée dans plusieurs films de skate ou de vélo extrême, dans des jeux vidéos et des publicités. Quand on est allé pour la première fois en Amérique du Sud, il y avait du monde qui connaissait les paroles. On a réalisé que la chanson avait eu une portée beaucoup plus grande que juste ici au Québec. Il y a des gens qui pensaient qu’on était un band latino, qu’on venait genre de l’Argentine. Quand ils nous ont vus, ils étaient comme : “Quoi? Vous êtes de Montréal?”»

Récemment, We Are Wolves s’est offert une tournée en Équateur. Entre l’altitude qui l’a tenu «à bout de souffle» pendant son séjour et la découverte d’une population «chill et relax», le trio a vécu un périple pour le moins singulier. «On a fait des neuf heures de route à travers les montagnes, relate Ortiz. C’est devenu un buzz personnel hyper poétique de voir cette humanité et les grandeurs de la nature. Tout ça mixé avec le fait d’arriver dans une ville, de faire des shows devant des gens qui ne t’ont jamais vu, mais qui tripent en malade! Ç’a été une expérience vraiment unique.»

Et ce n’est pas terminé pour We Are Wolves, qui pourrait avant longtemps ajouter la Patagonie, le Chili, l’Argentine et le Pérou à son agenda de tournée...  Geneviève Bouchard