Daniel Lanois crée sa musique avec l’utopie technologique en ligne de mire et continue d’approcher le studio comme le laboratoire d’un savant fou.

Vers l’infini sonore et plus loin encore

Daniel Lanois est un jet-setteur discret. Il y a quelques jours, il honorait une invitation de U2 à rejoindre le groupe sur scène lors du tout dernier concert du The Joshua Tree Tour, au Brésil. En novembre, il revient au Québec pour une série de prestations qui s’achèvera à Gatineau le 12 novembre, à la salle Odyssée. Entre les deux, il retrouve son studio de Toronto où il arrose ses (nombreuses) plantes — photos à l’appui — et fertilise sa quête musicale.

Quelques secondes d’un seul de ses titres suffisent pour saisir à quel point ce natif de Hull a influencé l’ADN des plus grands, de Bob Dylan jusqu’au nouveau disque d’Arcade Fire. Conceptuel, progressif, électronique, audacieux, aventureux, combien de qualificatifs pour désigner ce musicien/producteur dont le répertoire personnel compte une quinzaine d’albums et quelques nominations aux prix Grammy ? Sous l’appellation Time On, les concerts québécois explorent près de trois décennies d’une quête musicale effrénée.

« Je prenais un café avec une amie un jour et elle me confiait qu’elle était impatiente d’avoir du temps libre, raconte Daniel Lanois. Je lui ai alors demandé : libre pour quoi ? Elle m’a répondu pour relaxer et faire ce qu’elle aimait. J’ai pensé alors : est-ce que ce ne serait pas plutôt un luxe de faire quelque chose que nous admirons et aimons tant que nous ne voudrions pas nous en séparer ? »

En rétrovirus à « time off », voici donc Time On, qui déroule sur scène, en deux mouvements, ses explorations musicales depuis la sortie du tout premier album, Acadie, en 1989. 

« J’aime ce terme, “time on”, qui est tourné vers le futur. La soirée débute par une rétrospective de mes classiques pour se diriger, en deuxième partie, vers des explorations sonores avec les nouvelles technologies. » 

Dans ce voyage, on croisera la batterie de Kyle Crane et la basse de Jim Wilson, pour insuffler un rythme cardiaque à l’inimitable guitare steel de Daniel Lanois. 

« J’ai toujours mené une quête pour trouver de nouvelles idées, prendre des directions différentes et trouver des sons novateurs, poursuit-il. Quand j’ai commencé dans les années 70, il n’était pas question de reproduire ce qui s’était fait dans le passé. » 

Il crée sa musique avec l’utopie technologique en ligne de mire et continue d’approcher le studio comme le laboratoire d’un savant fou. Sur scène, il transpose son matériel de décoction sonique, de « l’équipement que j’ai toujours utilisé, auquel j’ajoute du matériel récent qui me permet de mixer, prédéterminer les réglages et grâce auquel on improvise. » 

Repousser les frontières, élargir les horizons, autant de clés pour pénétrer la géographie intérieure et montagneuse de Daniel Lanois. Sa plus récente aventure musicale ? Un album uniquement électro composé avec le DJ canadien Venetian Snares. Ils se produiront d’ailleurs mi-décembre au festival Day For Night, à Houston (Texas), un jour avant Thom Yorke.        

Indubitablement, ses chansons « noir et blanc » aiment traîner leur spleen sur des beats d’aujourd’hui. Des compositions pleines, jusqu’à déborder de leurs propres partitions, des balles en double croche qui chassent l’irrésistible attraction de l’ère du vide. Il faut donner du temps au temps pour s’accrocher à ses trouvailles pleines de lichen, mais ce voyage au bout de la nuit mérite assurément le déplacement à la Maison de la culture de Gatineau. 


POUR Y ALLER

Quand ? Le 12 novembre, 20h

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819 243-2525, salleodyssee.ca