Dépêchez-vous si vous voulez voir Michel Bénac et Jean-Philippe Goulet. Le Groupe Swing mettra fin à ses activités d’ici un an.

Une grosse année de party pour Le Groupe Swing !

Le Groupe Swing (LGS) donnera cet après-midi un de ses tout derniers concerts à Ottawa. Le duo se produira devant l’hôtel de ville, à 14 h, dans le cadre de la 18e édition de la Fête de Noël du maire.

Michel Bénac et Jean-Philippe Goulet, les deux moitiés de LGS, ont annoncé qu’ils s’apprêtaient à mettre un terme à leur collaboration, après presque 20 ans de carrière (dont une bonne partie sous le nom de SWING).

Mais, ne voulant pas filer à l’anglaise, le duo franco-ontarien a tenu à souligner cette aventure qui aura duré presque 20 ans au fil d’une grande tournée d’adieux. Le spectacle Le Grand Salut sera évidemment l’occasion de « revisiter toutes les époques » de la formation, depuis ses succès « tradarnaqueurs » des débuts, à saveur folklorique, jusqu’à la période pop actuelle.

Ce dernier Salut traverse le Québec cet hiver, puis reprendra de façon intensive l’an prochain. LGS voyagera à travers le pays, avant de revenir à Ottawa pour un ultime arrêt, en décembre 2019. Les dates de cette seconde vague (« une centaine de shows », entrevoit Michel Bénac) seront dévoilées dans les prochains mois.

« C’est important de terminer tout ça à Ottawa, parce que tout a commencé ici. La population nous suit et nous soutient. Puis c’est cool de me dire que je vais coucher dans mon lit ce soir-là, d’avoir le confort que tu n’as pas en tournée, et d’être avec mon épouse pour vivre ce deuil... Je sais que ça va être difficile : je suis un gars de scène ; je sais que je vais être émotionnel, ce soir-là. »

Succès montréalais

La mise à mort du groupe surprend, à l’heure où les ondes radio montréalaises commencent enfin à s’enticher d’une chanson signée par le duo franco.

Malgré les 13 trophées Trille Or récoltés, des nominations aux Galas de l’ADISQ et des prix JUNO, et plusieurs tournées en Europe et en Amérique du Sud, la métropole québécoise ne s’est jamais véritablement enthousiasmée pour LGS, constate Michel Bénac.

Coup de pouce facétieux du destin, leur extrait On perd la tête, tiré de l’album 45 tours, Vol.1, s’est retrouvé dans le top-3 des chansons les plus jouées au Québec, et « ça fait 10 semaines d’affilée qu’on est “numéro un” à Montréal », confiait-il, mercredi. Tout un exploit ! Le single a même été joué à Tout le monde en parle – plusieurs semaines avant le passage de Ronald Caza à l’émission.

« C’est fou raide », se réjouit-il, « pris par surprise », parce qu’il s’est passé six mois avant que la chanson ne devienne un hit. « On n’a jamais eu de grands succès à la radio. On est resté assez underground, même si on a connu un peu de succès à l’international », notamment à l’époque de Au nom du père, du fils et du set carré », en 2003.

« Je prends ça comme un cadeau de fin de carrière, une cerise imprévue sur le sundae. [...] Ça nous valorise beaucoup, et on compte bien rider cette vague-là », dit-il.

Reste que « ça ne change pas la réalité » de mettre fin au groupe, la décision ayant été prise il y a deux ans. « C’était le temps de remettre en perspective notre carrière. La réalité de l’industrie a bien changé [depuis] nos débuts, en 99. Et nous, on n’a pas rajeuni. Combien de temps on va pouvoir faire ça ? [...] On a préféré finir sur un bilan de carrière pleinement remplie. On va célébrer ça ; puis après, on tourne la page ! » lance-t-il.

Le musicien veut se consacrer à sa famille et à son étiquette de disque, Lafab Musique, qui parraine déjà Gabrielle Goulet et Gabriel Cyr, et que Rebecca Noelle a récemment intégré.

« On va trouver de nouveaux talents à soutenir. »

Malgré la séparation annoncée, les retrouvailles avec le public sont joyeuses. « C’est le plus grand partage qu’on a jamais eu. [...] Il y a plein d’émotions en même temps. Quand j’annonce qu’on arrête, on a des “bouhhh !”. Les gens sont déçus. C’est magique de se faire huer pour ça ! »

« On sent le désir qu’ils ont de nous rencontrer après le spectacle » pour témoigner de leur attachement à LGS. « On a plein de beaux compliments, sur comment notre carrière a affecté leur vie, leur carrière, leur musique. »

Et les musiciens lâchent leur fou. « En 1999, [l’industrie] ne comprenait pas ce qu’on faisait et ne croyait pas à la longévité de ce projet. » Plusieurs labels prédisaient que l’essoufflement surviendrait au bout de deux ans, se souvient Michel Bénac. « On a tenu 18 ans de plus que prévu. »

Et à cause de cette prophétie pessimiste, « on s’est toujours donnés sur scène comme si c’était notre dernier spectacle ! »

Résistance

Tous les profits de la tournée seront reversés à l’AFO, afin d’alimenter le fonds de « Résistance ». L’argent servira à payer les frais juridiques qu’entrevoit la communauté franco dans sa lutte pour contraindre le gouvernement de Doug Ford à revenir sur sa décision de couper dans les ressources destinées aux francophones de l’Ontario.

La découverte de soi

L’aventure LGS a redéfini Michel Bénac. « La découverte de ma culture, voilà ce que j’ai gagné ! Avant, je m’affichais comme bilingue, pas comme Franco-Ontarien. J’écoutais de la musique américaine et mon premier instinct a été de chanter en anglais. D’ailleurs, j’ai essayé [sous le nom de Michael B. And The Power]. Et je me suis pété la gueule. »

Lancé dans la foulée, Swing connaîtra un succès fulgurant à travers le Canada, et Michel Bénac dit s’être « découvert » en voyageant grâce au projet : « Swing m’a donné une ouverture sur la communauté à laquelle j’appartiens. Voir qu’on pouvait célébrer notre francophonie en milieu minoritaire, ça a influencé tout mon développement et ma vie de famille », retrace le chanteur.

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POUR Y ALLER

Quand ? Le samedi 8 décembre 2018, de 14 h à 18 h

Où ? Place Marion-Dewar (hôtel de ville d’Ottawa)

Renseignements : ottawa.ca ; 3-1-1