«Strum» réunit de nombreux artistes – les «chevaliers de la guitare», comme les appelle Patrice Servant, le chef de cet ambitieux projet qui fait l’éloge de la grande famille de la guitare.

«STRUM»: l'éloge de la guitare

Le guitariste Patrice Servant et ses complices « strummers » reprennent leur panoplie d’instruments à cordes pour offrir une nouvelle mouture de «Strum». Ce spectacle à grand déploiement retrace l’histoire de la guitare, depuis ses origines jusqu’à ses incarnations électriques, voire numériques.

Au Théâtre du Casino du Lac-Leamy, le 8 février, ils seront près de 25 musiciens – chacun « expert dans son domaine », à manipuler l’un ou l’autre des 55 instruments qui défileront pendant 1 h 30.

Des guitares, bien sûr, mais aussi – et surtout – les frères et sœurs, oncles et tantes de la famille des cordes pincées, venus des quatre coins de la planète : oud arabe, charango sud-américain, pipa chinois, cora africaine, santour perse ; luth, mandoline gretsch, panormo, ukulélé... jusqu’aux avatars les plus récents de la guitare, comme la guitalélé (à 6 cordes, alors que le ukulélé n’en a que 4) et (en trichant un peu) la keytar.

Sans oublier les cousines discrètes qui, dans l’ombre des projecteurs, se contenteront de servir d’instrument d’accompagnement, comme la lyre ou le saranda (venu de la culture sikhe), ou encore le cigarbox et le cuarto, utilisés pour leurs vertus percussives.

Parmi les musiciens, le blues-rockeur Ricky Paquette, virtuose qui n’a guère besoin de présentations, ou encore Simon Drolet, du groupe de musique klezmer (disparu) Mouche ta Bouche, et Jean-Philippe Goupil, des Irish Bastards.

Les autres collaborateurs sont des spécialistes de leur instrument respectif. « Ce sont des passionnés. Et des experts dans leur [domaine]. Je les appelle mes chevaliers de la guitare », rigole Patrice Servant – qui, étant diplômé du Conservatoire, ne fait pas ce genre de compliments à la légère.

Le directeur artistique de «Strum», Patrice Servant

Reste que, quelle que soit la virtuosité des interprètes, tous sur scène conviennent que « la star du show, c’est la guitare », et non les mains qui la tiennent, rappelle le Gatinois Patrice Servant – alias Servantes lorsqu’il verse dans le flamenco, sa spécialité.

L’histoire d’une lutte

La saga de cet instrument remonte à l’origine des temps : la vibration d’un arc décochant une note en même temps qu’une flèche, expose Patrice Servant, qui soupçonne que la carapace vide d’une antique tortue aura rapidement servi de caisse de résonnance à l’aïeule guitaristique.

Et bien qu’elle règne aujourd’hui en seigneur et maître sur l’industrie musicale, la guitare a longtemps été boudée par les musiciens – qui, par élitisme, lui préféraient les violons et la famille des cordes frottées, retrace Patrice Servant.

Strum parle donc de « la quête de la guitare » : sa quête de respectabilité et « sa conquête du volume sonore, même si on a tendance à oublier que, si on l’aime autant, c’est justement parce que c’est un instrument intime ».

C’est aussi un instrument qui voyage très bien. « Facile à transporter, la guitare s’est enracinée partout. Et elle a évolué en fonction des lieux, des époques, et des façons d’en jouer... »

Patrice Servant en sait quelque chose, lui qui a complété en 2014 un périple de 400 jours dans l’Ouest canadien, en solo avec sa guitare en bandoulière. Durant ce périple à travers les Rocheuses, concordant avec la tournée de son disque Bluesy Andalucy, il a écumé les petits bars offrant des soirées jam ou open mic, et le hasard lui a permis de faire des « rencontres extraordinaires », se souvient-il, nostalgique.

« C’est un peu l’histoire de l’humanité qui se cache derrière celle que Strum raconte. Car, pour survivre, l’homme, comme la guitare, a dû se battre, s’adapter, évoluer et migrer », expose le concepteur, producteur – « et chercheur passionné » de Strum.

L’histoire d’une évolution

Le spectacle a vu le jour en 2010, à la Maison de la culture de Gatineau, dans une première version qui réunissait seulement une dizaine d’artistes.

Puis Strum a évolué, s’est théâtralisé, a fait appel à un narrateur. La Nouvelle Scène l’a accueilli à guichets fermés en 2011 et 2012. L’année suivante, une « version condensée » a été présentée à la demande expresse de la Ville de Gatineau. Ce qui semble un non-sens artistique, pour un spectacle qui, au-delà de son originalité, ne prend tout son sens que dans la multiplicité des instruments qu’il laisse entrevoir, estime Patrice Servant.

Reste que revenir à une version plus dépouillée a permis à Strum de se restructurer. Le spectacle revient dans une version que le producteur qualifie de « comédie musicale instrumentale ».

Un « concert », donc, où il n’y a plus ni décors ni narrateur. « Mais il y a beaucoup de projections ; on nourrit l’œil avec les 55 guitares », plaide le producteur. Petit détail pas anodin : son projectionniste-éclairagiste, Benoit Brunet-Poirier, a travaillé avec Robert Lepage.

« Ce n’est pas une formule réduite, puisque j’augmente le nombre de musiciens d’année en année, argue-t-il. Les collaborateurs évoluent [en fonction de mes rencontres] et moi, en tant que “chef de projet”, je ne peux pas négliger leur apport. J’adapte donc le spectacle en conséquence, pour miser sur les atouts des collaborateurs du moment », ce qui est probablement la méthode de Riverdance et de Stomp, illustre-t-il.

Une danseuse de flamenco et un couple de danseurs de swing – qui donnent « toute une performance », promet Patrice Servant – viennent étoffer visuellement les choses. « On a aussi ajouté une série d’instruments d’époque qui viennent de Perse », souligne-t-il en mentionnant le setar, « un des instruments les plus primitifs de la famille des cordes pincées, avec trois cordes seulement ».

L’histoire d’une énergie

Pour cette représentation unique, il fait venir de San Francisco un spécialiste du jazz manouche, Javi Jimenez, un prodige du charango venu d’Équateur, Jacinto Anguaya, et intègre à son équipe un luthier, le violoniste et guitariste québécois Philippe Lemieux.

Plutôt que de faire défiler des tableaux, les musiciens ont travaillé « la complicité, la chimie », veillant à communiquer l’énergie qu’ils partagent lorsque leurs instruments se répondent, « pour que ça touche les gens ».

Son boulot de directeur artistique, c’est de s’assurer que l’harmonie prime, et que l’énergie suit, pour qu’il ne s’agisse pas juste d’une débauche orgiaque d’instruments.

« Je rembourse quiconque vientme dire qu’il a été déçu par l’évolution de Strum, ou par l’énergie » qui s’en dégage, promet le producteur.

Qu’ils soient guitaristes amateurs ou experts, les spectateurs y trouveront un petit bonus susceptible de nourrir leur imaginaire ou leur technique : « On explore un peu plus “l’art sonore”. Je joue parfois avec le feedback ou le son d’une corde qui se désaccorde me permet de reculer dans le temps, et de remonter l’histoire » de la guitare.

Mais Strum conserve une approche grand public. « C’est un divertissement, pas un cours d’histoire, même si le show a un côté “musée” ».

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POUR Y ALLER

Quand ? le 8 février, 20 h

Où ? Théâtre du Casino du Lac-Leamy

Renseignements : 1-877-977-7970 ; ticketmaster.ca