Passant du dansant au plus intime, du pop au funk aux rythmes latins, le nouvel album de Stefie Shock, «Le fruit du hasard», est pour le moins éclectique.

Stefie Shock : Dans tous les sens

Ses 50 ans tout juste sonnés et le cap des 20 ans de carrière maintenant franchi, Stefie Shock célèbre le double anniversaire avec un nouvel album de chansons originales. Sur «Le fruit du hasard» (qui fait suite à un hommage à Gainsbourg), il a plus que jamais fait fi des frontières entre les genres en laissant son inspiration voguer dans tous les sens.

«Ç’a commencé par des idées que j’avais laissées un peu en dormance au cours des deux ou trois dernières années, explique l’auteur-compositeur-interprète à propos du Fruit du hasard, arrivé dans les bacs le 8 mars, plus de quatre ans après les compositions gravées sur Avant l’aube. «Après avoir fait l’album de chansons de Gainsbourg, j’ai commencé à emmagasiner des idées, reprend-il. J’étais convaincu qu’elles étaient bonnes, mais je n’avais pas encore trouvé la passe pour en faire des chansons complètes. C’est souvent ça pour moi : je commence une affaire, j’aime ça, mais je n’ai pas d’autres idées et je laisse ça dormir un peu. À un moment donné, j’y reviens et il y a une autre étincelle.»

Passant du dansant au plus intime, du pop au funk aux rythmes latins, le résultat est pour le moins éclectique. Et il culmine avec De l’aube à la nuit, un titre qui chapeaute une sorte de labo musical aux ambiances variées. Un résumé de la démarche, en somme. «C’est la dernière chanson que j’ai écrite pour l’album, indique Stefie Shock. Je ne sais pas ce qui m’a pris de composer ça. Un matin, j’avais la rythmique du début qui me tournait dans la tête. Je l’ai enregistrée sur mon dictaphone. Facilement, j’ai trouvé les accords qui allaient avec ça. Mais le reste de la chanson, je n’ai aucun souvenir de l’avoir composé. Je ne me souviens pas comment ça s’est passé, mais tout s’est imbriqué, tout en allant dans des directions différentes. Je trouvais ça drôle que ça fasse un peu progressif…»

Si on pouvait cibler un fil conducteur au Fruit du hasard, c’est peut-être son côté cuivré, un volet créé par Shock sur ses machines avant de le confier à des musiciens qui sont parfois restés perplexes en studio. «Comme je n’en joue pas, les parties que j’écris sont souvent inhabituelles pour eux, avoue l’auteur-compositeur-interprète. Je ne suis pas un arrangeur de cuivres, je ne tiens pas compte des articulations. Je fais juste composer des mélodies et je mets des sons de cuivres dessus. En studio, ils trouvent ça drôle, mais au final, ça marche!»

Encore là, la créativité passe avant les conventions chez Stefie Shock. «Je n’ai pas de formation académique, note-t-il. Je fais de la musique comme elle passe dans ma tête et jusqu’à preuve du contraire, ça fonctionne. Si personne ne s’intéressait jamais à mes disques, je capterais le signal. Je n’aurais peut-être pas fait 20 ans de carrière. Il y a du bon dans la formation académique, mais il y a aussi du bon à être autodidacte et à jouer d’un instrument de façon approximative. J’essaie de trouver un équilibre.»

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La joie des reprises

Entre Mano Negra et Les négresses vertes, Aznavour et Gainsbourg (à qui il a consacré un album complet), le parcours musical de Stefie Shock est jalonné de reprises. Sur Le fruit du hasard, voilà qu’il  s’«attaque» à Plants and Animals en signant une version française de Bye Bye Bye et au classique Heart and Soul, lui aussi dans la langue de Molière. 

«Au début, il n’était pas question que j’en fasse. J’ai repensé à Bye Bye Bye parce que Plants and Animals ont fait une réédition pour les 10 ans de leur premier album. Je constatais à quel point cette chanson-là est formidable. Elle est dans la liste des chansons que j’aurais aimé écrire. Je me suis dit que j’allais l’écrire en partie en faisant un texte en français dessus», explique l’auteur-compositeur, qui partage le micro avec sa conjointe, la comédienne Sonia Cordeau, dans ce qu’il décrit comme un «défi vocal».

«Moi, des mélodies vocales comme Bye Bye Bye, je n’en fais pas, parce que ça ne me vient pas, ajoute Stefie Shock. J’aime ça les reprendre. C’est la première fois que je m’attaque à une chanson aussi mélodieuse. J’ai trouvé ça ben, ben dur à chanter.»

Quant à Simplement, doucement, l’adaptation française de Heart and Soul, il l’a choisie pour conclure l’album dans un clin d’œil à ses jeunes années. Voilà donc deux relectures qui s’ajoutent à une collection ne comptant qu’un regret : Le moustique de Joe Dassin. 

«À un moment donné, c’est devenu ma chanson populaire. Il y a plein de gens qui se sont présentés à mes concerts, mais ils ne connaissaient rien de moi à part ça. Je les entendais dans la salle crier : “Le moustique!” Je ne la fais plus! Je l’avais faite pour le fun parce que c’était une chanson de mon enfance. J’aime la version que j’ai faite, mais là, je la trouve moins drôle. Je la rechanterai certainement à un moment donné… Mais il va falloir que je sois vraiment de bonne humeur!» rigole Stefie Shock.  

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Faire œuvre utile pour la santé mentale

Depuis près d’une décennie, Stefie Shock est porte-parole du programme Bell cause pour la cause, qui amasse des fonds pour des organismes consacrés à la santé mentale. Cette année, il a marqué le coup en lançant fin janvier l’extrait As-tu deux minutes?, qui traite d’anxiété et qui contient un échantillonnage de la pièce 8 heures 10 de Pauline Julien.

«Je me suis dit que ça serait une bonne chanson pour accompagner la cause, parce que le texte parle quelqu’un qui a certains enjeux avec sa tranquillité d’esprit. Un peu comme l’originale, mais dans une situation différente. Pauline Julien, dans la première version, elle était assez désespérée. Je voulais garder ça», résume Stefie Shock. Lui-même a souffert de troubles anxieux et parle publiquement de santé mentale depuis 12 ans. 

«Il se trouve de moins en moins de gens qui ignorent tout de ça. Mais en 2007, personne n’en parlait. Ça ne fait pas si longtemps, 2007… Il y a des gens qui ont compris de quoi ils souffraient parce qu’ils ont entendu ce que je disais sur les attaques de panique. D’une personne à l’autre, ça se ressemble. Il y a beaucoup de dénominateurs communs. C’est un peu comme un éternuement. Tout le monde n’éternue pas mal pareil. Une attaque de panique, c’est une attaque de panique. Moi, j’ai décrit ça de long en large», explique le musicien, qui espère faire œuvre utile avec son engagement. 

«Ç’a soulagé des gens, croit-il. Moi, j’ai vécu ça en silence pendant des années. Je ne comprenais pas ce que j’avais. J’ai pensé mourir chaque jour pendant deux ans. Ça finit par s’estomper, on développe des mécanismes de défense. Mais ça prend du temps...»