Souldia et Manu Militari seront au Minotaure, samedi soir.

Souldia et Manu Militari sur le sentier de la guerre

Deux des plus grosses pointures du rap au Québec, Souldia et Manu Militari, s’embarquent conjointement sur le sentier de la guerre, lequel les mènera aux quatre coins de la province. Leur tournée, le Tomahawk Tour, s’arrête au Minotaure le 7 octobre.

Tous deux ont fait paraître en duo la pièce Le Rappel en 2015. L’idée de cette tournée commune ne vient pourtant pas d’eux, mais de leurs étiquettes et entourage (7ième Ciel et Explicit) avouent les deux rappeurs, néanmoins ravis de saisir cette opportunité pour « Boom ! attaquer direct les diffuseurs, les grosses places, et pas seulement les bars », fait valoir Souldia. 

Le Minotaure est effectivement le seul bar que les deux complices visiteront ; dans les autres villes, ils investissent des espaces dont la capacité d’accueil ressemble davantage à celle de la Maison de la culture. Comme chacun d’eux a vendu quelque 65 000 albums — et que Manu Militari a deux Félix sous la casquette — les portes se sont ouvertes assez facilement.

Cet exercice permettra aussi aux deux artistes de voir quel genre de passerelles ils peuvent créer entre leurs publics respectifs, somme toute assez différents, même au sein de la communauté que forment les amateurs de rap, estiment-ils à l’unisson. 

Né « dans la misère », crâne et cou tatoués, Souldia fait dans le rap rugueux, celui de la basse-ville qui grogne pour faire entendre la voix de la rue ou du ghetto. Aujourd’hui « un peu plus réfléchi, mais pas assagi », il continue d’endosser le front haut son étiquette de « mauvais garçon » du rap. Lui qui en 2009 a écopé de trois ans de prison après que la police eut trouvé une arme chargée dans sa voiture, vient de lancer l’extrait Keskia, accompagné d’un vidéoclip très gangsta rap.

« Grandi dans la haine », jusqu’à « une adolescence très mouvementée », Manu Militari a une façon plus poétique de revendiquer ; une approche stoïque lorsqu’il dénonce les injustices sociales. « Manu, c’est un raconteur. Il a un vocabulaire d’écrivain. Moi c’est plus le rap de la réalité », résume Souldia. On ne peut lui donner tort, puisque Manu Militari est aussi auteur d’un livre, Le sourire de leticia (2016, Stanké), récit de ses voyages à travers le monde, dans lequel il a partagé un peu de sa perpétuelle « recherche d’exotisme et de sensations fortes ».

Manu Militari

Ceci dit, Manu Militari, même avec son regard en biais, est tout à fait capable d’appeler un chat un chat. À preuve : « On est tous l’esclave du système. Sa pute. Il faut juste essayé d’être rusé », dira-t-il en évoquant les petits boulots qu’il a été contraints de faire lorsqu’il a lâché l’école, avant de finir son secondaire. Difficile à croire, de la part de cet idéaliste « désillusionné » qui, pendant 45 minutes, nous aura parlé d’anglicisation et de migrations, d’industrie culturelle et de guerre en Syrie, de pharmaceutiques et de talibans, tout en s’interrogeant sur son rôle et d’artiste et d’être humain. 

« Ça prend du courage pour changer notre condition et encore plus pour changer celle du monde autour de nous », poursuit-il. Pondre des chansons, même pour dénoncer, n’aura jamais la même valeur que de poser le geste qui changera la donne, souffle-t-il, en se réfugiant dans son propre « égoïsme », qu’il situe à mi-chemin entre « lâcheté » et « clairvoyance ». 

Les deux rappeurs se connaissent seulement depuis 2015, mais se considèrent comme de « très bons amis », voire « comme la famille ». Ils se sont rencontrés au Maroc, où ils étaient partis tourner un vidéoclip (Mordor 2.O pour Soudia, Volonté pour Manu) avec la même équipe de production, Iceland Films, retrace Souldia.

Au-delà de leur connivence artistique, leur affinité est avant tout humaine. « Dès le début, je l’ai trop aimé, ce mec ! Il ne s’énerve jamais pour rien. Il parle des vraies choses », lâche Souldia. « On vient de pas grand-chose, lui et moi. Je me retrouve dans sa personnalité », expose Manu Militari.

Nouvel album

La tournée se fait à deux, mais les rappeurs ne partageront pas vraiment la scène — sauf, évidemment, pour entonner ensemble Le rappel. Souldia revisitera tous ses disques, y compris la période Facekché, qu’il ne renie pas, pour en extraire « les chansons qui ont frappé ». Mais il veut surtout profiter du Tomahawk Tour pour donner un aperçu de ses toutes nouvelles chansons, lui qui fera paraître un nouvel album, Ad Vitam Aeternam, le 6 octobre prochain.

Manu Militari promet le même genre de survol de ses grands succès. Il ne saurait dire lesquels, car il a toujours préféré définir ses setlists dans l’heure qui précède un spectacle. Voire carrément sur scène, en se nourrissant de l’énergie de la foule, explique le rappeur.

Souldia sera accompagné de Maxime Gabriel, alias Farfadet, aux platines. Manu Militari est quant à lui épaulé par DJ Foo.


POUR Y ALLER :

Le 7 octobre 21 h

Minotaure

819-600-6466 ; minotaure.ca