Créé sur une période de trois ans, le sixième album de Slipknot est le fruit de sessions particulièrement prolifiques pour la formation, avec une bonne quinzaine de chansons qui ont été laissées sur le carreau.

Slipknot : Plus soudé (et enragé...) que jamais

Vingt ans après la sortie de son premier album éponyme et tout juste un mois après avoir fait courir les foules sur les plaines d’Abraham pendant le Festival d’été de Québec, la formation américaine Slipknot a proposé vendredi «We Are Not Your Kind», un sixième album de chansons originales plus enragées que jamais. Voici cinq faits à savoir sur les récentes créations des célèbres metalleux masqués.

1. Le groupe a été particulièrement prolifique

Créé sur une période de trois ans, le sixième album de Slipknot est le fruit de sessions particulièrement prolifiques pour la formation. Une bonne quinzaine de chansons ont été laissées sur le carreau au moment de mettre sur pied la collection de 14 titres (incluant quelques interludes) de We Are Not Your Kind. «Au moins sept ou huit ont été enregistrées avec les pistes vocales», a précisé Shawn «Clown» Crahan au magazine britannique Kerrang. Reste à voir si elles seront un jour présentées aux fans, laissées sur une tablette ou revisitées pour la suite des choses. Le guitariste Jim Root n’a pas caché que des éléments de la nouvelle Critical Darling, notamment, ont été recyclés de séances de travail de l’album précédent.

2. Des traumatismes anciens et récents

Quand Corey Taylor hurle dans la pièce Orphan «There’s still a part of me that’s dying in a dumpster / The one who rose is a motherfucking monster», c’est en connaissance de cause. Adolescent, il a effectivement été laissé pour mort dans un conteneur à déchets après avoir abusé de substances illicites et perdu la carte dans un party. Le chanteur — qui a raconté au magazine Kerrang s’être réveillé le visage ensanglanté, torse nu et entouré d’ordures — a replongé dans ce traumatisme pour reprendre la plume : Orphan est le premier texte qu’il a signé pour We Are Not Your Kind.

Des événements plus récents ont aussi attisé le sentiment de colère et de déprime qui traverse l’album, notamment sur les titres Nero Forte et Not Long for this World. Dans la même entrevue, Taylor cite la «relation toxique» qui s’est soldée en un divorce il y a deux ans. «J’avais vraiment besoin de sortir cette explosion d’agressivité de mon système», a-t-il indiqué, ajoutant avoir enregistré ses pistes de voix en une prise pour garder l’émotion la plus crue possible.

«Tout ce que vous entendez est réel : cette angoisse, ce sentiment d’agression, cette dépression, ce besoin frénétique de s’éloigner de la douleur. […] J’espère que cet album aidera des gens qui vivent des situations similaires à comprendre que c’est possible de le faire.»

Que les fans se rassurent, le rouquin va mieux : il est désormais sobre et s’est récemment fiancé à sa nouvelle amoureuse.

3. Un titre inclusif… mais pas tant

C’est nous contre vous. Voilà comment le chanteur Corey Taylor a résumé l’idée derrière le titre du sixième album de Slipknot, We Are Not Your Kind, au micro de l’émission Full Metal Jackie. «Tout le monde s’en prend à tout le monde. Les gens sont si prompts à considérer les autres comme des ennemis sans essayer de trouver de terrain d’entente. Pour nos jeunes, pour nos fans, ça peut vraiment être une époque stressante, intimidante et dangereuse», a-t-il noté, soulignant le fait que d’afficher une différence est risqué de nos jours. «C’est l’une des rares occasions où je vais utiliser la position que j’ai acquise dans la vie pour me prononcer et dire : “peu importe qui vous êtes, d’où vous venez, de quoi vous avez l’air, de quelle couleur est votre peau, qui vous aimez ou en quoi vous croyez, nous sommes une famille à cause de cet amour de la musique que nous partageons”.»

Pour Taylor, le titre est appelé à devenir une sorte de cri de ralliement pour les fans : «C’est une manière de dire que nous tournons le dos au reste du monde. Nous ne laisserons pas votre maladie et votre haine nous atteindre. Vous ne serez jamais des nôtres.»

Corey Taylor de Slipknot sur les plaines d'Abraham lors du dernier Festival d'été de Québec.

4. La cohésion (et la satisfaction) retrouvée

Le temps n’a pas toujours été au beau fixe au sein de Slipknot dans les dernières années. Il y a eu le décès d’un des membres du groupe : le bassiste Paul Grey a succombé en 2010 à une surdose de drogue. Il y a aussi eu des conflits internes. On songe aux tensions qui ont mené au départ du guitariste Jim Root de la formation Stone Sour, projet parallèle partagé notamment avec le chanteur Corey Taylor. Ou à la rupture entre Slipknot et le percussionniste Chris Fehn — qu’on reconnaissait à son masque au nez de Pinocchio —, qui poursuit maintenant la formation, alléguant des inégalités dans le partage des profits.

Au moment de lancer son sixième album, le groupe a semble-t-il retrouvé une cohésion qu’il n’avait pas connue depuis un moment, selon ce que Corey Taylor a confié au magazine Kerrang. «Je pense à All Hope is Gone (2008), où nous vivions vraiment du désarroi. Ou à .5 : The Grey Chapter (2014), où nous étions en deuil et nous demandions si nous voulions toujours faire de la musique ensemble. C’est le premier album depuis Vol.3 : The Subliminal Verses (2004) qui montre une vision définie, une émotion cohérente et une liberté d’exploration que les deux derniers albums n’avaient tout simplement pas.»

Récemment, Slipknot s’est de nouveau serré les coudes dans le drame, alors que la fille de Shawn «Clown» Crahan est décédée à 22 ans d’une surdose de drogue, selon ce qu’a annoncé TMZ. En entrevue pour Apple Music, Corey Taylor a confié que ses confrères et lui ont voulu former un mur autour de «Clown», surtout à cause d’attaques qui le visaient en ligne : «C’est un autre symptôme du côté obscur des réseaux sociaux. Le fait que des gens s’en prennent à notre ami était juste mauvais. Alors nous nous sommes rassemblés autour de lui. Ça nous a prouvé à quel point nous sommes toujours proches.»

5. Un peu d’inspiration chez Pink Floyd

Le lien n’est certainement pas évident à la première écoute, mais il y a un peu de Pink Floyd dans le premier extrait de We Are Not Your Kind, le ver d’oreille Unsainted. Ça tient surtout de la chorale qu’on peut y entendre et que Shawn «Clown» Crahan souhaitait inclure sur l’album avant même le début de sa création. Selon ce que le guitariste Jim Root a déclaré au magazine Kerrang, le percussionniste (et directeur artistique de la formation) souhaitait un chœur d’enfants à la The Wall. C’est finalement un groupe vocal «standard», Angel City Chorale, qui a été choisi.

«Ils ont pris la mélodie d’une ligne de guitare du démo, qui était une variante du riff du refrain. Ils ont fait leur affaire et je trouve que ça donne quelque chose d’assez épique. Quelqu’un l’a comparé à You Can’t Always Get What You Want des Rolling Stones. Je trouve que c’est une comparaison plutôt ambitieuse, mais je suis prêt à accepter le compliment», a rigolé Jim Root.