David Portelance prévoit une tournée au Québec au printemps.

Roots romantiques

Il a le « ventre noué », mais le « ventricule » enjoué, David Portelance, à quelques jours de la sortie de son deuxième album, Un abri contre le vent.

Portelance, c’est ce poète-baroudeur qui fut rapidement repéré par Fred Pellerin, en 2003, à Granby ; plusieurs de ses textes ont d’ailleurs nourri les premiers albums de chansons du Caxtonien, qui aime aussi ponctuer ses contes des mélodies folk-existentialistes de Portelance.

Sa poésie, à mi-chemin entre Richard Desjardins et Charles Bukowski, est toujours nourrie d’images pas vraiment folichonnes — « l’amour qui pèse », « vieux monde pourri » (sur le premier extrait, Toi et moi [l’amitié], « océan noir » et « rage swinguée dans le beurre sur un false ball » —, et Portelance ne cache pas son côté « torturé », mais ses nouvelles chansons, empreintes d’un calme americana, expriment moins la colère que la quête, éternellement insatisfaite, mais apaisée, du type qui continue à chercher le bonheur ailleurs, à l’horizon de « l’inaccessible étoile », tout en acceptant les blessures qu’il en tire.

« Est-ce un album plus apaisé ? Je sais pas. Je vieillis ; je m’assagis ; je m’éloigne de plus en plus de l’âge de la connerie, j’imagine. [...] Ma voix est moins forcée, plus fragile, plus sensible et plus juste », lâche-t-il, tout en riant de la présomption de et aveu.

« Mais, poursuit-il, sur cet album, j’ai aussi cherché à circonscrire un univers artistique, [alors que] le premier tirait un peu dans tous les sens. J’ai l’impression que ce disque est beaucoup plus intime, en tous cas. »

Fil conducteur de l’album : l’absence ; l’envie et la recherche de cet Autre toujours élusif. Ce disque romantique, au sens classique du terme, « est teinté de la relation amoureuse dans tout ce qu’elle a de bon et de moins bon : la rupture, le deuil. Et le parcours. C’est un thème central à tout ce que je fais, cette idée du chemin à parcourir, ce qu’on doit traverser. Là, je le situe dans le décor de la relation amoureuse, mais je n’y échappe pas. » 

Un abri contre le vent a bénéficié des soins attentifs de Louis-Jean Cormier, Guillaume Chartrain et Marc-André Larocque, les trois propriétaires du studio Dandurand, où a été enregistré le disque. « Louis-Jean m’a fait la grâce de vouloir participer. » Les quatre acolytes ont assuré ensemble la coréalisation, en plus de tenir les instruments. Marc-André Larocque était déjà très présent sur le premier opus de Portelance, Tenir la route, qui a connu un appréciable « succès d’estime ».

« Le premier a été fait un peu dans l’urgence. Pour celui-ci, j’avais envie de prendre mon temps. » De nombreux amis sont venus « se greffer au projet au fil du temps, de façon très organique, et presque accidentelle parfois. »

Loin de la méthode du « track à track » (une piste à la fois) et des « click » métronomés dans l’oreille des musiciens, qui constitue désormais « la norme », les sessions ont essentiellement pris la forme de « live en studio » (guitares-contrebasse-harmonica-percussions), car David Portelance, ardent défenseur d’un art organique et vivant, tenait à ce « qu’on sente la respiration imparfaite de la musique ».

Parlant de respiration, il a retrouvé plusieurs vieux complices, dont l’harmoniciste Lévy Bourbonnais, qui avait habillé « en overdub » plusieurs chansons du premier album. « C’était important pour moi d’en faire une marque distinctive du nouveau disque, que Lévy soit présent tout du long ».

L’Abri intérieur

Peut-être pour incarner le vent du titre ? « Non, le vent vient toujours à souffler, peu importe le chemin : il y a toujours une brise qui nous pousse, que ce soit de face ou dans le dos. L’idée maîtresse, ici, c’est plutôt le refuge », corrige l’auteur-compositeur. 

Pour composer, David Portelance s’est réfugié dans le shack d’un ami, perdu « au fin fond du bois » en Mauricie. Mais pour lui, l’abri est autant, sinon plus, métaphorique que physique : « Il est un peu partout. Moi je l’ai trouvé dans mes racines, dans mon cœur qui tient la route, dans la vision, la perception qu’on a des choses ; Cet abri intérieur, il peut être la tête, le cœur ou les pieds, quand on s’enracine. »

Menuisier et patron d’une entreprise de rénos, Portelance fait dans la poésie terre à terre, pas le pelletage de nuages. Sa plume gratte les plaies de « ce qu’on est et avec qui on est », trempée dans la sève d’un « gars de racines et de bois » qui en toute circonstance ne cherche rien d’autre que « l’authenticité ».

À écouter ses chansons, on l’imagine pourtant mal poser ses fesses longtemps au même endroit. « La mer a pris tes rêves et la nuit ton espoir / Ce qu’il reste ici c’est la liberté noire / D’aller ton chemin », écrit le poète sur la chanson Tu peux marcher. Dans son livret, il remercie le « frère d’errance ».

« J’aimerais beaucoup être une personne moins angoissée, mais je suis du genre à chercher tout le temps l’inaccessible étoile. Il y a une partie de moi qui est comme un animal blessé, qui avance les dents serrées. » Ça remonte à loin, dit-il.

Portelance est né à Rigaud, où il a grandi jusqu’à l’âge de sept ans, avant que ses parents bohèmes ne décident d’aller vivre en France quelques années, avec leurs quatre enfants (pour poursuivre des études supérieures). 

Son goût prononcé pour la poésie et les écrivains romantiques (Hugo, Lamartine, etc.) remonte à l’adolescence, époque durant laquelle il vit avec un sentiment de « déracinement ». « Pour moi, il y avait toujours quelque chose de beau dans le drame ; ç’a sûrement infléchi un peu ma perception des choses et ma quête du bonheur. On essaye, du mieux qu’on peut, de reprendre les rênes de cette vie qui nous chamboule, qui parvient toujours à nous mettre à l’envers... »

De son long séjour à Paris, David Portelance n’en retient aujourd’hui qu’un amour indéfectible pour la langue française, qu’il a privilégié, bien que ses références musicales soient très nord-américaines. Portelance met sur un piédestal Tom Waits, « grand maître incontesté et incontestable » et à Johnny Cash, et cite parmi les influences du disque le bluesman Afroméricain Lead Belly (1888-1949) et la musique traditionnelle folk et roots du sud des États-Unis. Il y voit la source de toute la culture musicale contemporaine en Amérique du Nord. Même « au Québec, c’est dans le fond de nos gènes ».

David Portelance prévoit une tournée au Québec au printemps.