Carl Bastien a lancé un mini album, <em>Tout donné</em>, le 14 août.
Carl Bastien a lancé un mini album, <em>Tout donné</em>, le 14 août.

Retour aux sources country pour Carl Bastien

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Bête de studio et fidèle complice du gratin musical québécois – il a réalisé la plupart des albums de Dumas, Daniel Bélanger et Damien Robitaille – Carl Bastien a retrouvé son chapeau d’auteur-compositeur-interprète.

Depuis deux ans, le musicien originaire de l’Outaouais s’est « remis en selle » à l’écriture et la composition de chansons. Il en a profité pour revenir à ses premières amours musicales : le country.

Le fruit de son labeur, un mini album d’influence country intitulé Tout donné, est disponible sur la plupart des plateformes de téléchargement en ligne depuis le 14 août.

La musique country était pour Carl Bastien un choix naturel. C’est celle de ses « racines ».


« Quand j’ai décidé de produire mes chansons, ça s’est naturellement enligné vers la musique que j’écoute depuis toujours. J’en écoutais jeune, et je n’ai jamais arrêté d’en écouter. »
Carl Bastien

À ses débuts, on s’arrachait ses riches atmosphères dessinées aux synthétiseurs ; au côté de Daniel Bélanger et de Jean Leloup, il a flirté avec des univers sonores plus folk. Mais Carl Bastien n’a jamais réalisé le moindre album country. Simplement parce qu’on ne le lui a jamais demandé, ajoute-t-il. Car il aurait adoré qu’on cogne à la porte de son studio avec un projet de disque country.

Mais « quand j’ai décidé de produire mes chansons, ça s’est naturellement enligné vers la musique que j’écoute depuis toujours. J’en écoutais jeune, et je n’ai jamais arrêté d’en écouter ».

Sa récente discographie est marquée par l’omniprésence de pedal steel, dont les sonorités sont très associées à la musique country. Un instrument qu’il affectionne tout particulièrement, et qu’on retrouve en abondance (manipulé par William Gough) sur Tout donné.

« La ped’ steel, c’était l’instrument favori de ma mère ! » Elle a transmis cette passion au petit Carl, qui, plus tard, allait dévorer « beaucoup d’albums instrumentaux de pedal steel ».

Son père, lui, abreuvait ses oreilles de rock’n roll, surtout. « Mais Jerry Lewis a fait beaucoup d’albums country que j’adorais... un autre monde, plein de pianos. Ray Charles aussi a fait des albums country magnifiques, très soul, avec des back vocals féminins. »

L’affection de Carl Bastien pour le country cible surtout les vieux modèles, à commencer par Willie Nelson. Dans une veine plus moderne, il s’avoue fan d’outlaw country et de Sturgill Simpson : « ce qu’il fait est vraiment intéressant ; c’est nouveau, mais il reste dans le traditionnel ».

Ce que Carl Bastien aime du country, c’est « la tradition ». Le côté roots. Il sait apprécier le country rock et le nu country, mais dans une moindre mesure : « c’est pas moi. C’est pas dans notre culture québécoise ».

L’humilité du néophyte

Animal de studio aussi prolifique que versatile (ajoutons à sa liste d’accomplissements son travail de réalisateur auprès de Jean-Marc Couture et Caiman Fu, l’album Pagliaro revisité ; ou encore Robert Seven Crows et le duo de l’Outaouais Geneviève et Alain, que Bastien a signés sous son étiquette, Disques Simple ; sans oublier la trame sonore du film Les Aimants), le nom de Carl Bastien n’a, en 20 ans de carrière, trôné que sur deux albums (parus en 2003 et 2006), au côté de celui de la formation rock/pop/électro/stoner country The Stone County Players.

Aussi porte-t-il son chapeau de chanteur/compositeur avec toute l’humilité du néophyte.

Il se sait rentrer dans « un nouveau cercle », où il aura sans doutcroûtes à manger. « Mon but, ce n’est pas d’arriver là sur mes grands chevaux. J’adore la musique et les mélodies country, mais les gens ne me connaissent pas sous cet angle là. Sauf qu’en écoutant l’album, ils comprennent que c’est [un amour] authentique, vrai à 100 % », indique le musicien autodidacte.

Trouver sa voie

Depuis deux ou trois ans qu’il compose dans la perspective d’ouvrir ce chemin qui l’éloignerait du studio, Carl Bastien a trempé ses orteils dans de nombreuses eaux musicales avant de se convaincre que sa place était bien là, dans ce country-folk d’inspiration classique, rétro sans être poussiéreux, et chanté en français.

Là, et nulle part ailleurs.

« J’ai essayé des tas d’autres trucs, j’ai fait beaucoup de tests en français pour trouver ma voix et ma voie, et voir comment présenter ça. »

Il s’est « replongé dans l’enfance », et ces nombreux week-ends passés au chalet de son oncle, en Outaouais, « où le country western était omniprésent ». Là même où il a commencé à gratter la guitare.

« Je ne peux pas me battre contre ça [ma nature country]. C’est là que je suis. Et trouver ma place m’a rendu très heureux. »

Comme il a « toujours composé », quoiqu’essentiellement en anglais, rappelle-t-il, il est loin du syndrome de l’imposteur. Mais « l’humilité » avec laquelle le multi-instrumentiste a entrepris son virage se ressent assez vite.

« C’est une nouvelle partie de ma carrière qui débute à 50 ans », rigole le musicien natif de Buckingham, qui se sent « pas comme un débutant, mais presque ».

Carl Bastien se verrait bien sur scène, mais en se contentant de « faire des premières parties ». Du moins, en attendant que paraissent d’autres albums à son nom – ou mini-albums, car le format court lui correspond mieux, précise-t-il. C’est dans les plans.

Il a enfin du temps pour se consacrer à l’écriture de chansons. La pandémie y est bien sûr pour quelque chose (la période n’est guère propice aux rencontres en studio)... mais pas tant. « La COVID m’a donné le temps de terminer tout ce processus qui était entamé avant. »

Le hic, c’est que « quand tu travailles pour les autres, tu mets beaucoup tes affaires en stand by ». Et il s’est toujours tenu « pas mal occupé », réalisant en moyenne deux albums par an, en faisant du mixage ou en composant de la musique pour des courts métrages.

De l’intime à l’universel

Tradition country oblige, les chansons racontent des histoires. Bastien part de l’intime pour essayer de toucher à l’universel. « Ce sont des trucs que j’ai vécus, mais “exagérés”. J’amplifie le propos pour que ça rejoigne plus de gens, au lieu d’être juste mes petites histoires à moi... » Pour la chanson titre, ajoute-t-il, « j’ai ajouté un petit côté romantique, pour ne pas tomber dans des trucs trop négatifs ».

Trois des cinq chansons de Tout donné ont été coécrites par sa conjointe, Geneviève Deziel, qui partage sa vie depuis trois ans.