Andrea Lindsay et Luc de Larochellière

Quand revient le reste du monde...

C’est d’l’amour ou c’est comme (2012), le premier album que Luc de Larochellière et Andrea Lindsay ont réalisé en tandem, était celui d’un amour encore jeune, avec plusieurs chansons pleines de papillons. Alors en couple depuis trois ans, les deux artistes n’habitaient pas ensemble à l’époque.

Sept ans et un petit garçon plus tard, le duo vivant désormais sous le même toit revient avec un deuxième album conjoint portant davantage sur l’amour qui dure, avec ses hauts et ses bas et toutes les préoccupations extérieures qui s’invitent souvent (parfois trop) au sein du couple. Le titre de l’opus, S’il n’y avait que nous, et le premier extrait On fait la moue en donnent un bon aperçu... de même que la couverture de l’album, où monsieur et madame ont davantage un air excédé que passionné.

« Si on mettait un point d’interrogation au titre de notre premier disque, C’est d’l’amour ou c’est comme?, je dirais qu’après dix ans, on pourrait y répondre : oui, c’est de l’amour, illustre Luc de Larochellière. Au début d’un couple, c’est comme si on était seuls dans l’univers, mais plus les années passent, plus le reste du monde revient dans notre vie : nos familles, nos enfants, nos amis, la société dans laquelle on vit. Tout ça reprend sa place et il faut le gérer à deux. »

« On s’inspire simplement de nos vies et de ce qui nous entoure, poursuit Andrea Lindsay. Avant, on n’habitait pas dans la même maison, mais j’étais souvent chez Luc — il cuisine bien! ha! ha! On a déménagé ensemble, on a eu un fils, on a perdu quelques amis... La vie bouge! Aujourd’hui, c’est une autre sorte de romantisme, plus doux. Je trouve d’ailleurs qu’il y a quelque chose de très romantique dans les vieux couples qui s’aiment encore : on accepte la personne telle qu’elle est. Je pense que c’est un peu ça, la recette. On est moins dans le nuage rose. »

Effectivement, on note plusieurs montagnes russes, déchirements et ambivalences dans les textes du nouveau gravé, la solidité du couple permettant justement aux inquiétudes de chacun de s’exprimer librement. It’s a Hell of a Night parle de doutes, d’insécurité et d’idées noires. Au dos d’une baleine traduit un besoin d’évasion lorsque l’insomnie et l’obscurité finissent par être trop lourdes. Café et champagne aborde avec humour des excès aux allures bipolaires...

« Il y a maintenant du mouvement dans nos vies, admet Andrea. C’est la première fois que je deviens parent et je m’aperçois qu’on va souvent très haut et très bas. Ça reste un très beau voyage, mais davantage dans les extrêmes », commente-t-elle. 

La sixième plage, L.O.V.E. Love, est plantée au beau milieu du disque telle une réponse à tout ça, y compris l’époque « très instable et parfois très négative » que nous vivons, expliquent Luc et Andrea.

« On essaie de se protéger de tout ça, d’avoir un pare-chocs, de nous ressourcer avec des choses positives, de nous raccrocher à l’humanité envers soi et envers les autres. C’est presque une chanson de méditation, résume Andrea avec un léger rire. Ce serait trop facile, à certains moments, de se rouler en boule dans un coin. » 

« Ça peut faire quétaine de dire que l’amour est la réponse à tout ça, mais ce ne l’est pas, parce que c’est la vérité, ajoute Luc. L’amour reste le remède à la très grande majorité des maux de notre vie, même ceux auxquels on ne peut rien. Nous étions hier aux funérailles d’une amie. Notre impuissance est totale face à la mort, mais l’amour peut aider à guérir le deuil et la souffrance. Et on n’en parle pas assez. »

Tous pour le même album

Le moment n’aurait pu être plus approprié pour réaliser un deuxième album ensemble, expliquent Andrea Lindsay et Luc de Larochellière. Depuis le premier, tous deux ont lancé un disque solo, en automne 2016 (Autre monde pour Luc, Entre le jazz et la java pour Andrea). Leur fils de 3 ans Louis est aussi à un âge où il peut les suivre en tournée.

« Le point de départ, c’est que nous avions chacun une chanson qui n’avait pas trouvé sa place sur nos albums respectifs, dont la chanson-titre, que je n’ai pas réussi à mettre sur Autre monde, indique Luc de Larochellière. Dès que nous avons décidé de relancer un projet en duo, on a commencé à écrire et huit nouvelles pièces sont nées. »

Au fil d’arrivée, Luc s’est davantage occupé des textes et Andrea, des musiques, même s’ils ont touché aux deux. Et c’est tout naturellement qu’ils se sont tournés vers Marc Pérusse, réalisateur de tous les albums de Luc de Larochellière (sauf Autre monde) et de C’est d’l’amour ou c’est comme. Les premiers essais de Marc leur ont tout de suite plu.

« À partir de là, on avait tous les trois envie de faire le même album, résume Luc. Il y a eu de belles surprises en cours de route, comme les cordes sur Au dos d’une baleine, que je n’avais pas prévues, mais que nous avons tout de suite aimées », ajoute-t-il à propos des arrangements studio, auxquels ont aussi été conviés un trio de cuivres, des congas et même un accordéon. 

Le résultat est un disque un peu plus rock que le précédent, où les deux a.-c.-i.-a. (auteurs-compositeurs-interprètes-amoureux) ont simplement suivi la direction musicale que leur inspiraient les chansons. L’album passe notamment de la soul affirmée de Ma maison va brûler à un rock brit très sixties pour Café et champagne, que Petula Clark n’aurait pas dédaigné.

Sur la drolatique Karaoké Kids, non seulement les guitares et claviers retournent sur les terres du Bashung du début des années 1980, mais même les voix empruntent les intonations du regretté barde français.

« Dans la dernière année, raconte Luc de Larochellière, j’ai revisité mon vieux matériel, en vue de la réédition d’Amère America, et on dirait que ça m’a ramené dans mon ancienne façon de faire des chansons pop. En même temps, Karaoké Kids reflète notre réalité d’auteurs-compositeurs qui essaient de faire naître et vivre de nouvelles chansons, en y mettant beaucoup de plaisir, bien que l’époque ne soit pas si rose pour ça », dit-il, soulignant le « gros clin d’œil » destiné aux amateurs qui préfèrent retourner aux classiques plutôt que découvrir des créations.

Andrea Lindsay et Luc de Larochellière au gala de la SOCAN en 2017, alors que les chansons Cash City, Si j’te disais reviens et Six pieds sur terre étaient consacrées Classiques de la SOCAN (plus de 25 000 diffusions à la radio)

Bonhomme orange et petit bonhomme

Même si le disque est très majoritairement en français, on ne peut s’empêcher de noter une présence affirmée de l’anglais, avec quatre titres de chansons dans la langue de Shakespeare.

« Je ne peux pas dire que ça se fait consciemment, répond Andrea. C’est simplement ma réalité — et aussi celle de Luc depuis que nous habitons ensemble, et de notre petit garçon, qui grandit dans les deux langues. Je me suis toujours exprimée en anglais et en français sur mes albums. Parfois, c’est l’un qui traduit mieux mon sentiment, parfois c’est l’autre. J’essaie quand même constamment de trouver un équivalent en français, précise la francophile avouée, mais c’est la phrase qui collera le plus à mon émotion... ou au piétage qui va gagner. Par exemple, It’s a hell of a night, j’avais vraiment envie de le dire! Je le croyais, je le sentais, je voyais le bonhomme orange à la télé et c’est cette expression qui est sortie! It’s a hell of a time! Quelle époque! »

Luc et Andrea n’ont pu s’empêcher de signer une berceuse pour Louis, Submarine Boy. « En fait, c’est une chanson que j’avais écrite pour Andrea au moment où elle était enceinte. J’avais vraiment l’image du petit bonhomme dans le ventre de sa mère/mer, du petit plongeur pris pour vivre dans l’eau encore quelque temps avant d’émerger. On a de belles réactions sur celle-là. » 

« Quand Luc composait, je l’entendais derrière la porte et je disais à Louis, qui était dans mon ventre : "Je pense que ton père est en train de t’écrire une chanson..." » conclut Andrea.

En vente numériquement depuis le 11 octobre, S’il n’y avait que nous arrivera chez les disquaires le 25 octobre.

Andrea Lindsay et Luc de Larochellière seront en spectacle le 24 octobre à Gatineau, le 9 novembre à Richmond, le 13 février à Saguenay, le 20 février à Sherbrooke et le 28 février à Québec.

Lyndsay De Larochellière, S'il n'y avait que nous