Qualité Motel, « projet sectaire » des gars de Valaire, est de retour avec un deuxième album, une vingtaine d’artistes invités, des chemises à dragons et beaucoup de folie pas dangereuse.

Qualité motel : délire contagieux

SHERBROOKE — Qui, d’après vous, est capable de faire chanter à Marie-Élaine Thibert : « Je veux te manger le corps, goûter à tous tes pores »? Ou à Karim Ouellet que tomber en amour, « c’est mieux qu’une claque dans ‘ face » et « c’est mieux qu’une pelle dans l’front »? Ou alors de faire dire à Christian « Curieux » Bégin que le basilic, c’est tellement meilleur que le romarin, notamment parce que « ça protège des piqûres de scorpions »? Qui donc?

C’est Qualité Motel, pardi! Six ans après Motel California, sur lequel ils avaient déjà contaminé, avec leur délire, une première brochette d’artistes collaborateurs (Mitsou, Yann Perreau, Stefie Shock, etc.), les cinq Sherbrookois que l’on connaît normalement sous le nom de Valaire récidivent avec C’est pas la qualité qui compte, infectant cette fois Simon Proulx des Trois Accords, Jimmy Hunt, Les Louanges ainsi que plusieurs membres de la nouvelle génération de rappeurs québécois tels Koriass, Fouki, Sarahmée, Eman et Lary Kidd. Sans oublier Fanny Bloom, qui ne se tient jamais bien loin de leurs projets.

Mais bien que le premier opus de Qualité Motel date de 2012, le groupe n’était pas en latence pour autant. Même qu’il donnait des prestations pas mal tous les ans, lorsque festivals et salles de spectacles avaient plutôt envie de recevoir le pendant entièrement électronique de Valaire (claviers, synthétiseurs et boîtes à rythmes). 

« Aucun instrument n’est joué en direct sur scène, mais la différence est aussi dans l’approche, poursuit Luis Clavis (de son vrai nom Louis-Pierre Phaneuf). Avec Qualité Motel, on se débarrasse de toute culpabilité à aller dans les formes et sonorités complètement pop, ou dans les trucs un peu plus dance ou plus fromagés. Ça nous permet de drainer toutes ces envies-là, qui sont légales pour Qualité Motel, pour ensuite ne plus risquer d’y succomber quand on redevient Valaire. »

« Mais quand on s’est rendu compte qu’on enfilait nos habits de Qualité Motel assez régulièrement, poursuit-il, on a trouvé ça gênant de ne pas avoir de nouvel album depuis aussi longtemps. Notre répertoire sur scène se compose beaucoup de remix de chansons actuelles ou de succès souvenirs, ce qui fait que le spectacle évolue constamment. C’est pour ça qu’on n’a pas senti, avant cette année, le besoin de se remettre à jour et d’avoir de nouvelles chansons. On a réalisé cette année qu’on n’avait rien de récent à offrir aux gens qui voulaient nous écouter aussi à la maison. » 

« On s’est donc retrouvé dans un chalet au début de l’été et on a fait une vingtaine de maquettes de chansons qu’on a envoyées à plein de monde. Après, on est partis en France avec Valaire, et en revenant, on s’est rendu compte que notre deadline était vraiment là, là! On avait encore réussi à se mettre dans le jus! Heureusement, nos invités ont répondu assez vite et tout s’est bouclé en septembre », raconte Luis.

Amour absolu et petite haine

À la différence du premier opus, les artistes collaborateurs se sont davantage engagés dans l’écriture des paroles. « Ils avaient des couleurs tellement différentes — en français en plus — qu’on ne pouvait pas vraiment leur soumettre de texte. On les a seulement encadrés quant à la nature du projet (personne n’est arrivé avec des choses trop sérieuses) et tout le monde s’est occupé de ses propres thèmes et textes. Il n’y a donc pas eu de clash. »

L’unique refrain imposé est celui de la chanson Basilic (c’pas du romarin : c’est du basilic), parce que Qualité Motel le promenait depuis déjà longtemps sur scène. Koriass a eu le mandat d’écrire les couplets et Christian Bégin, celui de s’inventer un monologue vantant son « amour absolu » pour le basilic et sa « petite haine » envers le romarin.

C’est Luis qui a eu l’idée de téléphoner au pape de l’épicurisme gustatif québécois, rencontré au cours de ses douze ans de métier dans le monde de la musique. « J’avais son numéro dans mon cellulaire, je l’ai appelé et je lui ai expliqué le projet. Il a dit : "Vous êtes caves! Oui, je vais le faire, je vous envoie ça dans une demi-heure" », rapporte-t-il, heureux que l’album se soit réalisé dans une telle spontanéité.

Convaincre Marie-Élaine Thibert d’interpréter des paroles aussi crues dans La peau des gens qu’on aime (en duo avec Fanny Bloom, qui s’est occupée du texte) n’a pas été trop difficile non plus, le bassiste Rémy Malo, conjoint de la chanteuse, étant déjà un amateur du groupe. Et ce, malgré l’ampleur du contre-emploi.

« On voulait une voix qui apporterait à la fois quelque chose de grandiose et de tragique. On trouvait que ça donnerait un petit côté Disney à la chanson. On savait aussi que ça lui parlerait, parce que ça la changerait de ce qu’elle fait d’habitude. Effectivement, elle était super game. »

Une autre sorte d’album

À la fin du processus, Luis et ses coéquipiers se sont retrouvés avec « une autre sorte d’album québécois », majoritairement en français, très représentatif de la vague rap keb actuelle, mais aussi de la chanson québécoise d’aujourd’hui. « Rassembler Fouki et Jimmy Hunt sur un même disque, c’est quelque chose qu’on ne voit pas souvent. Il y a deux pièces en anglais et on s’est demandé si on devait les mettre, mais elles allaient trop bien avec le reste de l’album. »

Quant à la forme que prendra le spectacle, le musicien répond que, de toute façon, « on ne sait jamais comment les choses vont virer avec Qualité Motel ».

« Il y a beaucoup de place à l’improvisation dans la mise en scène et le choix des chansons. C’est aussi très participatif. Souvent, la foule finit sur la scène. Le party lève tout le temps. C’est vraiment le fun à faire comme show! »

Vous voulez y aller?

Qualité Motel

Samedi 17 novembre, 21 h

La Petite Boîte noire

Entrée : 15 $

Vous voulez y aller?

Samedi 10 novembre

Minotaure, à Gatineau

(819) 600-6466; Facebook [Bar Minotaure]