Selon une étude de l’Hôpital d’Ottawa en 2014, 25 % des victimes d’agressions sexuelles soignées en 2013 avaient subi des violences pendant de grands événements.

Prévention des agressions sexuelles : Un « changement de culture » dans les festivals

Évaluer les résultats du projet SoundCheck n’est pas simple. Mais depuis son lancement en 2015, l’initiative visant à prévenir les agressions sexuelles dans les festivals a donné un coup de pouce à un « changement de culture » dans le milieu événementiel, observe la directrice générale de la Coalition d’Ottawa contre la violence faite aux femmes (COCVFF), Erin Leigh.

En 2014, une étude de l’Hôpital d’Ottawa est parvenue à une conclusion : de toutes les victimes d’agressions sexuelles soignées en 2013, un quart avaient subi des violences pendant de grands événements. 

Les hospitalisations montent lors des festivals, de même que pendant les semaines d’orientation scolaire et les célébrations d’envergure tels le jour de l’An et la fête du Canada.

L’année suivante, le Sexual Assault Network (SAN) d’Ottawa et le COCVFF lançaient le projet SoundCheck, qui vise à réduire les risques d’agression dans les grands événements par la formation des employés et des bénévoles, l’amélioration des sites physiques et par différents modes de communication. 

À sa quatrième saison, déjà, « on voit un changement spécifique dans la façon de gérer les festivals, détaille Erin Leigh. Quand on a commencé, on était probablement les premiers à l’échelle mondiale à travailler spécifiquement sur cet aspect. Cet engagement des festivals est de plus en plus courant », autant à Ottawa qu’ailleurs. 

Par exemple, Coachella, le deuxième plus grand festival au monde, s’est doté d’un mécanisme semblable cette année.

Le festival de musique électronique Escapade a été le premier à adopter l’approche de SoundCheck. 

Son dixième festival s’est terminé ce dimanche. 

Près de 34 000 personnes se sont rendues au parc Lansdowne, où le site avait été réorganisé pour la première fois en fonction des risques d’agression, plus probables dans les coins moins éclairés et isolés. 

« Des centaines » de gens formés étaient présents sur le site. 

« Quand nous avons commencé, beaucoup d’autres festivals ne voulaient pas s’impliquer, car ils avaient peur du message qu’ils allaient envoyer. C’est comme s’ils disaient : “Nous travaillons à prévenir les agressions, parce qu’elles arrivent dans nos événements”, détaille le fondateur d’Escapade, Ali Shafaee. Définitivement, les formations font du chemin. »

Ce week-end, les paramédics d’Ottawa ont fourni des soins à 13 festivaliers d’Escapade, mais aucun pour violence sexuelle. Quant au service de police d’Ottawa, celui-ci n’y a fait aucune arrestation ni intervention.

L’effet de foule en cause

Les agressions dans les festivals touchent surtout les femmes âgées d’en moyenne 25 ans ainsi que les membres de minorités sexuelles. 

La vaste majorité des victimes interrogées étaient intoxiquées — souvent malgré elles —, et les deux tiers étaient inconscientes lors de l’agression. 

Le tiers connaissaient leur agresseur, alors qu’en général, cette statistique monte à 60 à 85 %.

Kim Dubé, coordonnatrice des services de prévention et de sensibilisation du CALACS francophone d’Ottawa, attribue la hausse des agressions lors des événements d’envergure à la culture du viol, exacerbée par l’effet de foule.

« Il y a une ambiance de party, les gens sont intoxiqués, et donc l’effet de foule fait que certains vont se permettre d’avoir des comportements ou de faire des commentaires en se disant que personne ne va les voir ou réagir, détaille-t-elle. Les personnes de l’entourage ne réagiront pas, parce qu’elles ne l’ont pas remarqué, qu’elles ne savent pas quoi faire, parce qu’elles sentent que ce n’est pas leur responsabilité… Et en bout de ligne, personne ne fait rien. »

« On parle des agressions sexuelles comme d’abus de pouvoir. Là, c’est exactement le cas : l’agresseur sent qu’il peut faire ce qu’il veut. »

Alors que la saison des festivals commence, le CALACS se prépare à recevoir un plus grand volume de signalements. L’organisme appelle aussi à une plus grande offre de services en français à Ottawa.