Ponteix: bouffée d’air fransaskoise

Le groupe a changé de forme depuis la sortie du minialbum «J’orage», mais son essence demeure la même : « rendre hommage aux plaines et aux grands espaces », explique le chanteur et musicien de Ponteix, Mario Lepage, à propos de son premier long-jeu, «Bastion».

Les paysages de la Saskatchewan vibrent sur ce disque coulé dans les vagues dreamrock électros et progressives. On peut les sentir au détour des « collages audios que j’ai éparpillés un peu partout, [en utilisant] des cassettes qui appartenaient à ma grand-mère. Et puis les chansons font régulièrement référence à des lieux précis. »

Mais ils ne sont pas seuls. Musicalement, c’est l’esprit même de la province qui résonne ici, même si ce matériel est très éloigné du format « traditionnel banjo et violon » associé aux Plaines, sourit Mario Lepage, joint au téléphone dans sa « ferme » perdue au milieu des Prairies.

C’est là, aux abords du village de Saint-Denis, le Bastion francophone où Mario Lepage aime se ressourcer, qu’ont été écrites la plupart des chansons.

L’album a toutefois été réalisé « à 70 % » dans l’Est ontarien. À La Piaule, le studio des frères Levac (Pandaléon). Fred Levac a d’ailleurs coréalisé et mixé le disque. « Avec Fred, on commence à parler de faire un show surprise... », ajoute le musicien, sans oser confirmer la présence du Franco-Ontarien au Centre national des arts (CNA), le 11 avril, quand Ponteix lancera Bastion.

« On a aussi fait les cordes et les cuivres à Montréal ; et le reste, chez moi, dans mon studio à domicile. »

Un vent favorable souffle sur Ponteix depuis la parution de J’orage, en 2016. Un succès tel que Mario Lepage a sérieusement contemplé la possibilité de s’installer dans la métropole. Finalement, il n’y aura pas d’exil : « J’ai changé d’idée, en faisant cet album. J’ai découvert [que] je ne suis pas un gars de ville. Et même si je devais déménager à Montréal [pour le travail], ce serait en dehors de la ville. »

Au CNA, il sera entouré de ses nouveaux complices. Ce sont bien ses partenaires d’origine (Adam Logan et Kyle Grimsrud-Manz) que l’on entend sur le disque. Mais, pour la tournée qui s’amorce, ceux-ci ont été remplacés par deux autres multi-instrumentistes made in Saskatchewan, Jeff Romanyk et (batterie et basse) et Stacy Tinant (guitare et synthétiseurs).

À Ottawa, Ponteix partagera la scène avec une autre artiste de l’Ouest canadien, Rayannah, qui en profite elle aussi pour lancer son nouvel album, Nos repaires.

La notion de Bastion sert de fil conducteur thématique. C’est l’image de la « cité fortifiée », dérivée du bastillon, mais pas seulement, précise Mario Lepage : « Le bastion, c’est aussi [ce lieu qui exerce] une source d’influence sur un peuple, sur une communauté. St-Denis, qui est un bastion francophone en Saskatchewan, ça me nourrit, dans un sens. »

Ainsi, la chanson Alamo est porteuse d’« un double sens », précise-t-il. Au-delà de l’image de symbole de résistance chèrement acquis durant la Révolution mexicaine, la chanson « parle de santé mentale », à travers cette « petite voix dans ta tête qui veut pas lâcher ». Or, « Cette petite voix là, pour les francophones en milieu minoritaire, c’est aussi l’anglais qui nous entoure... »

L’atmosphère des Plaines nourrit Prud’homme, chanson acoustique construite à partir d’un antique enregistrement sur bande magnétique, et qui tire son titre du nom d’un autre village francophone, proche de St-Denis. « C’est le village de mes ancêtres venus de la France. Ma grand-mère y a enregistré une cassette, pendant la visite de Jeanne Sauvé », alors gouverneure générale du Canada.

Qu’ils fassent résonner ici la voix d’une fillette – « ma cousine » – lisant des poèmes ; là, celle d’une aînée – « ma grand-mère qui s’adresse à moi quand j’avais trois ans, et qui me dit qu’elle veut m’apprendre à chanter une chanson » – ces collages audios de quelques dizaines de secondes prennent racine dans l’arbre généalogique de Mario Lepage. « Ce sont les produits et les sources qui m’ont nourri en faisant cet album. »

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EN BREF

Un groupe à géométrie variable

Ponteix était « dès le départ un projet collaboratif », inspiré de la méthode Gorillaz – le groupe dans lequel s’efface Damon Albarn, au profit de multiples voix et musicien(ne)s. « Les collaborateurs vont aller et venir, ça va évoluer. Je veux laisser place à des gens qui m’influencent et qui portent la musique un peu plus loin », expose Mario Lepage, qui est la tête et le cœur du projet.

Louis-Jean Cormier a participé à la création de plusieurs chansons. « En 2017, j’ai fait une résidence de création [à Banff] au Center of Arts and Creativity : Louis-Jean était un des formateurs. On est devenus amis. Chaque fois que je revenais à Montréal, on trouvait du temps pour travailler des tounes. On a fait de la coécriture sur Faux Pas et Petite Fleur. »

La Fransaskoise Anique Granger a donné un coup de pouce sur Les Éclats. Blaise Bourboën-Leonard, réalisateur et accompagnateur de Lydia Kepinski, s’est occupé des arrangements des cordes et des cuivres.

Parmi les influences qui nourrissent sa musique, ces derniers temps, il cite Grizzly Bear, Stereolab et le groupe écossais Boards Of Canada.

« Côté francophone, c’est plus tough » de trouver des influences, reconnaît-il.

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« Raconter une histoire »

Le musicien pense avoir rempli l’objectif qu’il s’était donné de « créer une histoire ». « J’avais envie de raconter quelque chose de plus grand que ce qu’une toune peut raconter. Je voulais amener les auditeurs dans un grand voyage », ce qu’il n’était pas parvenu à faire avec le minialbum J’orage, faute d’espace.

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En lice aux Trille Or

Dans la course aux prochains prix Trille Or, Ponteix est en lice dans la catégorie Export Ouest – au côté d’Étienne Fletcher Justin Lacroix, et deux artistes dont Mario Lepage a réalisé le disque : Rayannah et Shawn Jobin. Durant la « semaine des Trille Or » qui précédera le gala (tenu jeudi 2 mai), le trio de Mario Lepage partagera la scène avec Marie-Clo, Danny Boudreau et l’Ottavien JOLY, dans le cadre de la vitrine officielle des Trille Or, organisée le 30 avril au Club 27 d’Ottawa. Elle est ouverte au public, comme les trois autres vitrines musicales destinées à mettre en valeur les artistes de la francophonie canadienne.

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POUR Y ALLER

Quand? Le 11 avril, à 20 h 30

Où? Centre national des arts

Renseignements : 1-888-991-2787 ; nac-cna.ca