Émile Proulx-Cloutier fait paraître ce samedi 17 novembre son deuxieme disque, «Marée haute».

Plonger dans la vie des autres

Avec «Marée Haute», deuxième opus de ses aventures mélodiques et scéniques, Émile Proulx-Cloutier l’auteur-compositeur (et non le comédien et réalisateur, bien qu’il s’agisse de la même personne) s’affine et s’affirme.

«Ce qui distingue cet album du précédent, c’est que je me mouille davantage, au sens propre comme au figuré. La portion d’éléments personnels qui me concernent est beaucoup plus grande. [...| Je me suis davantage laissé aller. Les digues se sont davantage ouvertes, peut-on dire, pour rester dans [le thème]», lance le pianiste, dont les nouvelles chansons sont imbibées par une même métaphore filée renvoyant à l’eau sous toutes ses formes. 

La pochette du disque participe au jeu en montrant Émile Proulx-Cloutier assis sur un banc de parc inondé. 

S’il reconnaît volontiers l’aspect «journal intime» qui se dégage de son nouveau bébé,  l’auteur-compositeur-comédien continue toutefois de donner vie et parole à une foule de personnages, installant ainsi une distance pudique entre eux et lui. «Je pourrais pointer plusieurs chansons qui sont clairement des fictions, des mises en scène, [écrites] dans le but de faire vivre quelque chose au spectateur, mais aussi pour sortir de moi», poursuit-il.

«Dans Joey, l’adolescent un peu désespéré qui court la nuit, c’est pas moi. Dans Les retrouvailles, cet homme un peu paumé, pas casé, qui n’a ni enfants ni travail, c’est vraiment pas moi», lance le trentenaire. Dans Les derniers mots, chanson évoquant les derniers instants d’un homme – jeune – qui cherche sans trouver un message final à laisser à son entourage ? Pas lui non plus: «je vous jure que je suis bien vivant et que c’est moi qui vous parle», pouffe-t-il.

Mais «peu importe» qui est à l’origine des cris du cœur ou des flèches acidulées égrenées au fil des chansons: «la fiction, pour moi, n’est ni une fuite ni un masque; c’est plutôt un cadre architectural, ample et solide, dans lequel on peut faire exister quelque chose de plus grand que soi – ou qui peut permettre d’aller beaucoup plus loin dans un propos ou un regard sur le monde», explique celui qui campe un architecte dans le film Nous sommes les autres, présentement à l’affiche.

Regard «documentaire»

Mais pour que l’exercice de création l’intéresse, il doit «garder un pied dans la réalité», précise-t-il: «La fiction n’est pas un maquillage. Ces vies-là existent!» tout autour de lui. Et méritent qu’il fasse l’«effort» de «rentrer dans les bottines» de ces autres et d’abolir la distance. «Je ne [veux] pas le prendre de haut, le juger. Alors je descends à sa hauteur, je rentre dans sa peau», dit-il en dressant un parallèle avec la démarche du comédien.

Et c’est aussi le regard du documentariste, poursuit-il. «Le documentaire, c’est l’art d’apprendre à trouver fascinante la vie de l’autre», expose celui qui a signé plusieurs documentaires avec sa conjointe, la cinéaste Anaïs barbeau-Lavalette.

 Émile Proulx-Cloutier adopte toujours «le même regard, en fait»: «J’ai autant de plaisir à scruter la vie des autres – pas de façon voyeuriste, mais pour en tirer de la beauté, une noblesse ou une grandeur – qu’à montrer mes travers à moi.» 

«J’aime regarder bouger les mains des gens, j’aime observer les paysages dans lesquels ils habitent. Souvent, le monde échappe sans le savoir des phrases qui sont d’une poésie hallucinante... Il suffit de mettre la phrase dans une chanson, dans un contexte, pour que cette poésie se révèle».

En filigrane, derrière les voix des personnages du disque, on ressent comme un grondement sourd, une sorte de ras-le-bol baigné d’amertume. «Il y a assurément un vertige et, oui, des remises en question, mais il n’y a pas d’amertume. En tous cas, j’ai pas envie» de donner cette impression. 

Il convient qu’on y côtoie des personnages qui se sentent «enterrés ou submergés, un peu dans un trop-plein», mais ceux-ci ne doivent pas occulter la présence de toutes les autres voix du disque, qui se sentent elles aussi «à un tournant», mais qui trouvent «la force et l’énergie de réagir». «Il y a donc un appel au mouvement».

Lui-même s’avoue pourtant «souvent submergé», ces derniers temps, par «les diverses déferlantes» professionnelles, sociales ou familiales (il est père de trois enfants) «qui nous tombent dessus».  «L’image de la marée haute vient de là: c’est quelque chose qui peut nous submerger, mais qui peut nous soulever aussi», dit-il.

Nettement plus en confiance que pour son premier disque, quand il «cherchait [sa] couleur», Émile Proulx-Cloutier voulait cette fois entendre «de grandes progressions harmoniques». Il a donné plus de latitude à son réalisateur, Guiddo Del Fabbro, dont il loue le «grand vocabulaire musical». «Je lui donnais des indications visuelles, les textures que je voulais, puis je lui disais: ‘Fais-moi des surprises’. » 

POUR Y ALLER

Quand : 15 mars 2018, 20h

Où : Salle Jean-Desprèz

Renseignements : 819-243-2300 ; ovation.qc.ca