Le chanteur électro Dear Denizen se donnera en concert au Troquet le 23 novembre prochain.

Plaisirs électro-métissés avec Dear Denizen

Le Troquet accueille cette semaine Manu Militari (24 novembre) et Dear Denizen (la veille) dans le cadre des «Soirées insolites» organisées par l’organisme Impératif Français, qui invite à croquer sans réserve dans ce «bonbon culturel de l’automne».

Contrairement au rappeur Manu Militari, qui n’a plus besoin de présentations, il n’est pas inutile de rappeler qui est le chanteur électro Chris Ngabonzinza, alias Dear Denizen.

Dear Denizen (qui a d’abord choisi comme nom de plume Ngâbo, diminutif sous lequel il a fait paraître en 2011 un premier opus réalisé par Jérôme Minière) est aussi connu comme la moitié d’Abakos, duo qu’il forme avec Pierre Kwenders, son (double) compatriote canado-congolais.

À son arrivée au Canada, Chris Ngabonzinza a vécu à Ottawa de 2000 à 2005 (un «épisode très heureux» de sa vie de migrant, précisera-t-il).

Il travaillait comme gérant de projets pour une société de traduction, avant de déménager à Montréal afin de suivre cette idée folle qui lui trottait dans la tête: entamer une carrière musicale. Là, il s’est fait un nom (ou plusieurs) et une réputation sur la scène électro. Mais le chanteur se présente parfois sur scène en tant que Ngabo Kiroko, et plus souvent sous l’identité de Dear Denizen, qui renvoie aussi au quatuor électro-éclecto-africano-dansant qu’il pilote de toute son imagination débridée.

Un projet débuté en anglais, à présent bilingue : son plus récent minialbum, B.E.C. – acronyme de Belle Existence Chaude – ne décline que des chansons en français. «Ça fait du bien, vraiment, de recommencer à chanter en français», convient l’artiste, qui, quitte à défier les conventions et les solitudes, se sentirait très à l’aise d’élargir encore ce kaléidoscope linguistique.

«Un moment donné, je pourrais faire des chansons en swahili ou en lingala. Je parle quatre langues: pourquoi ne pas en profiter? » laisse-t-il entendre.

Pour éviter tout éventuel malaise avec ce caméléon aux identités multiples, on commence par la base, en début d’entrevue: «comment doit-on t’appeler, Ngâbo?» Il rit, en reconnaissant que notre perplexité est légitime et partagée.

«Souvent, les gens vont penser que c’est un truc calculé», que tous ces changements de noms cachent une stratégie artistique... «mais pas du tout: j’aime l’idée de ne pas me sentir corseté par une identité unique, de pouvoir me balader un peu partout. J’ai un bagage musical très éclectique, entre autres parce que j’ai grandi en Afrique», dit-il comme si cette fusion d’influences occidentales et africaines relevait de l’évidence.

Tout est possible

Qualifiée d’electro-orchestrale, sa musique « touche un peu à tout. C’est pop, avec plein de petites choses africaines. [...] Le côté folk est très présent – Bob Dylan est une grande influence. Et j’aime beaucoup la chanson française», dit-il en citant Brel.

Pour Chris Ngabonzinza, Dear Denizen est «un playground, un terrain de jeu» pouvant accueillir tous les possibles. «Je voulais créer un projet, un espèce de profil artistique ou je serais complètement libre. Un truc que je peux présenter comme un band. Après, si Dear Denizen doit devenir ‘moi’... ce sera ‘moi’. [Peu importe, tant que] la musique sort des tripes». Quelle que soit la direction que cela prendra, the best is yet to come» (le meilleur reste à venir), promet-il, euphorique.

Sylvain Deschamps

Sur scène, la formation regroupe les musiciens anglos Jeff Louch (claviers), Bucky Wheaton (batterie) et Chris Velan (guitares). Auxquels s’est récemment greffé le Gatinois d’origine Sylvain Deschamps, qu’on connaît aux manettes de VioleTT Pi. C’est lui qui a réalisé le e.p. francophone de Dear Denizen – et qui réalisera le premier long jeu, à paraître fin 2019, de la bande.

Dear Denizen ne manie pas d’instruments. Ce qu’il compense largement par des talents innés de compositeur: «Je monte mes maquettes sur l’ordi, avec les voix, et je programme toutes les partitions.» À 39 ans, il n’a «plus vraiment la patience d’apprendre un instrument. Pourquoi perdre son temps, alors qu’il est «déjà capable de tout faire à l’ordi, le piano, les brass, la batterie, etc., mieux » que s’il en jouait lui-même. «Je considère l’ordi comme un intrument.»

La musique a pourtant «toujours occupé une place importante», dès l’enfance. «Il n’y a pas de musiciens dans ma famille, mais je savais que c’était là, à l’intérieur de moi.»

Il se souvient d’une maison familiale baignée de musique et le jeune Ngâbo a pris grand plaisir à «chanter dans une chorale, de 7 à 14 ans». Nonobstant. «Là-bas, faire de la musique [sa profession], c’est pas considéré comme sérieux: c’est une job d’aventuriers...»

Et puis, «dans les années 90, avec toute la merde qui commençait, ce n’était pas très propice pour le développement artistique», souligne celui qui a grandi en RDC Congo, à la frontière avec le Rwanda, à une époque où la frontière entre les deux pays n’existait que sur le papier.

Il est retourné sur sa terre natale juste avant de faire paraître B.E.C. Entre autres pour y tourner le vidéoclip de l’extrait Maquisard. «Ça faisait six ans que je n’y étais pas allé. En vieillissant, on commence à porter une importance plus grande à qui on est et d’où on vient.»

De ce voyage, il a «ramené énormément de musique» et «beaucoup de couleurs, de recettes et de souvenirs». Dont il compte bien teinter la suite de ses aventures mélodiques.

Au Troquet, Sylvain Deschamps accompagnera le quatuor. «On va faire les chansons sur scène et en studio en même temps, pour les polir ensemble. [...] J’ai vraiment hâte, il a de super bonnes idées.»

«Ça va être très drôle de revenir jouer à Gatineau. La plupart de mes amis, à l’époque, ne savaient pas que je m’enlignais pour une carrière en musique. Je ne voulais pas qu’ils se foutent de ma gueule...»

Pour y aller

Quand : 23 novembre, 21h

Où : Le Troquet

Renseignements : imperatif-francais.org