«Ça vient du cœur et c’est fait pour être reçu avec le cœur», confie Philip Sayce, dont l’album <em>Spirit Rising</em> sort vendredi.
«Ça vient du cœur et c’est fait pour être reçu avec le cœur», confie Philip Sayce, dont l’album <em>Spirit Rising</em> sort vendredi.

Philip Sayce : Guitar hero à hauteur d'homme

Philip Sayce n’aurait jamais imaginé lancer un album en pleine pandémie. Pas grave. L’auteur-compositeur-interprète — à qui d’aucuns ont déjà décerné le titre de guitar hero — reste cool et garde son objectif en tête à quelques jours de la sortie de Spirit Rising, attendu vendredi.

«C’est un privilège pour moi, confirme-t-il. Mon intention dans la vie est de proposer quelque chose qui vient du cœur avec ma musique. Je pense que, maintenant comme jamais, les gens ont besoin de musique, que ce soit la mienne ou celle de quelqu’un d’autre. J’ai la chance de pouvoir offrir quelque chose qui pourra peut-être apporter un peu de lumière dans leur journée. Ça vient du cœur de mon côté et c’est fait pour être reçu avec le cœur.»

Natif du Pays de Galles, mais transplanté avec sa famille à Toronto alors qu’il n’était qu’un bambin, Philip Sayce est désormais installé à Los Angeles où, comme à peu près tout le monde, il est confiné chez lui pour cause de COVID-19. Il compense (un peu) en interprétant sa musique sur les réseaux sociaux dans une idée de garder le contact en ces temps d’isolement. «Il n’y a pas de tournées. Alors on sort comment? Tout le monde est dans le même bateau actuellement. J’ai toujours voulu jouer de la musique et je l’ai toujours fait dans un désir de faire du bien», explique-t-il.

S’il porte maintenant son projet solo, le guitariste et chanteur a notamment fait ses classes auprès du regretté Jeff Healey, avant de faire le tour du monde au sein de la formation de Melissa Etheridge. Recruté par la compagnie de disques Warner, il a fait paraître en 2015 l’album Influence, puis un live l’année suivante. Pas si pressé, mais déterminé à rester fidèle à son style et à son message, il nous revient avec Spirit Rising, un album blues-rock rugissant de guitares sur lequel il rend hommage à quelques prédécesseurs, mais fait aussi la paix avec des expériences difficiles qu’il a vécues et qui l’ont fait «gagner en sagesse».

Sur l’honnêteté

Il évoque d’abord les aléas de l’industrie de la musique, lui qui peaufine son art avec une philosophie à hauteur d’homme.

«Pour citer mon avocat, c’est un jeu de serpents et échelles, image-t-il. Certaines choses qui se passent en coulisses peuvent faire du tort. Parfois, on se fie à la bonne foi des gens. Tu peux serrer des mains ou signer un contrat… Puis réaliser que le contrat ne vaut pas plus que le papier sur lequel il est imprimé. Il faut faire attention. Même devant les gens en qui tu es censé avoir confiance. Je navigue là-dedans depuis longtemps.»

Sayce évoque aussi la perte de son père, décédé subitement. «Le deuil est quelque chose de particulier, observe-t-il. Ça s’exprime de différentes façons, ça remonte quand on ne s’y attend pas. Ça influence la manière de voir la vie au quotidien. J’ai cheminé à travers ça et j’ai vu qui dans mon entourage tenait à moi comme personne, mais qui comprenait aussi le message que je me suis engagé à porter dans ma vie et dans ma musique.»

De cette période émotionnellement chargée, Philip Sayce a eu envie de tirer une musique authentique et honnête, qui garde cet esprit parfois un peu plus cru des prestations devant public. «J’adore particulièrement les vieux enregistrements où tu sais que ça se passe live, note-t-il. C’est une énergie qui se passe une seule fois et tu veux capter ce moment du mieux que tu peux. On peut parfois faire quelques prises dans cet esprit et choisir ensuite celle qui nous donne la chair de poule. Pour plusieurs de ces chansons, c’était juste moi et un batteur dans le studio d’enregistrement. On appuyait sur le bouton et on jouait! C’est comme ça que ça se passe en spectacle. On a voulu l’approcher avec le même genre d’intensité et d’intégrité.»

Hommage aux idoles

Outre les créations originales, trois reprises ont été incluses sur le Spirit Rising de Philip Sayce, qui a voulu rendre hommage à des musiciens qui ont nourri son art : Jeff Healey, Lightnin’ Hopkins et Magic Sam.

«Pour moi, c’est très important de continuer d’honorer la musique de mes héros, explique-t-il. J’ai grandi en écoutant Stevie Ray Vaughan, Jeff Healey, Eric Clapton et tous ces grands guitaristes. Et eux ont parlé des musiciens qui les ont influencés. Ça permet de regarder à travers leurs yeux, en quelque sorte, et de pouvoir dire : “Wow! Magic Sam… C’est cool!” C’est l’un des meilleurs bluesmen de l’histoire.»

Idem pour Lightnin’ Hopkins, «qui a beaucoup influencé notre vocabulaire musical», avance Philip Sayce. Quant à Jeff Healey, l’hommage venait encore plus du cœur, comme il l’a côtoyé. «Ç’a vraiment été fait avec amour, gratitude et respect», confie-t-il.

Entre le passé et l’avenir, Philip Sayce est confiant de voir la scène qu’il chérit tant demeurer en bonne santé et continuer de se renouveler. «C’est super vibrant. Il y a un énorme mouvement de jeunes guitaristes qui arrivent. C’est inspirant», assure celui qui se dit toujours soucieux d’apprendre et de s’améliorer.

«Je me sens comme un élève chaque jour, avoue-t-il. Quand on parle de Jeff Healey, on peut l’écouter pendant cinq secondes et se dire qu’on aurait besoin de 10 vies pour jouer comme lui. […] Chaque fois que j’entends Albert Collins jouer de la guitare, je retourne dans la salle de répétition. Si Sidney Crosby, le meilleur hockeyeur de la planète, pratique chaque jour, je vais certainement continuer de pratiquer.»

Comme quoi même à Los Angeles, le Canada trouve encore une place dans le cœur de Philip Sayce. «Toujours!» confirme-t-il en français.