Paul Piché revisite des classiques pour soulever des questions. « Où est-ce qu’on est rendus ? », se demande-t-il par exemple.

Paul Piché, d’un printemps à l’autre

Paul Piché sonne le glas de ses «40 printemps». Et c’est à la Maison de la culture de Gatineau qu’il mettra un point final à sa tournée anniversaire – dont le titre n’évoque pas son âge, 65 ans, mais bien les 40 ans du «À qui appartient l’beau temps ?», disque (certifié Platine) qui s’ouvre sur «Heureux d’un printemps» – avec laquelle Piché et sa gang se chauffent la couenne depuis 2017.

Grosse, la gang. Elle inclut d’abord ses vieux complices du Magneto Trio : Mario Légaré, Rick Haworth et Sylvain Clavette, assistés d’un batteur et d’un claviériste (Alex McMahon et Pierre Hébert, sans doute) et de choristes. En sus des musiciens, le chansonnier s’entoure chaque soir de deux invités spéciaux. À Gatineau, il s’agira de Damien Robitaille et Marie-Élaine Thibert. « Et peut-être Stéphanie St-Jean », laisse entendre Paul Piché.

Soufflant ces 40 bougies ça et là à travers la province, Piché s’est payé une deuxième jeunesse en se faisant accompagner par Marc Hervieux, Koriass, Eric Lapointe, Safia Nolin, Yann Perreau, Ingrid St-Pierre, Vincent Vallières, les Trois Accords et les 2Frères, selon les disponibilités des uns et des autres.

« Des jeunes », essentiellement, souligne Piché, qui ne se voyait pas fêter la tournée anniversaire « entre vieux chums ».

Même si la gang dépoussière ici des classiques d’un autre siècle, la corde nostalgique n’est grattée que pour « ouvrir les choses », et faire résonner d’autres questions : « D’où on part ? D’où on vient ? Où est-ce qu’on est rendus ? » résume Paul Piché.

L’aventure de 40 printemps se veut transgénérationnelle, à l’image des chansons de Piché qui se sont partagées de père en fils ou de mère en fille, autour d’une table, rectangulaire ou tournante, ou d’un feu de camp.

« Quand Stéphanie St-Jean est avec nous, elle chante Moi j’raconte des histoires, qui débute comme ça Moi j’raconte des histoires / Des histoires que vous m’avez contées. C’est un peu ça », ce spectacle : une manifestation festive de la transmission culturelle, laisse entendre Piché.

Lui-même, à ses débuts, s’est inscrit dans une démarche similaire, lui qui voulait humblement « suivre les traces des grands chansonniers ». Les saisons ont tourné, et Paul Piché, désormais arpenteur automnal, est ravi de voir de nouvelles générations d’artistes pousser, rayonner et revendiquer leur filiation, tout en incarnant des printemps à leur image, et pas moins fleuris.

En 2004, déjà, plusieurs de ses chansons ont été revisitées par une poignée d’oiseaux rares de la scène électro, au rang desquels figuraient Ramasutra, Patrick Watson et Champion. Le disque s’intitule Paluche 3.14. À présent, les jeunes cohabitent avec lui sur scène.

« Inspiré »

Il a l’air en forme, le poète. Serein. Énergique. On peut, sans grand risque d’erreur, attribuer cela au vent de jeunesse qui souffle autour de lui.

« La tournée me permet de vivre la chanson québécoise actuelle. Et ça m’inspire beaucoup. »

Il se dit « impressionné, inspiré, par cette génération » qu’il voit comme une dynamo créative. « Je trouve qu’il se passe vraiment quelque chose [sur la scène artistique] québécoise. On est dans une période politiquement creuse, en ce qui concerne la question nationale, mais il y a [en musique] une braise, un feu qui brûle. Je n’avais pas vu [autant de] talent depuis longtemps. Le foyer est chaud, l’âtre est vraiment vivant. »

« Et il y en a pour tous les goûts, poursuit-il. De Patrice Michaud à Koriass en passant par Hubert Lenoir, Klô Pelgag et Damien Robitaille, il y a un paquet de monde qui exprime l’âme de ce qui se passe au Québec » et dans la francophonie Canadienne.

« On aime ou on n’aime pas, mais ce sont des univers, des choses intenses, pas des niaiseries. Tout le monde a quelque chose de fort à dire. Souvent, on a un œil critique, on parle de génération individualiste... moi je suis pas sûr de ça ! » Paul Piché croit plutôt qu’ils ont, par souci d’individualité, « la volonté commune d’être vrai, authentique ».

« Il y a quelque chose chose qui se passe » dans le ciel à soir, un phénomène dont seul « le recul » permettra de réaliser l’envergure, soutient Paul Piché. Patientons donc quelques printemps...

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POUR Y ALLER

Quand ? Le jeudi 13 décembre, 20 h

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca