Patrick Norman se réjouit de revenir à Gatineau.

Patrick Norman sème ses «Bonheurs partagés» à Gatineau

En ce moment, « c’est le bonheur total ! Il est où, le bonheur ? Il est là ! il est là ! » clame Patrick Norman.

Entre son plus récent album, Bonheurs partagés, qu’il vient défendre sur les planches de la Maison de la culture de Gatineau mercredi, et le gros roadtrip qu’il prépare pour souligner ses 50 ans de carrière, le guitariste s’avoue « submergé dans le bonheur ».

La joie se propage tant sur scène qu’à la maison, deux espaces qu’il partage intimement avec la chanteuse Nathalie Lord, qu’il a épousée en 2017,

« Le bonheur qu’on a elle et moi d’être ensemble est tellement évident que c’en est palpable. On pourrait presque dire que j’ai le cul béni » glissera-t-il au début d’une entrevue téléphonique au fil de laquelle l’homme de 72 ans se révélera très vert, et particulièrement facétieux.

D’abord, faisant fi de la rectitude politique, il profite de la conversation pour partager une blague mettant en scène Donald Trump, Barack Obama et George W. Bush. Cognant aux portes du Paradis, les trois hommes doivent répondre à la question que leur pose Dieu... On ne vendra pas le punch, mais ça ne finit pas à l’avantage de l’actuel président.

Chanter et faire l’amour

Ensuite, pestant (gentiment) après la convention qui incite l’artiste en tournée à accorder une place prépondérante à son répertoire le plus récent, il ose une métaphore délectable.

« Moi, ça ne fait pas mon affaire de tasser des chansons. C’est dur de choisir [lesquelles enlever, car elles reflètent] toutes mes convictions, elles ont toute une grande signification dans ma vie. [...] Si je m’écoutais, mes spectacles dureraient 4 heures », pouffe-t-il.

Il reprendrait l’ensemble de ses nouvelles compositions, et ponctuerait le spectacle de toutes celles que le public attend impatiemment, « parce que si je ne chante pas Quand on est en amour, les gens sont très déçus ». Idem pour La guitare de Jérémie, Elle s’en va, L’hirondelle, etc., ses « indélogeables » ne manquent pas...

« Il y a bien la solution des medleys, mais je ne suis pas du tout fervent des pots pourris. C’est comme commencer à faire l’amour et puis changer de position tout le temps. [L’exercice] peut être amusant au début, mais ça n’a pas grand-chose à voir avec l’amour ! »

Or, sur scène, Patrick Norman veut que le plaisir soit partagé. Tant avec son public, qu’avec ses musiciens.

Pas n’importe qui. Des « chevronnés ». À la batterie : Pierre Pilon, qui a été batteur à l’émission Ad Lib pendant des décennies ; au piano : John McDiarmid, « que je connais depuis au moins 35 ans, et qui est un de mes musiciens préférés » ; à la basse, au banjo et à la guitare lapsteel : « mon fidèle, mon “Bobby” à moi, Jean-Guy Grenier, que les fidèles de l’émission Pour l’amour du country reconnaîtront... »

« On a beaucoup de plaisir : ce spectacle est comme une doudou, on est enveloppés de douceur. »

Le secret ? « Je m’entoure de gens heureux ! ».

Il s’est ainsi entouré d’une dizaine d’« amis » pour réenregistrer en duos, sur Bonheurs partagés, de vieilles chansons de Norman dont il était très fier, mais qui étaient un peu tombées dans l’oubli.

« Elles ne sont pas considérées comme des incontournables, mais elles le sont dans mon livre à moi. » Il n’a même pas eu à les choisir, à les sélectionner : « ce sont les chansons qui m’ont appelé. »

Au rang des amis, on retrouve notamment Martin Deschamp et Paul Daraîche, Laurence Jalbert et Guyliane Tanguay, Marie-Ève Janvier et Jean-François Breau, sans oublier l’humoriste François Léveillé et le comédien et compositeur Manuel Tadros.

Sauf que malgré leur « belle complicité », il était difficile de les réunir sur scène. C’est donc « Nathalie qui prend la relève » en prêtant sa voix aux duos féminins.

Maîtresse partagée

« On en profite pour partager des chansons de l’album La même maîtresse. On se raconte. Ça fait quelques années qu’on se connaît, elle et moi, et on partage évidemment plein de choses. J’ai même appris qu’on avait la même maîtresse. » Non, il ne s’agit pas de leur maîtresse d’école. Pour les détails... « la réponse est dans la chanson », rappelle le musicien en laissant échapper un rire franc.

Patrick Norman partage sa « hâte de revisiter la salle Odyssée », même si, cette fois, il ne sera pas entouré de l’Orchestre symphonique de Gatineau. « Quelle soirée extraordinaire ! [Mais] ce sont toujours des soirées magiques, à Gatineau. J’adore jouer en Outaouais », confesse-t-il, en s’appuyant sur « la proximité des gens » et « l’acoustique » de lieux.

Il y est régulièrement de passage. Pas seulement dans le cadre de ses tournées, mais aussi pour donner des spectacles bénéfices au profit d’organismes œuvrant en santé, tel Épilepsie Outaouais. Le cancer, l’alzheimer, l’épilepsie... « J’appuie beaucoup de causes. Je rejoins beaucoup de gens à travers ma musique, ma passion, mon bonheur, [alors] c’est ma responsabilité, ma façon de contribuer à faire un monde meilleur. Sentir qu’on a une utilité quelque part, avec ce qu’on sait faire de mieux... »

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PATRICK NORMAN REMERCIE YVON ÉTHIER

« Ça fera 50 ans, en septembre 2019, qu’Yvon Éthier a revêtu le personnage de Patrick Norman », lance le second.

Le guitariste de 72 ans ne jubile pas sans raison : un répertoire de plus d’un millier de chansons, saupoudré en 32 disques – 33, en incluant celui de son épouse Nathalie Lord, La même maîtresse [2017], qu’il a produit et sur lequel il tient les guitares.

« Pour mes 50 ans (de carrière), j’ai décidé de me payer la traite : je veux, visiter les grands studios autour du monde, les plus mythiques. »

L’entreprise n’est pas seulement récréotouristique, pour le guitariste de 72 ans. Et l’idée trône en bonne place sur sa bucket list depuis un bail, avoue-t-il.

Yvon Éthier alias Patrick Norman

« Étant bambin – mais j’ai toujours eu une oreille musicale très précoce – j’ai connu la tornade [musicale] des années 40 ; la période Elvis Presley, et ce qui a suivi, les Beatles, etc., je l’ai vécue et sentie. Ça me donne un bagage extraordinaire. [...] C’est ce qui m’a sauvé, la musique ! » explique-t-il en préambule.

« Je veux aller à Sun Records, à Memphis, pour y enregistrer Mystery Train avec ma guitare – avec les mêmes micros qu’Elvis. Je veux utiliser les mêmes appareils que Jerry Lee Lewis, Roy Orbison et Johnny Cash, dans les mêmes studios. Puis je veux faire la même chose à Nashville, au RCA Studio. Après, je vais aller chanter quelques chansons à Abbey Road, à Londres et à Motown, à Detroit. Je veux refaire les hits qui ont été enregistrés là, en plus de faire de nouvelles chansons. » 

Il enregistrera quelques classiques « qui ne sont pas miennes, mais que je chante depuis si longtemps, qu’elles sont imprégnées en moi, jusque dans mon âme ». Et réenregistrera quelques chansons fétiches de son propre répertoire.

« Je veux me payer ce voyage dans le passé ! C’est un cadeau que je me fais de moi à moi. On peut dire que c’est Yvon Éthier qui remercie Patrick Norman de lui avoir permis de faire une vie absolument magnifique ! » poursuit-il.

« De grosses pointures » l’accompagnent déjà sur ce projet, signale-t-il en mentionnant au passage les noms de Mario Lefebvre (gérant de Roch Voisine et collaborateur de Céline Dion) et de l’« ami » Pierre Marchand, fondateur de MusiquePlus.

Pour ne perdre aucune miette de ce périple, il sera filmé. « Le réalisateur Roch Fortin va me suivre partout » pour documenter l’aventure en image. La scénariste et auteure Carmel Dumas (une spécialiste de la musique country, qui a notamment signé le livre La Famille Daraîche : une page du country au Québec) consacrera un livre à cette aventure autour du monde.

« Tant qu’à faire ce projet, on le fait en grand », jubile Patrick Norman, qui croise les doigts pour que tout cela puisse paraître « la journée de mon anniversaire », le 10 septembre 2019, quand il soufflera ses 73 bougies.

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POUR Y ALLER

Quand ? Le mercredi 21 novembre, à 20 h

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca