Si le festival Montebello Rock a débuté timidement, à cause du ciel gris et froid, les amateurs de musique metal, punk et core ont rapidement trouvé leurs marques, vendredi après-midi, en se réappropriant le site et son terrain, rendu épouvantablement boueux.

Montebello Rock, la petite victoire du «Rockfest» [PHOTOS]

CRITIQUE / MONTEBELLO — On a vu «peu» de monde... mais observé pas mal de plaisir, vendredi, à Montebello, en cette journée inaugurale du tout premier Montebello Rock.

Peu? Relativement, bien sûr. 

Trois ou quatre milliers de festivaliers environ sur le site, et sans compter tous ceux qui déambulaient dans le village et les campings, alors que le village Montebello a vu déferler des centaines de milliers de fêtards par fin de semaine, durant les grandes années du Rockfest. 

La programmation, plus humble qu’à l’accoutumée à cause de la faillite du festival l’an dernier, jouait la carte du retour aux sources: en 2019, comme il fallait relancer la machine, on fait petit, mais on fait pour sûr; et on tente de reconstruire sur des bases solides, a semblé dire Alex Martel, quand il a annoncé ses têtes d’affiche, moins prestigieuses que d’habitude. 

Une édition pour les purs et durs. Alea Jacta et rock the casbah...

Si l’on fait fi des comparaisons démographiques avec les éditions passées, son pari semble réussi. 

En début de soirée, au moment d’accueillir la formation californienne Unwritten Law et les hurlements death metal de la gang gatinoise d’Insurrection, la foule était tonique, et déjà nettement plus compacte qu’en journée, quand les ardeurs des festivaliers avaient été ralenties par une pluie matinale persistante.

The World's End a animé le spectacle.

Ambiance

Oui, les nombreux festivaliers avec qui l’on a bavardé s’avouaient globalement un peu déçus par le manque d’envergure de la programmation du Montebello Rock, mais la réputation d’un festival, c’est aussi son ambiance et la bonne tenue de l’organisation logistique.       

Et c’est précisément cet aspect-là, l’atmosphère, que les visiteurs — des habitués du Rockfest, en écrasante majorité — sont revenus chercher ce week-end à Montebello. 

D’édition en édition, expliquaient-ils, ils ont noué des amitiés, connu toutes sortes d’extases mélodiques, vécu tant d’euphories substantielles qu’il aurait été dommage de ne pas laisser la chance au coureur, fut-il boiteux, «bouetteux» (à cause de la pluie), ou en train de reprendre son souffle.

Le Rockfest a visiblement laissé son empreinte dans les mémoires. Sinon, comment expliquer que les festivaliers qui s’y croisaient sans se connaître, vendredi, n’hésitent pas à s’apostropher par d’aimables «Joyeux Rockfest», et ce en dépit du nouveau nom...  

Oui, on pourrait imputer cette erreur à une — plus que probable — légère intoxication. Mais ce serait malhonnête, croit-on. 

À répétition, l’erreur factuelle trahit avant tout de l’attachement des visiteurs à ce festival rock qu’ils se sont approprié. Et trahit l’envie collective qu’il perdure, n’en déplaise à Dame Nature et aux résidents montebellois qui ont le sommeil léger et le réveil grincheux.

Pour moins connues qu’elles étaient du grand public, les formations invitées par Alex Martel ne manquaient ni de tonus, ni de panache. 

Elles n’ont pas non plus donné un demi-show, même si la superficie des scènes avait été réduite de moitié (elles se comparent avec les scènes réservées aux bandes punk des précédentes éditions). C’est aussi ça, construire sur du solide...

Succès

L’ambiance était au rendez-vous, et l’heure était aux découvertes (pour nous, ç’aura été la bande agro-punk Teenage Bottlerocket et les énergumènes de The World’s End, qui ont fait lever le party), en cette édition qu’on sait névralgique, car tout l’avenir du Rockfest, pardon, du Montebello Rock, en dépend. 

Cette première journée fut donc un succès. 

Malgré le déplacement du site à la dernière minute, lié aux récentes inondations de la marina. Malgré la pluie. Malgré la boue. Malgré tous les oiseaux de mauvais augure qui sonnent déjà le glas du Montebello Rock

«Merci, Alex de pas avoir lâché!» a crié le chanteur d’Insurrection, Stef Jomphe, à la fin de sa prestation. Il résumait probablement bien le sentiment général de la foule.

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LE MONTEBELLO ROCK, VU DU CAMPING

Une édition «retour aux sources», qu’ils disaient!

Oui, mais qui dit source, dit eau. 

Il fallait donc s’attendre à se faire mouiller la couenne, pour cette première édition du Montebello Rock, organisé sur les cendres du Rockfest, le festival montebellois n’ayant pu poursuivre ses activités sous son glorieux patronyme, puisqu’il a dû déclarer faillite à l’issue de son édition 2018.

L’eau était donc au rendez-vous, vendredi, pour accueillir les premiers campeurs qui, déjà, se massaient sur les terrains de la municipalité, vendredi vers midi. Pas en nuées. Pas en raz de marée, comme ce fut le cas ces dernières années (d’ailleurs, en fin de matinée, on n’avait pas encore vu d’embouteillages), mais en nombre tout de même assez conséquent pour renvoyer l’image d’un village de tentes qui champignonnent à la vitesse grand Schtroumpf.

Marco et sa gang ont bravé la pluie depuis Québec pour venir au Montebello Rock «pas pour la programmation, qui n'est pas extraordinaire cette année, mais pour l'ambiance».

Assez nombreux pour qu’on puisse d’ores et déjà entrevoir un sérieux party, malgré la flotte céleste, malgré la météo maussade annoncée pour l’ensemble de la fin de semaine, malgré ce ciel si bas qu’un chanteur de métal s’est pendu, dirait Brel, qui ne connaissait sans doute rien au métal...

Des campeurs avec plus d’eau sur la tête que d’alcool dans le sang, on n’a pas vu ça souvent, au Rockfest, qui a pratiquement toujours bénéficié d’une météo plus que coopérative, et d’une chaleur à faire transpirer un slameur médiocre. Bon, à voir les liquides fortement houblonnés qui accompagnaient les sandwiches des festivaliers, ça n’allait pas durer éternellement...

Sur le camping, les visiteurs ne semblaient se formaliser de la pluie insidieuse. Pleins de patience et d’espoir que le vent tourne,  ils se reposaient en petits cercles autour ou sous leurs abris de fortune,  heureux que les tentes qu’ils venaient d’installer tiennent bon.

Les sourires étaient radieux. Les conversations fusaient d’une tente à l’autre.

«Tu viens d’où?

- I'm from Toronto.

- C’est ta première fois?

- Sorry, I don't speak french, but my quatrième, it's my fourth time here» a partagé Emmy, ruisselante, qui s’est précipitée pour proposer son aide au gars qui commençait à monter son tipi en solo sous la pluie, à quelques mètres de la sienne, déjà dressée.

La solidarité est là. La joie d’être là, rassemblés, autour d’un intérêt mélodique commun, est manifeste.

Au loin, commencent à résonner les guitares grichantes de Perros de Reserva.

Ah! Il est 13h. Les choses s’échauffent.

De petits groupes qui conciliabulaient en mode post-digestion hâtent le pas en direction des scènes -- qui ont été déplacées cette année en raison des inondations.

Encore une histoire de flotte...

Ça ne veut pas dire que le Montebello Rock doit tomber à l’eau...

On va chercher notre laissez-passer, et on s’en reparle dans quelques heures, cette fois vu de la scène...