Les élèves sont campés par une quinzaine d’acteurs âgés de neuf à douze ans qui chantent, dansent, et jouent avec doigté de leur instrument.

Minirockeurs, maxiplaisir

CRITIQUE / Avec ses quatre trophées Tony récoltés sur Broadway, en plus de trois spectacles simultanés à Londres, en Australie et en tournée nord-américaine, on pouvait s’attendre à ce que la comédie musicale School of Rock en mette plein la vue.

Vérification faite : c’est le cas, a-t-on constaté mardi soir, lors de la première ottavienne de cette superproduction qui fera trembler les murs du Centre national des arts jusqu’au 30 septembre.

D’accord, le récit du film School of Rock flirte avec le kitsch. On ne passera pas des heures à discuter des motivations de Dewey Finn, le rockeur raté qui devient suppléant dans une école prestigieuse, ni à analyser les facettes de la personnalité de Mrs Mullins, la directrice coincée qui a refoulé son passé de jeune groupie.

La comédie musicale, qui colle de très, très près au film, ne change pas la donne.

Mais on ne peut s’empêcher de sortir de la salle Southam de meilleure humeur qu’on y est entré. Le secret ? Les enfants, certainement. Les élèves sont campés par une quinzaine d’acteurs âgés de neuf à douze ans qui chantent, dansent, et jouent avec doigté de leur instrument. Bourrés de talent, ils livrent une performance explosive, cacophonique par moments (l’effet de groupe ?), et d’autant plus brillante sachant que certains en sont à leur toute première production sortie de Broadway.

Dans son scénario, Julian Fellowes a donné à certains enfants une « histoire » plus approfondie. Cet ajout est bienvenu ; sauf quelques exceptions, les élèves du film semblent n’avoir aucun vécu hors de l’école. Comme s’ils se rangeaient dans un tiroir de la sortie des classes au premier son de cloche matinal. Le spectacle comprend une scène où quatre enfants communiquent leur chagrin à des parents peu attentifs. Exaspérés par leur sourde oreille, ils se relaient les premières phrases d’If Only You Would Listen avant d’être rejoints par leurs camarades et de la finir en chœur. Le tableau est aussi beau qu’efficace. Les solos vacillent parfois, mais leur talent et le charme de leur performance compensent largement.

Le personnage de Dewey, presque omniprésent, lie toutes les scènes. L’interprétation de ce gros nounours comique par Rob Coletti est à la hauteur de la prestation de Jack Black. Soustrayez la gymnastique des sourcils et ajoutez une gestuelle digne d’un personnage de dessin animé : son personnage est pareil.

Pour sa part, Lexie Dorsett Sharp fait une Mrs Mullins remarquable. Avec ses simagrées et sa version caricaturale de la directrice pompette, elle propose un personnage de loin plus attachant que l’originale. Son interprétation « barock » de La reine de la nuit, de Mozart, témoigne d’une prouesse vocale qui n’a pas d’équivalent dans le même spectacle.

School of Rock présente trois heures (avec entracte) d’une chorégraphie réglée au quart de tour, dans laquelle aucun détail n’a été ménagé pour assurer la fluidité du spectacle. Et les éléments sont nombreux, avec plus de trente comédiens et d’imposants décors traduisant plusieurs lieux : rien que l’école et l’appartement où vit Dewey ont chacun deux ou trois décors différents. Au second plan, il y a toujours mille détails à apprécier. Le tout est visuellement superbe ; même les transitions sont agréables à regarder.

Côté musical, il y a moins de rock. Les chansons d’AC/DC ou Led Zeppelin ont été remplacées par des compositions d’Andrew Lloyd Webber. Dommage. La nouvelle trame sonore reste dans les mêmes tonalités, mais les références aux classiques du rock ont été troquées pour des blagues sur la culture populaire.

Somme toute, School of Rock plaira certainement aux spectateurs, et particulièrement à ceux encore en âge d’être à l’école.