Michel Faubert propose jeudi soir, au Petit Champlain, son nouveau spectacle intimiste «Le chant du silence».

Michel Faubert: des trésors à chérir

Depuis plus de 25 ans, Michel Faubert parcourt le Québec et l’Acadie à la recherche de trésors cachés de notre folklore. Ici et là, dans l’intimité des cuisines, il enregistre les chansons d’un autre temps que des aïeux et des patriarches acceptent d’entonner devant lui, s’appuyant sur leur seule mémoire ou sur un cahier de paroles déposé devant eux. Ces rencontres sont uniques et précieuses pour le chanteur conteur. Elle sont les derniers vestiges d’une culture orale qui disparaît à petit feu.

«Ce sont des complaintes secrètes qui n’étaient pas chantées dans les veillées ou en public. Les gens les chantaient seuls, surtout les femmes à la maison. Je trouve qu’il y a quelque chose de très pur là-dedans, c’est un peu l’envers des chansons à répondre. Je me suis dit que, dans un monde où les choses sont maintenant si différentes, il y avait sans doute une façon de les rendre d’une autre manière», explique Michel Faubert en entrevue téléphonique.

Jeudi soir, seul sur la scène du Petit Champlain, l’artiste folkloriste partagera quelques-unes de ses découvertes à l’occasion de son spectacle Le chant du silence. Au menu, la reprise de son cru de complaintes recueillies pendant ses voyages, des anecdotes reliées à ses rencontres et des lectures d’extraits de livres fétiches. Rien d’extravagant, que de la simplicité et du dépouillement.

Le membre du groupe Les charbonniers de l’enfer confie que sa collecte de chansons sorties d’un lointain passé se heurte de plus en plus aux nouvelles réalités culturelles, évolution de la société oblige. «La plupart des vieux que j’ai rencontrés quand j’étais adolescent étaient nés à la fin des années 1800, ce qui veut dire que même la radio est arrivée tard dans leur vie. Aujourd’hui, quelqu’un qui a 75 ans, c’est quelqu’un qui a écouté les Beatles.»

Le bagage des vieux

Il y a aussi l’«obsession» contemporaine pour l’éternelle jeunesse. «Aujourd’hui, à 75 ans, si tu ne sautes pas en parachute ou si tu n’es pas capable de montrer que tu peux encore faire du ski de fond, c’est comme si tu avais moins de valeur. À l’époque, c’était différent. Un vieux, c’était un vieux. Il y avait quelque chose de souverain autour de l’idée d’avoir de l’âge, de l’expérience, un bagage de connaissances. Il y avait des trésors qui dormaient dans la mémoire des vieux. Maintenant, c’est difficile de trouver chez les personnes âgées des trésors qui ne proviennent pas de la médiatisation ou de la culture de consommation.»

À l’aube de la soixantaine, Faubert ne se retrouve pas nécessairement dans le bouillonnement de la musique trad actuelle, portée par une nouvelle génération de chanteurs et de musiciens. «Pour moi, c’est une nouvelle musique, plus moderne. C’est normal, les choses évoluent. C’est signe que je deviens moi-même un vieux. Je m’aperçois que j’ai connu des affaires qui sont disparues.»

Malgré tout, l’artiste croit que l’intérêt pour le folklore est là pour rester. «Ça fait partie d’un univers underground que j’ai toujours chéri. Tant et aussi longtemps qu’il y aura de la curiosité, il y aura une place pour le patrimoine. Peut-être pas dans l’industrie, où se trouve l’argent, mais dans la mémoire et le cœur des gens.»