Matthew Vachon, alias Matiu, originaire de Maliotenam, viendra livrer sa musique unique, jeudi soir, à La Basoche.

Matiu: suivre tranquillement sa voie

Avec sa voix brute et son folk à la fois engagé et festif, l’auteur-compositeur-interprète innu Matiu aborde le quotidien, les relations humaines et la quête identitaire autochtone. Une musique rassembleuse sur laquelle le poète du Nord partage ses sentiments.

Alternant entre le français et l’innu, les rythmes folk et rock, Matthew Vachon, alias Matiu, s’est lentement mais sûrement créé un univers atypique bien à lui.

Depuis la sortie de son EP en 2017, Matiu fait son petit bonhomme de chemin, avec sa voix reconnaissable parmi tant d’autres. On a pu remarquer sa reprise du Bon Gars sur l’album hommage à Richard Desjardins et accueillir en 2018 son premier album Petikat — qui signifie lentement, tranquillement, en innu. Plus récemment, il a participé au collectif Nikamu Mamuitun, piloté notamment par Florent Vollant – comme lui originaire de Maliotenam, sur la Côte-Nord.

Le jeune musicien s’étiquetait au tout début comme un « Indien 2.0, tiraillé entre sa culture traditionnelle et la pression de performer dans la vie sociale », et dont la « musique bipolaire » lui permettait « d’aller d’un extrême à un autre ». Aujourd’hui, il assume son style.

« Je commençais, il fallait mettre une étiquette pour essayer d’enligner les gens. Mais maintenant, ils ont compris un petit peu la patente », explique Matiu.

Recevoir les honneurs

D’ailleurs, les gens ont si « bien compris la patente » que le musicien a été nommé en 2019 dans la toute nouvelle catégorie Artiste autochtone de l’année de l’ADISQ.

Une nomination qu’il a accueillie avec fierté et reconnaissance, même si la catégorie créait, pour certains, une nouvelle forme d’exclusion.

« Quand on parle des Autochtones, on dirait qu’on marche sur des œufs. Mais juste le fait d’être présent, c’était le fun. Il y a plein d’autres artistes qui auraient mérité d’être là, alors c’est une grande fierté d’avoir été nommé. C’est une belle reconnaissance et une visibilité », estime le musicien de 34 ans.

Mais « que tu sois un Blanc, un Indien, un Noir ou un Chinois, tout le monde doit travailler pour arriver aux grands honneurs », ajoute-t-il. Et puisqu’il faut bûcher pour y parvenir, Matiu a quitté son emploi de menuisier pour se consacrer à temps plein à la musique. Il a également quitté sa communauté pour s’établir l’automne dernier à Limoilou, avec sa blonde, sa fille Maé et son chien.

« J’ai troqué mon sac à clous pour mon sac de guitare, lance-t-il. Je faisais trop de shows, même s’il n’y en a jamais trop. Faque, j’ai décidé de mettre les bouchées doubles sur mon projet musical. »

Et même « si ce n’est pas le grand luxe », Matiu peut désormais « vivre de sa guitare ».

La chanson comme messager

S’il aborde la « situation de toute la nation », la recherche identitaire et le quotidien sur la réserve « pour sensibiliser les gens à la réalité des autochtones », Matiu ne s’érige pas en porte-parole des siens.

« Je ne veux pas qu’on pense que je parle pour toute une communauté. Je parle de mes expériences, de mon feeling, et si ça rejoint des gens et que ça amène des discussions, tant mieux. Mais je ne veux pas que ça repose sur mes épaules », lâche-t-il, malgré tout bien conscient du paradoxe qui existe entre ces propos et les mots qu’il chante.

Pour partager son folk engagé et festif, Matiu a choisi de le faire majoritairement en français, même si tout est traduit en français ou en innu.

« Quand je chante en innu, c’est une énergie plus festive, différente de celle en français. Quand ça parle des relations humaines et que je veux mettre en évidence certains aspects de la cohabitation, je vais le faire en français », précise Matiu.

« Il y a plein de chansons en innu qui devraient être comprises par un plus grand nombre. Si on veut que le message se rende, il faut franchir cette frontière [de la langue]. Donc, je parle des mêmes thèmes, mais en français pour que le public comprenne. »

Nouveau projet

Matiu travaille actuellement sur de nouvelles compositions, imprégnées de sa nouvelle réalité. « C’est une autre vibe, à Québec. Je me rends compte que j’écris sur l’éloignement et sur des choses que je ne voyais pas en étant dans la communauté, indique-t-il. J’ai une meilleure analyse en étant plus loin. »

Le musicien avoue toutefois ne pas savoir encore à quoi ressemblera ce prochain album. Il confie même avoir quelques « tounes en anglais », sans savoir encore trop « comment les intégrer au projet d’album. »

POUR Y ALLER

Quand : Jeudi 27 février à 20 h

Où : La Basoche

Renseignements : www.ovation.qc.ca