De soir en soir, les artistes du spectacle hommage à Léo Ferré «Corps Amour Anarchie» approche de la symbiose.

L'hommage d'Alexandre Désilets, BÏa et Betty Bonifassi à Léo Ferré

Lorsqu’Alexandre Désilets a accepté de prêter sa voix au spectacle «Corps Amour Anarchie», en 2016, le chanteur est « tombé dans un "rabbit hole" ».

Le proverbial terrier du lapin fait ici référence aux centaines de chansons et de poèmes qu’a léguées Léo Ferré. Il y a deux ans, le directeur de la compagnie PPS Danse Pierre-Paul Savoie a rallié une brochette de talents pour mettre en scène Corps Amour Anarchie, un hommage chanté et dansé au « monstre sacré » monégasque à l’occasion de son centième anniversaire de naissance. Après trois représentations en France début octobre, le spectacle multidisciplinaire auquel participent les chanteurs Alexandre Désilets, BÏa et Betty Bonifassi ainsi que six danseurs s’arrêtera à la salle Odyssée le mardi 6 novembre.

L’auteur-compositeur-interprète d’origine gatinoise a aussi découvert l’écrivain chevronné qu’était le « vieux chanteur fou ». C’était sa réputation ; l’éternel échevelé, propriétaire d’un chimpanzé, avait marqué la mémoire collective entre autres pour les idées anarchistes qu’il a défendues jusqu’à sa mort, en 1993. « Ce que je trouve le plus impressionnant, c’est la densité de ses textes et de voir à quel point ils sont bien écrits et pertinents, encore aujourd’hui. Peut-être qu’il était en avance sur son temps. Une pièce de Léo Ferré, c’est très chargé, c’est complètement hallucinant. »

Le Gatinois Alexandre Désilets

Mais Léo Ferré « n’était pas un interprète à voix », concède Alexandre Désilets. « Il y a des pièces avec peu de mélodies, mais énormément de texte. (Ferré) avait un côté théâtral et une façon d’interpréter bien à lui, qui est très dure à remplacer ou à imiter. » Pour sa part, le quadragénaire préfère les pièces « plus mélodiques ». En fouinant dans une présélection d’une trentaine de chansons, son choix s’est arrêté sur d’harmonieux compromis : C’est extra, La lune, Des armes et Les poètes trouvent avec sa voix une nouvelle couleur. « Essayer de faire comme lui, on dirait que c’est un défi trop grand. Ce n’est plus pertinent et la pièce perd complètement sa puissance, dit-il. Je me suis réapproprié ses chansons en choisissant des morceaux plus mélodiques que je pourrais amener dans mon univers à moi. Je les fais beaucoup à ma façon, comme si elles étaient mes pièces. »

Ses deux collègues de scène, quant à elles, ont choisi des approches plus près des pièces originales. « Betty Bonifassi, c’est beaucoup plus son truc. Elle va à fond dans le style Léo Ferré. BÏa aussi. »

Léo Ferré

À force de travailler ensemble, la relation entre chanteurs et danseurs est de plus en plus symbiotique ; les uns se permettent maintenant de s’aventurer dans le terrain des autres. Dans des spectacles précédents, Catherine Major (qui ne sera pas de la partie à Gatineau) et Bïa ont même dansé avec des membres de la troupe. « C’est beau de voir les danseurs. Comme des musiciens accompagnateurs, ils vont attendre et suivre le chanteur ou la chanteuse. Ce n’est pas placé comme une comédie musicale ; ça reste vivant. »

La troupe de danse compte Alexandre Carlos, Jossua Collin-Dufour, Marilyne Cyr, Roxane Duchesne-Roy, Sarah Harton et David Rancourt. Ils interpréteront les chorégraphies d’Hélène Blackburn, Alexandre Carlos, Emmanuel Jouthe, Anne Plamondon, David Rancourt et Pierre-Paul Savoie, avec Alexis Dumais au piano.

Extravagance pop

En janvier, Alexandre Désilets dévoilera un nouvel opus complètement différent de l’ambitieux travail orchestral de son dernier album. Après Windigo (2016), le musicien est retourné en studio pour enregistrer et peaufiner au détail près une pop presque toute faite en postproduction. À savoir s’il livrera un EP ou un album, la distinction est floue – Extravaganza comporte à l’heure actuelle sept chansons. Chose certaine, le projet autoproduit sera beaucoup plus électro que Fancy Ghetto (2014). « J’ai trouvé ça plus difficile que ce à quoi je m’attendais ! s’exclame Désilets. Chaque pièce nécessite un travail au peigne fin. On travaille toutes les chansons, comme si elles compétitionnaient les unes avec les autres pour savoir laquelle serait la plus pop ou la plus contagieuse. »

Depuis deux ans, en plus de collaborations avec d’autres musiciens, à la télévision et dans des publicités, Désilets dit avoir écrit « assez de matériel pour trois disques ». La raison de cet élan ? Probablement un heureux événement : la naissance de son fils, survenue presque en même temps que la parution de Windigo. « Je suis devenu plus productif ! C’est drôle à dire, mais tes heures deviennent comptées. C’est peut-être pour ça aussi que j’écris autant de chansons ! C’est ce qu’il y a de plus facile à faire. Quand tu as du temps libre, tu prends un calepin et un crayon, et tu écris. En studio aussi, c’est comme rentrer à la shop : tu as de 10 h à 16 h pour tout faire, donc tu deviens hyper productif. »

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POUR Y ALLER

Quand ? Le mardi 6 novembre, 20 h

Où ? Salle Odyssée

Renseignements : salleodyssee.ca