Le producteur Michel Gervais

Lew new country, un étrange antiphénomène

Si le new country est accueilli avec ferveur dans la région de la capitale fédérale, c’est principalement du côté d’Ottawa, où le public a hérité d’une station de radio complètement dédiée au genre : le Ottawa’s New Country 94, filiale de iHeart Radio.

En revanche, la tangente jeune et moderne — et rock — du country ne décolle pas en Outaouais, constate le producteur Michel Gervais, qui s’étonne de cette réalité.

La musique country est pourtant très appréciée de l’Outaouais francophones depuis longtemps, signale M. Gervais, qui préside le Festival Coutry du Grand Gatineau (FCGG, qui tiendra sa 27e édition en août prochain). « Les gens qui aiment le country, même ceux d’ici, ne capotent pas nécéssairement sur le new country. »

Ce manque d’engouement est à ses yeux d’autant plus étrange que la région d’Ottawa-Gatineau a vu éclore plusieurs artistes new country qui se distinguent, ces dernières années. On pense en premir lieu à Matt Lang (Mathieu Langevin), originaire de Maniwaki, qui connaît un parcours fulgurant depuis son apparition à La Voix — émission dont il a été l’un des finalistes en 2015. Une carrière américaine, doit-on préciser, puisque le jeune homme a enregistré son premier album anglophone à Nashville, l’an dernier.

En tant que pépinière new country, l’Outaouais a aussi vu éclore Phil G Smith (Philippe Gaudreault), qui a migré à Montréal pour lancer son étiquette et ses albums nu country. Et Vanessa Lavoie, dont la carrière américaine est elle aussi bien lancée. En septembre dernier, à l’Encan Larose, la jeune Gatinoise partageait la scène au côté de Kira Isabella, chanteuse native d’Ottawa qui a déjà réchauffé les planches de Carrie Underwood.

Et plusieurs Franco-Ontariens ont embarqué, un orteil à la fois ou à pieds joints, dans l’aventure new country, tels Damien Maze (de Saint-Pascal Baylon) et, dans une moindre « new » mesure, Gabrielle Goulet (qui se produira sur scène lors du prochain gala des prix de la Country Music Association of Ontario, organisé le 16 juin à Ottawa), le duo Sugar Crush ou la rockeuse Melissa Ouimet, qui flirte ouvertement avec le country.

Contre-exemple à Shawville

« La seule région au Québec ou il y a une petite ouverture [new country], c’est la ville de Québec et ses environs », estime Michel Gervais, après avoir mentionné le tout nouveau Festival New Country Brome, organisé dans les Cantons de l’Est.

Le producteur était pourtant plutôt confiant d’attirer du monde — et en particulier des jeunes — lorsqu’il a invité Matt Lang à se produire au Festival Country du Grand Gatineau, à l’été 2018 : « On a mis beaucoup d’énergie avec Matt Lang, vu que c’était un jeune de chez nous. On misait gros. On a fait beaucoup de promotion » pur n’obtenir au final « qu’un succès mitigé », concède-t-il.

Matt Lang

« Ça fait quelques années qu’on fait des essais, mais chez les francophones, dans l’Est ontarien et l’Outaouais québécois, ça débute [seulement]. On observe un petit engouement, mais ça ne lève pas encore. Alors que du côté anglo, ça fait déjà 6 ou 7 ans que c’est populaire », analyste Michel Gervais.

Il poursuit sa démonstration en mentionnant le Shawville Fair à titre d’exemple. Au « Fair, qui [attire] 25 000 personnes en une fin de semaine, il y a du new country depuis 6 ou 7 ans, et c’est plein ! » Ce qui ne le surprend pas, dans la mesure où cet épiphénomène concerne le Pontiac, « une région très anglophone » du Québec.

À Kanata, le Crazy Horse Steakhouse and Saloon invite un groupe — émergent et local — deux fois par semaine. Et sa programmation fait une belle place au country plutôt musclé, rock ou new, nous assure notre collègue Mario Boulianne, habitué de la place.

Le cas de l’Outaouais, l’étonne, en revanche : « Moi, j’étais convaincu que ç’aurait été une des régions qui allait montrer l’intérêt le plus important pour le new country. »

Dans les deux dernières années, « la Maison de la culture de Gatineau a reçu quelques artistes new country [Tim Hicks et Jess Moskaluke, invités dans le cadre de la tournée St-Tite Sur la Route] et il y avait moins de monde que j’aurais pensé. Peut-être que ça va être plus gros dans quelques années, mais pour l’instant, ça ne lève pas fort. »

Ce qui n’empêche pas certaines initiatives d’êtres concluantes. Comme le passage du Emerson Drive au festival de La Curd de Saint-Albert, l’an passé, devant une foule plutôt compacte, témoigne Mario Boulianne.