« On essaie d’impliquer nos fans le plus possible, par l’entremise des réseaux sociaux. On leur pose des questions, pour voir ce qui leur plairait, même si on se garde un droit de regard », explique B-Ice (droite), accompagné de T-Mo

L’esprit de gang de Taktika

Nom iconique du rap québécois, le duo Taktika débarque au Minotaure samedi 21 septembre, avec en poche un septième album, Tant que j’respire, pour l’élaboration duquel ses fans ont largement été mis à contribution.

Taktika avait commencé à tester la démarche il y a quelques années, lorsque les vétérans rappeurs ont convié leur public à sélectionner les chansons qu’ils voulaient voir figurer sur leur album Greatest Hits.

Comme l’objectif de Tant que j’respire consistait à multiplier les collaborations – histoire de renouer avec le plaisir des albums L’Affaire Taktika et À bout portant – les fans ont cette fois participé à l’élaboration de l’album en proposant et en sélectionnant les noms des nombreux invités qui figureraient sur le disque.

« On essaie d’impliquer nos fans le plus possible, par l’entremise des réseaux sociaux. On leur pose des questions, pour voir ce qui leur plairait, même si on se garde un droit de regard. Et on a eu beaucoup de réponses », constate Simon Valiquette, alias B-Ice – et nom de plume qui a remplacé BIC, « mais les deux noms coexistent depuis quinze ans », clarifie le rappeur.

Mindflip

Résultat : cette septième galette du duo (on exclue la poignée d’albums parus au sein du collectif 83) comprend des duos ou des featuring avec ce que la scène rap « queb » compte de plus talentueux.

Parmi les vétérans, on retrouve Dramatik, Imposs, Eman et les vieux comparses Takticiens du 83. Et puis il y a la nouvelle garde, « jeunes loups » incarnés par Souldia et Sarahmée, Rymz et Farfadet, Vita Nova et Obi, ou encore le Gatinois Mindflip — « un gars avec un potentiel incroyable » — qui assurera la première partie du duo au Minotaure.

Les fans ont également suggéré le titre de l’album, les villes que visiterait le duo lors de sa tournée, et ils ont eu leur mot à dire sur la pochette, explique B-Ice. Voilà qui explique — en partie — la longévité de Taktika, dont les flows résonnent au Québec depuis le tournant des années 2000.

Avec ses quatorze morceaux, Tant que j’respire est étonnamment généreux en cette ère où « les albums ne se vendent pratiquement plus », reconnaît B-Ice. « Ce qu’on voit, c’est que c’est rendu beaucoup plus compliqué d’acheter la musique que de l’écouter en streaming. Tout le monde vend beaucoup moins, même les gros noms... »

Mais quelles que soient les difficultés de l’industrie, après quatre ans de quasi-silence (depuis Resilient), « on avait hâte de revenir avec du nouveau matériel. On avait le goût de se remettre au travail, on sentait le besoin qui monte... » lance le rappeur, qui, à la ville, est père de famille et occupe un emploi « sérieux », sous le nom de Simon Valiquette.

« Changer des vies »

Non pas que le duo soit du genre pressé à endisquer ses flows : « Si on n’a rien à dire de nouveau, on ne sortira pas un disque juste pour le sortir. On attend que ça germe. On préfère revenir en force », reconnaît B-Ice, accaparé par ses obligations extramusicales, mais plein d’admiration pour quelqu’un d’aussi « créatif [que] Souldia, capable de sortir un album à chaque année ».

Convaincu que sa musique peut « changer des vies », le duo persévère à rapper — la persévérance, c’est précisément ce que cherche à suggérer le titre Tant que j’respire —, cherchant au passage à « inspirer les jeunes », les inciter à devenir de meilleures personnes, et, parfois, participer activement à la prévention du suicide.

Le « créneau » de Taktika ? Un savant mélange de brûlots dénonciateurs, galvaniseurs de troupes, et de textes transparents sur les difficultés et les passages à vide vécus par les deux chanteurs.

« Depuis 2008, on a connu des experiences de vie qui nous ont transformés ; on aime y aller avec des sujets [intimes et] profonds qui ne sont pas très courants dans le rap québécois », analyse B-Ice, qui parle ouvertement de ses problèmes de dépendances depuis la sortie de Désintox, en 2008. La chanson, qui abordait sa thérapie, « continue de marquer notre parcours », constate-t-il. « On reçoit beaucoup de feedback ; presque à chaque show, quelqu’un vient nous voir pour nous dire “Ta musique nous aide à passer à travers” ».

La chanson-titre relève de la même intention : « c’est une façon d’essayer d’encourager à ma façon » tous ceux qui ont le sentiment d’être sur la pente de la « rechute », dit-il.

B-Ice sait à quel point la musique peut servir de vecteur de changement positif. « Oui, j’ai du noir à l’intérieur de moi. [...] Quand j’ai les idées noires, souvent ça va m’aider d’écouter de la musique. Comme aller faire du sport. [...] J’ai fait un gros travail sur moi, au fil des années. Quand je consommais, j’avais pas les bonnes solutions. Les [stratégies] que j’avais, elles m’aidaient juste à m’enfoncer encore plus... »

Du duo qu’il forme avec T-Mo (Frédéric Auger), B-Ice constitue sans doute la moitié ombrageuse, tandis que son comparse serait la clarté, classifie T-Mo lorsqu’on aborde la question du clair-obscur qui, nous semble-t-il, règne sur l’ensemble du disque.

« On se complète bien, avec T-Mo : Fred a toujours été quelqu’un de très positif, le genre de gars capable de claquer des doigts et trouver une solution tout de suite. »

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POUR Y ALLER

Où ? Le Minotaure

Quand ? Samedi 21 septembre, à 21 h