De leur folk vibrant et organique, les sœurs Boulay ont construit un cocon douillet, dans lequel la foule s’est réfugiée sans rechigner, jeudi soir.

Les sœurs Stéphanie et Mélanie Boulay en mode « tout nu » sur scène

CRITIQUE / Les sœurs Stéphanie et Mélanie Boulay ont fait de la salle Jean-Despréz leur Maison. Pas seulement le temps d’une chanson, mais bien pendant les quelque 90 minutes de leur spectacle « tout nu », qu’elles sont venues présenter à « deux et demi », Mélanie arborant fièrement son ventre légèrement arrondi par sa grossesse officialisée il y a quelques jours à peine.

De leur folk vibrant et organique, les sœurs Boulay ont construit un cocon douillet, dans lequel la foule s’est réfugiée sans rechigner, jeudi soir. De leurs mots tout aussi imagés que concrets, elles ont allégrement peinturé les hauts et les bas de leurs amours. 

« Ça t’apprendra à être sortie avec Alex Nevsky ! » a notamment lancé Mélanie à son aînée, à un moment donné.

« Ben là, c’est pas fin, ça ! » lui a répondu Stéphanie, avant d’éclater de rire. Et d’entonner Jus de boussole avec sa cadette.

Seules sur scène, entourées de leurs instruments, baignées de jeux de lumières doux (provenant notamment de la demi-douzaine de petites maisons blanches suspendues derrière elles), Mélanie et Stéphanie Boulay se complètent, échangent des regards en coin de l’œil, à l’écoute l’une de l’autre. Visiblement complices... et franchement taquines.

Leurs fous rires contagieux ont d’ailleurs été multiples, qu’elles aient parlé de nounes (« qui devrait juste servir pour parler de l’heure du lunch, me semble, parce que c’est pas un mot ben beau, en français », a fait valoir la plus vieille, mi-figue, mi-raisin) ou qu’elles aient raconté sans gêne quelques tranches de leur vie (incluant le soir où la plus jeune a perdu ses bobettes à Chicout’, anedocte servie juste avant qu’elles entament avec à-propos... Ôte-moi mon linge).

Les frangines savent indéniablement (faire) rigoler de bon cœur en émaillant leur spectacle de nombreuses confidences, qu’elles se surprennent parfois elles-mêmes à partager, entre deux chansons. 

Et si elles sont capables de faire Un show de boucane, de boire Des shooters de fort sur ton bras ou de jouer à Sonne-décrisse, elles réussissent tout autant à toucher. 

Jeudi soir, elles y sont parvenues tantôt en faisant chanter les gens sur l’incontournable Mappemonde, tantôt en livrant a cappella l’intro de Langue de bois, tantôt par leur interprétation épurée (jusque dans les éclairages tamisés) et, surtout, particulièrement poignante de Piedmont et de Prière. 

Funambule en harmonie

Mariant leur voix et jouant tour à tour du piano, entre autres, les Gatinoises (voisines et amies depuis une quinzaine d’années) Mathilde Côté-Toulgoat et Geneviève Corrigan ont joliment mis la table, en ouverture de soirée.

Il faut dire que les chansons du duo appelé Funambule s’inscrivent bien dans les (é)mouvances poétiques ancrées dans un quotidien concret chères aux frangines Boulay.

« C’est pas facile d’être marin dans tes propres tempêtes », chantent les auteures, compositrices et interprètes dans Intempéries, par exemple, pièce qui leur a d’ailleurs permis de remporter la finale locale de Cégep en spectacle plus tôt cette année.

Est-ce le trac ? Toujours est-il que leur livraison de L’amitié de Françoise Hardy s’est quant à elle teintée de quelques bémols.

Cela n’a cependant pas empêché les deux comparses de profiter pleinement de leur chance de faire la première partie de celles dont elle ont souvent repris les chansons à leurs débuts, comme elles l’ont candidement avoué. 

Ni le public de leur réserver une écoute attentive et des applaudissements chaleureux au terme de leur courte prestation.