Béatrice Martin alias Cœur de Pirate

Les plaies du «jardin»

Au printemps dernier, Cœur de Pirate dévoilait son quatrième album, le plus intime à ce jour – et peut-être le plus bouleversant, en termes d’aveux. Dans son nouveau spectacle, l’alias de Béatrice Martin se libère des événements qui ont inspiré ses chansons. « Je suis vraiment en contrôle de mes traumatismes. »

Les 18 et 19 septembre, la chanteuse tatouée passera à Gatineau dans le cadre de sa tournée d’automne. Elle se produit le 19 à guichets fermés, mais il reste quelques places disponibles pour la représentation du 18 septembre.

Dans son dernier opus, En cas de tempête, ce jardin sera fermé, Béatrice Martin tourne la page sur ses moments difficiles des dernières années dans une série de chansons coups de poing. Il y est question de blessures du cœur, d’histoires d’amour sans lendemain. Et dans Je veux rentrer, d’un viol conjugal tiré de son vécu. Enregistré après les déboires qui ont suivi ses révélations sur son orientation queer, des échecs amoureux et une tournée éreintante, l’album a failli ne pas paraître tant l’artiste était lessivée.

Chanter les récits de ses souffrances en spectacle est « une façon pour moi de reprendre possession de mon corps et de mon esprit », dit la Blonde de 28 ans. « Quand je vis de l’anxiété, je le ressens de façon très physique. La scène, c’est l’endroit où je suis la plus décomplexée, et où je me sens la plus forte. Il y a quelque chose de très puissant là-dedans. Les concerts, c’est une façon pour moi de dire “f***k you !” à mon passé », poursuit-elle.

Pour ce spectacle, Béatrice Martin a fait le choix d’un ensemble de projections et d’éclairages lumineux. Elle compare le tout au plateau d’un spectacle hommage au pianiste défunt Liberace, qui avait l’habitude de se produire dans des costumes ultrakitsch. « C’était vraiment quétaine, et heureusement mon show n’est pas comme ça ! » rit-elle. « Mais c’est inspiré des décors d’émissions de télé des années 70 qui étaient tout épurés, tout blancs. Ça fait vraiment beau. »

Partager les projecteurs
Cette nouvelle tournée coïncide avec le dixième anniversaire de sa carrière musicale. Celle qui n’a plus de preuves à faire partage ses projecteurs avec deux artistes connus d’un public moins large. Avec son ami de longue date, le rappeur Loud, elle a enregistré Dans la nuit. Son spectacle comprend aussi une reprise de Dirty Dirty, de la jeune Montréalaise Charlotte Cardin.

Les deux étoiles montantes avaient filé sur scène aux côtés de Cœur de pirate début septembre à Montréal ; ce ne sera pas le cas dans le reste de sa tournée, mais les chansons, elles, seront jouées. « C’est vraiment drôle ; Charlotte avait fait mon clip de la chanson Adieu quand elle avait 14 ans. Elle allait à l’école secondaire avec ma petite sœur ! Ses chansons sont vraiment bonnes ; je suis fière de la relève. »

La première partie de Cœur de Pirate à Gatineau sera assurée par l’auteur-compositeur français Gaël Faure.

Nouveau vidéoclip
Le 18 septembre marquera le dévoilement du vidéoclip de Combustible. La chanson parle de codépendance et avertit un amant fictif que « des monstres se cachent/Au fond de mon cœur, qui se mue en moi ». La vidéo réalisée par Charlotte Ratel montrera des personnages dans des situations qui finiront vraisemblablement mal, comme marcher sur des œufs, faire brûler des fleurs, ou s’appliquer du rouge à lèvres pimpant en portant une chemise blanche.

« Ça parle des gens qui passent d’une relation à l’autre et qui oublient complètement qu’ils ont du travail à faire sur eux-mêmes avant de faire reset et de commencer une autre relation, explique l’auteure-compositrice. Moi, je le vivais tout le temps. Je passais d’une relation à l’autre, et je me suis dit : “Ça suffit !” Là, je suis toute seule, et ça va. »

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CHANTEUSE QUEER

En 2016, la chanteuse avait révélé son orientation sexuelle queer. Malgré le tollé qui a suivi son coming-out, elle continue de parler de sa réalité ouvertement. Sur Twitter, elle a avoué avoir écrit Prémonition « pour toutes les filles queer qui ont sorti avec des hommes cishétérosexuels ». Le terme « cisgenre » réfère aux personnes dont le genre ressenti correspond à leur genre biologique, NDLR.

« C’est très difficile de te faire respecter dans ton orientation par quelqu’un qui ne te comprend pas », explique-t-elle.

« C’est compliqué. Je suis une fille pansexuelle et, dans le passé, je suis souvent retournée vers ce que je connais le plus, soit des gars cisgenres hétéros. Malheureusement. À chaque fois, je me dis que c’est con, car j’aurais pu aller ailleurs. En regardant en arrière, je réalise que ça aurait pu être autre chose. J’espère que dans le futur ça va être différent. »

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POUR Y ALLER

Quand : le 18 septembre, 20 h (et le 19 à guichets fermés)

Où : Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525; salleodyssee.ca