Les musiciens applaudissent les nouvelles règles en matière de transport aérien

MONTRÉAL — Les musiciens applaudissent les nouvelles règles qui obligeront les transporteurs aériens canadiens à accepter les instruments de musique à bord des avions et qui responsabilisent ces derniers face à l’intégrité de ces mêmes instruments.

Le nouveau Règlement sur la protection des passagers aériens promis par le ministre des Transports, Marc Garneau, entrera en vigueur le 15 juillet prochain et le lobbying de la Fédération canadienne des musiciens a été entendu.

Le Règlement contient en effet une obligation d'accepter les instruments de musique dans la cabine, si leur taille permet de les placer dans un compartiment ou dans la soute à bagages s'ils sont trop volumineux.

Refus fréquents

«Des refus de prendre l'instrument, dans la soute ou dans la cabine, ça arrivait souvent», raconte le président de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ), Luc Fortin.

«Ce qui est arrivé le plus souvent, c'est que des instruments qui auraient pu rentrer dans le petit compartiment en cabine, ils ne les prenaient pas. Les gens étaient pris, se demandaient quoi faire et ne voulaient pas mettre un violon dans la soute, par exemple, parce qu'ils n'avaient pas l'étui qu'il fallait. Des fois, le transporteur ne voulait même pas le mettre dans la soute parce qu'il ne voulait pas en être responsable», raconte-t-il.

De plus, les compagnies aériennes canadiennes devront offrir une solution de rechange lorsqu'un changement d'appareil fera en sorte qu'un instrument ne peut être transporté dans l'autre appareil en raison de sa taille ou de son poids.

Restrictions surréalistes

Luc Fortin qualifie ces dispositions de grande victoire, précisant que la situation était devenue particulièrement insupportable depuis le resserrement des mesures de sécurité dans les aéroports et les avions à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

«À partir de ce moment, il y a eu toutes sortes de restrictions absolument surréalistes sur les instruments de musique. C'était rendu que tu rentrais avec une clarinette dans un avion et ils pensaient que t'avais une mitrailleuse, c'était effrayant, tout était compliqué. Ils imposaient des surcharges et, en plus, c'était pas constant d'une compagnie à l'autre.»

De plus, les nouvelles dispositions ajoutent à cette obligation d'accepter les instruments les mêmes responsabilités que pour n'importe quel autre bagage de sorte qu'un instrument endommagé ou perdu exposera le transporteur à un dédommagement et des sanctions administratives.

Luc Fortin rapporte que les bris et les pertes étaient d'ailleurs fréquents: «Les bagagistes n'avaient aucune espèce de sensibilité. Ils lançaient des violoncelles directement de la soute au chariot. C'est haut un avion, vous savez. Quand tu «pitches» quelque chose d'un deuxième étage et que ça tombe dans le chariot, c'est assez effrayant. Au moins, il y a une sensibilité qui va se développer parce que maintenant, il y a des clauses sur les bagages - et, donc, sur les instruments de musique - et ils ont des pénalités à payer s'ils perdent un bagage ou s'ils l'endommagent.»

Bris de guitare viral

Un musicien de Halifax, Dave Carroll, avait composé une chanson dont il avait tiré une vidéo après avoir vu sa guitare brisée durant le transport. Intitulée «United breaks guitars», la vidéo a touché une corde sensible puisqu'elle a été vue plus de 19 millions de fois, un succès qui a mené à deux autres vidéos et même à un livre «United Breaks Guitars: The Power of One Voice in the Age of Social Media» (United brise des guitares: le pouvoir d'une seule voix à l'ère des réseaux sociaux).

Malgré ces nouvelles dispositions, la Guilde recommande toujours fortement à ses membres d'assurer un instrument lorsqu'on l'emmène en voyage et de se doter d'un étui conçu pour le transport et les risques que cela comporte.

De même, la réglementation a ses limites, note son président, puisqu'elle ne s'applique qu'aux transporteurs canadiens et que la portée de ses obligations n'est pas claire dans le cas où un déplacement aérien implique une correspondance entre un appareil canadien et un appareil d'une autre juridiction.

Luc Fortin souligne par ailleurs que ces dispositions s'inscrivent dans ce qui s'apparente à un changement d'attitude chez les transporteurs aériens alors que American Airlines annonçait la semaine dernière qu'elle éliminait la lourde surcharge qu'elle imposait pour les instruments de musique.