Les Cowboys sombres et givrés

D’un côté, le nouvel album des Cowboys Fringants, Les Antipodes, brosse le portrait d’une société conformiste, consumériste, où le sentiment d’aliénation provoque autant de dégâts que le racisme et l’aveuglement volontaire face aux changements climatiques. À l’opposé, le groupe donne libre cours à ses penchants comiques. Il s’amuse aux dépens d’un village égaré dans les replis du Québec profond, d’un incorrigible boit-sans-soif et d’un gars de 36 ans qui vit toujours chez ses parents.

C’est comme s’il y avait une face A et une face B, comme au temps du vinyle, une impression confirmée par le bassiste Jérôme Dupras plus tôt cette semaine, au cours d’une entrevue accordée au Progrès. « Il y a des chansons légères et d’autres plus dures. On aime rire et poser un regard sur la société, fait-il observer. En même temps, Les Antipodes réfère aux discours qui tendent à se polariser, de nos jours. La droite d’un bord ; la gauche de l’autre. »

La partie sombre, troublante, de la réalité contemporaine est celle qui apparaît en premier, via des titres comme L’Amérique pleure, Camionneur et Les maisons toutes pareilles. « Il y a tellement de chars partout, le monde est rendu fou », chante Karl Tremblay dans Camionneur. Trop de trafic. Trop de fast-foods. Trop de tueries. On le sent au bord de la crise de nerfs, mais le ton est plus triste que virulent.

Les Cowboys Fringants viennent de sortir l’album Les Antipodes et s’apprêtent à partir en tournée. Leurs nouvelles chansons comportent des portraits aux accents comiques, ainsi que des constats légèrement acides sur l’état de la société.

« À nos débuts, nous étions plus directs, plus dénonciateurs, alors qu’aujourd’hui, nous préférons faire des constats », souligne Jérôme Dupras. Le grain de folie demeure présent, bien sûr, comme on le découvre sur La Traversée (de l’Atlantique en 1774). La musique a des accents celtiques, tendance débridée, alors que le texte regorge d’informations peu ragoûtantes sur la vermine qui pullule sur le bateau que le groupe compare à un tombeau.

Un autre genre de folie imprègne Suzie Prudhomme, un portrait de femme jumelé à un trip de musiciens. Ça part sur les chapeaux de roues et il y a des cuivres, en plus d’un choeur féminin qui pousse une mélodie faisant penser au classique des Stones, You Can’t Always Get What You Want. « Ça fait partie du bonheur découlant de l’expérience en studio. Des fois, on ajoute des pistes », commente le bassiste.

Après un quart de siècle, le groupe possède un ADN particulièrement vigoureux. Au lieu de résister, ils le reconnaissent et se contentent d’apporter des changements à la marge. Des textures de guitare électrique en témoignent, ainsi que le travail de Marie-Annick Lépine au violon, plus spécifiquement au chapitre des attaques. Ce qui est vraiment différent, c’est l’esprit qui anime ses membres lorsqu’ils abordent une nouvelle période d’écriture, comme ce fut le cas il y a un an.

« Nous travaillons avec davantage de confiance qu’à nos débuts, une période pendant laquelle l’avenir des Cowboys Fringants était lié à la réaction du public vis-à-vis le nouvel enregistrement. En plus, notre démarche est bien huilée. Après trois ans de tournée, on prépare les chansons qui ouvriront un autre cycle et aujourd’hui, nous avons hâte de les jouer devant public, de reprendre la route entre copains. C’est un privilège que de pouvoir faire de la musique un métier », estime Jérôme Dupras.

Parmi les premières dates, il y a celles du 14 et du 15 novembre, à la salle Michel-Côté d’Alma et à l’hôtel La Saguenéenne de Chicoutimi. « C’est toujours très chaud quand on va chez vous. Il y a de belles salles et le public est énergique », rapporte le bassiste, qui, pendant le plus clair du mois d’octobre, préparera le nouveau spectacle avec ses camarades.

En Outaouais, il faudra attendre le 12 décembre pour pouvoir voir les Cowboys, qui sont attendus à la Maison de la culture de Gatineau...  où ils reviendront, en supplémentaire, le 16 mai 2020.