Le chanteur d’Ottawa-Gatineau, Martin Théberge
Le chanteur d’Ottawa-Gatineau, Martin Théberge

Le SOS viral du chanteur ottavien Martin Théberge

Le chanteur d’Ottawa-Gatineau (il vit entre Manor Park et son chalet à Val-des-Monts) Martin Théberge a eu la surprise de sa vie lorsqu’il a mis en ligne la première vidéo de son futur premier album.

En deux semaines, la vidéo de Tous les cris les SOS, chanson repiquée à Daniel Balavoine (et popularisée au Québec par Marie-Denise Pelletier), a été visionnée plus d’un million de fois.

Et Martin Théberge, qui avec cet album songeait sérieusement à refermer la parenthèse sur une aventure musicale qui avait duré 20 ans sans jamais toutefois véritablement décoller, se retrouve confronté à un enviable dilemme: «boucler la boucle» et passer à autre chose, tel que prévu, sourire en coin et laurier en poche... ou miser à fond sur ce succès inattendu, qui pourrait bien relancer sa carrière artistique.

Bref, un conte de fées par temps de COVID.

D’une esthétique léchée, tourné à Hawaï par Movik Productions – la boîte de production de Bruno Labrie, qui réalise aussi les clips de la chanteuse franco-ontarienne Melissa Ouimet, sa conjointe – ce clip devait illustrer le premier extrait de l’album à venir. 

Même s’il a auparavant connu quelques succès d’estime au sein de l’industrie musicale, ce Gaspésien d’origine travaille aujourd’hui en finance. 

Après avoir été l’élève de la ‘grande dame de la chanson’ Lucille Dumont, il a eu l’occasion de se frotter à Star Académie – où on l’a recalé, malgré le sceau «coup de cœur» que lui a décerné le public ; de passage à Matane, Véronic DiCaire l’a un jour invité à assurer sa première partie; pour le reste, il se cantonnait souvent à de petits spectacles bénéfices, ici et là.

À temps perdu – mais pendant une dizaine d’années – Martin Théberge s’est aussi amusé à animer diverses émissions à saveur culturelle dans la grande région d’Ottawa. Sur les ondes du 94,5 Ottawa et sur le canal Rogers TV, entre autres.

Nostalgie 

Aujourd’hui parvenu dans la jeune quarantaine, il envisageait un disque tout ce qu’il y a de plus «humble», constitué de 13 reprises de grands succès francophones. «Juste des covers. Et seulement des ballades», explique-t-il au téléphone, depuis le chalet où il nourrit ses poules et ses oies – tout en profitant du confinement pour répondre aux milliers de nouveaux fans qui le bombardent de questions. 

En une semaine, sa page Facebook officielle est passée d’une minuscule poignée de fans à plus de 88 000, s’enorgueillit-il. «C’est 12 000 de plus que Pierre Lapointe», compare-t-il, ravi. Deux jours plus tard, le nombre de like avait grimpé à 96 000.

L’Ottavien avoue toutefois se sentir «un peu dépassé» par la fulgurance des partages et l’impact que le clip a eu sur les réseaux sociaux, jusqu’en France – et particulièrement à l’île de la Réunion, pour des raisons qu’il ne s’explique pas.

Dès les premières 24h, le clip avait atteint des sommets. «J’ai eu 27 000 clics en une seule nuit. En me réveillant, j’ai juste vu le chiffre... mais pas le petit ‘k’ à côté; je me suis dit ‘c’est cool, 27 personnes l’ont vu ; ça va être long, ça ne monte pas vite, mais c’est un début. C’est après avoir déjeuné que j’ai réalisé l’ampleur du phénomène», rigole le chanteur, qui lance officiellement son extrait ce vendredi 17 avril.

Retenue

Pourtant, «c’était ‘tout petit’, mon projet. [...] Je travaille en toute simplicité. Je n’essaie pas de réinventer la roue: j’essaie juste de faire tourner la mienne. [...] Je n’avais pas de réelles ambitions avec ça; je voyais ce disque comme une façon de dire merci à mes parents pour tous les cours de musique, leur dire: ‘voilà un peu le résultat de toutes ces années d’investissement!’» avant de tourner la page pour de bon, promet-il. 

D’où, sans doute, ce regard tourné vers l’horizon du passé. Et le ton qui va avec: «Je voulais faire quelque chose autour de la tristesse. Le fil conducteur, ce sont les émotions nostalgiques. [...] Je cherche à émouvoir.»  

«Je suis un peu le [pendant masculin d’]Isabelle Boulay. Je viens de la même ville qu’elle et je l’ai écoutée toute ma vie. [En Matanie], on n’a pas peur des grandes chansons tristes!» sourit Théberge, «vieille âme» accro aux complaintes de Cesaria Evora. 


« Je voulais faire quelque chose autour de la tristesse. Le fil conducteur, ce sont les émotions nostalgiques. [...] Je cherche à émouvoir. »
Martin Théberge

Son «disque de voyages» s’intitulera Le monde où je vais. Oui, Martin Théberge a l’autorisation de Mario Pelchat, dont il reprend la chanson éponyme. «Mario est un ami. Sa chanson, je l’adore, mais je trouve qu’elle a trop d’orchestration, elle démarre en trombe avec un orchestre symphonique; nous on est resté ‘tout petit’, au piano.» 

Pelchat, comme Lynda Lemay, fait d’ailleurs partie des visages connus qui ont rapidement partagé la vidéo sur leurs réseaux respectifs, fait valoir le Gaspésien, redevable. 

Sur son disque, Martin Théberge reprendra Daniel Bélanger (Dis tout sans rien dire), Luc De Larochellière (Beauté perdue; J’ai vu), Joe Beaucamp (Et si Dieu existait) et – bien sûr – Isabelle Boulay (Nos Rivières), ainsi que des mélopées de Sylvain Lelièvre, Barbara, Michel Legrand et Carla Bruni.

Benoît Sarrasin au piano

Son album, il le voit pas comme un projet solo, mais comme «un trip de gang». Il est notamment épaulé par le pianiste Benoît Sarrasin, grand complice d’Isabelle Boulay, et par un quatuor à cordes. 

Arrangeur et directeur musical, proche collaborateur de plusieurs grands noms de la chanson québécoise, Sarrasin tient un rôle central dans le processus créatif, tant dans la sélection des chansons que dans leurs arrangement, tout en cordes et en nuances.

«‘Tous les cris les SOS’, il l’a peut-être joué des milliers de fois avec Marie-Denise Pelletier; là, il voulait la faire autrement», dans la retenue.

Le tandem cherche précisément à éviter les grandes envolées vocales et musicales, pour mieux explorer ces demi-teintes «qui permettent de redécouvrir ces chansons», voire même d’en «mieux comprendre le sens», les paroles n’étant plus étouffées sous les prouesses vocales ou  instrumentales. «C’est vraiment un album ‘tout petit’. Je ne me décroche pas la mâchoire et je ne suis pas en sueur après chaque chanson. »

Quitte à se donner les moyens de bien faire les choses, furent-elles les plus humbles, Théberge est allé enregistrer ses chansons au prestigieux Studio Piccolo. 

Il était en train de «finir de poser les voix» en mars dernier lorsque le studio a dû fermer, mesures de confinement obligent. Le chanteur n’a pas pu terminer son disque. Depuis, il ronge son frein. Sachant bien qu’il n’a «pas encore fait une cenne avec la toune», il ne s’enfle pas la tête. Mais sa vidéo virale est un peu sa douce revanche sur l’autre virus.