Le silence des chiens, de Moran ***

CRITIQUE / Il est moins pétri de «silence» que de grondements sourds, ce quatrième disque de Moran. Le chanteur adopte le ton de la confidence, celle des grandes amitiés scellées à petites lampées au fil de bavardages impavides, dans la tiédeur complice d'une nuit qui s'élime.
Oui, celle des Soirs de scotch... que Moran reprend ici en duo avec Luce Dufault, dans une jolie version crépusculaire. Treize morceaux bleus-mais-chaleureux errent sur des rythmiques fourbues qu'engloutit l'aube, de ses ambiances feutrées. Voix douce et basse. Vibrations low fi ou acoustiques. Fragiles rêves d'africanité, parfois (Crache ta salive). Poésie nuiteuse, viscéralement introspective, où Moran, dans L'Orgueil de la lucidité, creuse le silence, libère sa conscience et se délecte de La chute libre.
Disque canin? La parole est un os à ronger. Pas toujours en solo. Partagé, l'os devient festin. En duo sur Tic Tac, Catherine Major, son amoureuse, viendra mordiller à pleine bouche. Dans l'autre coin de niche, installé aux consoles, le complice Thomas Carbou les aide à gruger la nuit.