Patrick Groulx
Patrick Groulx

Le retour musical des Bas Blancs: Patrick Groulx et «la liberté» retrouvé

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
L’humoriste Patrick Groulx a fait paraître, le 18 septembre, Besoin de rien, l’album de musique qu’il a concocté avec Les Bas Blancs, au début de la pandémie.

Il s’agit du troisième album du groupe — et leur premier en plus de 10 ans.

Un disque «pas prévu du tout», rappelle le Franco-Ontarien. La jeune tournée de son spectacle solo, GROULX, allait bon train lorsque le confinement l’a stoppé net, affectant aussi ses projets à court terme en radio et télé. 

Un mal pour un bien, estime Patrick Groulx: l’hyperactif a vu cette période comme l’occasion «d’un retour aux sources et à l’essentiel» à saisir. «Le confinement nous a permis de réfléchir, de nous poser des questions sur notre façon de vivre notre vie. Le premier mois, je me suis rapproché de mes enfants. Puis j’ai choisi de le vivre à fond», suite à ses «réflexions sur ma vie et sur ma carrière».

Patrick Groulx connaissait son «besoin de [s’]occuper la tête et les doigts»: «Je savais qu’il fallait me trouver des projets; j’avais déjà plein amis humoristes qui faisaient des trucs sur Facebook Live et Instagram, et ça ne me tentait pas de faire pareil» car pour lui, le plaisir de la scène, c’est avant tout cette énergie live qu’il partage avec le public. Énergie qui se perd un peu, avec ce type de spectacles virtuels.


« Je savais qu’il fallait me trouver des projets; j’avais déjà plein amis humoristes qui faisaient des trucs sur Facebook Live et Instagram, et ça ne me tentait pas de faire pareil »
Patrick Groulx

«La force de la musique»

Tout a démarré par cette Petite chanson de confinement, écrite sans prétention, puis partagée sur la Toile «sans attentes».

«Un matin, je me suis réveillé et je me suis senti inutile en regardant les nouvelles.» Il se garroche sur son stylo, et pond «en une heure ou deux max» cette Petite chanson qui devient aussitôt virale. «C’était la première fois que je partageais ça sur les réseaux sociaux, et les réactions ont été instantanées : un million de vues à ce jour. Ça ne m’était jamais arrivé avant», se réjouit-il.

«Les gens s’envoyaient ça, aux parents, aux enfants, et aux gens qui travaillaient au front dans les hôpitaux.» Ces partages s’accompagnent de moult commentaires témoignant du bien que la chanson fait aux internautes, dans son sillon. 

«Les commentaires m’ont touché droit au cœur! Là, je me suis vraiment rendu compte de la force de la musique, [en voyant l’impact d’une] simple chanson écrite sur le bord d’un comptoir de cuisine.»

L’humoriste lit ce succès musical inattendu comme le signe qu’il doit se remettre à collaborer avec Les Bas Blancs, son groupe composé de Sébastien Daigle (guitare), Grégoire Painchaud (violon, mandoline), Andrea Bélanger (basse) et Maxime Gaudreault (batterie).

Patrick Groulx a remis «ses bas blancs».

Enfin le temps!

«Ça faisait 10 ans qu’on n’avait rien fait en semble. On s’est dit: “On a le temps, pour une fois!”»

Dès le lendemain, il s’attelle au travail. Sans pression, «une chanson à la fois», pour entamer ce disque à saveur country-folk et bluegrass.

«On a fait ça les trois ensemble [avec Daigle et Painchaud], à la bonne franquette», poursuit Patrick Groulx. 

Tout à distance, évidemment. «J’envoyais les maquettes — paroles et musique — avec une base d’arrangements drum et guitare et Seb [retravaillait] tout ça. D’habitude, je fais la guitare sur les albums, mais cette fois j’ai fait juste les voix. Chez moi, je n’étais pas équipé pour enregistrer les instruments.» Les trois comparses ne sont pas vus en personne une seule fois, ni pendant ni après la confection de l’album. 

«J’avais monté les instruments dans le salon, et mes enfants m’ont vu tout au long du processus. Ils riaient de moi parfois, en m’entendant chanter», partage Patrick Groulx. C’est que ses chansons s’appuient beaucoup sur les harmonies vocales. 

«J’avais un gros casque d’écoute, donc les enfants m’entendaient chanter [sans entendre les autres voix]. Sur la chanson Mon Chum, par exemple, ils m’entendaient juste crier la note d’en haut et ma fille me disait: “C’est pas bon! Ça marchera pas!”» pouffe l’heureux papa, qui savait que, pour le résultat final, «tout est dans le dosage et la précision dans le mixage des voix».

Sébastien Daigle a réalisé l’album; Patrick Groulx l’a produit. Pour la distribution, il s’est acoquiné avec les Disques Passeports, «habitués à travailler avec des auteurs-compositeurs indépendants». Le disque n’est disponible qu’en ligne et en format numérique.

Positif

«C’est un album très positif, qui parle de liberté. Un album qui fait du bien, qui fait respirer alors qu’on a été si longtemps encabanés», estime l’humoriste, en disant se fier aux commentaires qu’il a reçus.

Rapidement prêt, le deuxième extrait, «Tout le monde dehors», était en stand-by, en attendant que les gouvernements autorisent officiellement le monde à sortir de chez eux: «On rêvait tous de pouvoir partir courir et gambader dehors. Gambader, c’est le mot que j’ai remis et enlevé et remis le plus souvent dans mon texte. J’ai toujours eu peur que les gens trouvent que je me prenne trop au sérieux, alors que les chansons sont souvent un peu niaiseuses, à prendre au deuxième degré.»

Si le disque se veut léger, et plutôt drôle, Patrick Groulx ne s’interdit pas les chansons sérieuses ou émouvantes. Il a ainsi consacré la ballade Ton cœur est un chalet à sa blonde, et une autre chanson à la «mère de ses enfants» — son ex’, avec qui il continue d’entretenir «une très bonne relation», et à qui il a dédié Les cascades, qui traite de leur séparation. 

«Quand les couples se séparent, on entend souvent parler des larmes et des enfants déchirés, mais on ne parle jamais des belles choses, des affaires qui marchent. Les Cascades n’est pas une chanson ‘thérapeutique’, mais ça m’a fait du bien de trouver les mots pour expliquer [notre décision] à mes enfants. Et ils apprécient le geste.»

Intime

Besoin de rien est un album «plus intime, parce que je l’ai vécu autrement». Auparavant, «j’aurais écrit un bout de toune, visité ma famille à Ottawa-Gatineau, ajouté une phrase ou deux à la chanson, viré une brosse, revu une ligne, puis rejoué dans le texte entre deux spectacles. Là, je n’avais pas le choix de me regarder le nombril et d’écrire de quoi, alors que je ne vivais rien d’extraordinaire.» 

Le confinement a «laissé à l’inspiration musicale le temps» de s’installer. «C’est la même chose qu’en humour», constate Patrick Groulx, qui avait préféré prendre une pause scénique de cinq ans, avant de proposer son plus récent one man show.

La grande réunion physique de Patrick Groulx et de ses deux paires de Bas Blancs aura lieu «début octobre», à l’occasion d’une première prestation live donnée sur le plateau d’une émission dont on ne peut dévoiler le nom pour l’instant.