L’album <em>Boîte aux lettres</em> des Hay Babies (Katrine Noël, Julie Aubé et Viviane Roy) raconte l’histoire d’une femme qui s’évade du moule social pour vivre sa vie autrement.

Le périple épistolaire des Hay Babies

Ç’a commencé par une trouvaille récoltée par deux amies amoureuses de vêtements rétro. Mais parmi les fringues, il y avait une soixantaine de lettres signées par une dénommée Jackie, une Acadienne qui a quitté son coin de pays il y a 55 ans pour s’établir à Montréal. De la fripe à la chanson, bienvenue dans le fascinant voyage dans le temps entrepris par Les Hay Babies sur leur troisième album.

Jamais les trois autrices-compositrices-interprètes n’auraient pensé être aussi inspirées par une étrangère. Et pourtant… Au bout du fil au Nouveau-Brunswick, Katrine Noël relate l’anecdote avec un brin d’incrédulité. Elle revient sur la passion de sa consœur Julie Aubé et elle-même — de véritables «vintage hunters», de sa propre description — pour la friperie. «On a un peu cette réputation-là qu’on veut les vieilles affaires que vous ne voulez plus, raconte-t-elle. On a reçu un sac qui venait d’un attic à Moncton. C’était le linge le plus incroyable des années 60. Et il y avait un sac de pain avec une soixantaine de lettres dedans. C’est comme ça qu’on a découvert Jackie.»

Ce sont d’abord les vêtements «tellement awesome» qui ont retenu l’attention des filles. Puis, les écrits de leur propriétaire se sont imposés lorsqu’elles se sont attaquées à la création de leurs nouvelles chansons. «Quand on s’est réunies ensemble pour écrire l’album, j’ai eu l’idée d’apporter ces lettres, indique Katrine Noël. Je me disais que ça pourrait être une belle inspiration. On n’avait encore rien lu. Dès les premières lignes de la première lettre, c’était déjà évident qu’on allait travailler avec ces lettres-là pour écrire l’album.»

Ledit album, Boîte aux lettres, encore tout chaud, propose un véritable périple temporel, sur la forme comme sur le fond. Des sonorités rétro servent d’écrin aux histoires de cette Jacqueline, qui raconte des bribes de sa nouvelle vie montréalaise à sa mère.

Parties de documents véridiques, Les Hay Babies n’ont toutefois pas tardé à glisser vers la fiction. Ce qui ressemblait d’abord à une enquête s’est transformé en une sorte de transposition. N’ayant pas eu accès aux réponses de la maman, elles ont pris leurs libertés. De là notamment leur chanson Same Old, Same Old, qui donne une voix à la mère de Jackie.

Selon Katrine Noël, les trois créatrices se sont reconnues dans le parcours de leur personnage, notamment dans le déménagement de la consœur Vivianne Roy, qui a elle aussi choisi de vivre à Montréal depuis quelques années.

«Moi et Julie, on se retrouvait dans la position de la maman qui attend des nouvelles de sa fille qui est dans la grande ville, note la musicienne. Pour nous, c’était Vivianne. Elle s’est beaucoup retrouvée là-dedans aussi. C’est ça qui est cool avec Jackie. Souvent, on se retrouve à 100 % en elle. Mais elle a aussi une personnalité qui est différente de nous. C’était cool d’explorer ça dans le processus de création.»

Un saut dans le vide

Sans lui apposer l’étiquette de féministe, Katrine Noël avance le qualificatif féminin pour décrire cet album racontant l’histoire d’une femme qui s’évade du moule social pour vivre sa vie autrement.

«Nous, on la trouvait pas mal sharp, Jackie, dit-elle. On s’imaginait qu’en 1965, les gens avec qui elle est allée à l’école avaient déjà un, deux ou trois enfants au moment où elle, à 24 ans, elle est déménagée à Montréal. Elle a quand même fait un saut dans le vide. Elle n’allait pas là avec un cours ou une carrière. Elle se basait sur son beau visage, elle était juste charismatique et go-getter. Elle voulait être actrice et [mannequin], elle travaillait comme secrétaire pour de grandes firmes. Mais elle n’avait pas un plan concret. On trouvait qu’elle était vraiment smart de juste sauter dans le vide comme ça», raconte Katrine Noël, qui dit admirer ce choix de vie, à une époque ou ce type d’émancipation détonnait dans le décor.

«Quand on pense à beaucoup de gens acadiens dans ces années-là qui vivaient la petite vie catholique, qui se mariaient à 18 ans et qui commençaient leur famille, ajoute-t-elle. Ce n’est pas mauvais non plus, mais elle a fait autre chose.»

Dans une industrie changeante et instable, Les Hay Babies ont choisi de prendre leur temps au moment de créer Boîte aux lettres. De peaufiner leurs aptitudes d’instrumentistes et de s’offrir un brin de recul, aussi.

«Ça nous a donné l’occasion de parler de comment notre business roule, observe Katrine Noël. Qu’est-ce qu’on veut dans le futur? C’est quelque chose qu’on ne se donnait pas la chance ou le temps de faire, de juste parler sincèrement de nos rêves et de ce qu’on veut faire. Ça fait depuis qu’on a 19 ans qu’on fait juste foncer. On prend ce que les gens nous lancent. Mais d’avoir une vision, de dire : “Je veux que ça aille comme ça ou non…”

«C’est l’album où on a mis le plus de temps, de travail et d’amour. Notre label ressent ça et eux aussi y mettent plus de temps et d’amour. Ils veulent lui rendre justice. C’est vraiment nice.»

Les Hay Babies se produiront notamment à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de Trois-Rivières le 12 mars, au D’Auteuil de Québec le 13 mars, au Côté-Cour de Saguenay le 14 mars, au Beat & Betterave de Frelighsburg le 27 mars, à la Petite Boîte noire de Sherbrooke le 28 mars, au Minotaure de Gatineau le 10 avril, au Bistro de l’Anse d’Anse-Saint-Jean le 16 mai, à la Coop Paradis de Rimouski le 23 mai et au Centre d’art le Barachois de Matane le 5 juin.