Le band Stone Temple Pilots, avec son nouveau chanteur (2017-2018) Jef Gutt.

Le nouveau chapitre de Stone Temple Pilots

Parmi les derniers vestiges associés à l’ère grunge de la décennie 1990 ayant résisté aux aléas du temps et aux nouveaux courants musicaux, Stone Temple Pilots – STP pour les intimes – débarquera au Rockfest de Montebello, vendredi soir, armé d’une palette de classiques hard rock bien étoffée, d’un septième album fraîchement lancé et d’un nouveau chanteur dont le look et le timbre vocal sont loin de dépayser les plus fervents admirateurs du groupe qui ont encore sur le cœur le décès de l’icône Scott Weiland mort d’une surdose de drogues et d’alcool en 2015. Entretien avec la dernière recrue de la formation, Jeff Gutt, qui ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire de STP.

«Toute ma vie, j’ai été un musicien qui a tenté de trouver sa place. De me retrouver aujourd’hui avec STP, c’est un rêve qui devient réalité», lance Jeff Gutt au bout du fil, en direct de Los Angeles.

Pour remettre le lecteur en contexte, Eric Kretz (batterie) et les frères DeLeo, Dean (guitare) et Robert (bassiste), les deux cerveaux musicaux de STP, ont vécu leur lot de tragédies ces dernières années. D’abord, il y a eu le décès de Scott Weiland, en décembre 2015. Celui-ci avait été éjecté de la bande deux ans plus tôt en raison de ses problèmes récurrents de toxicomanie. Peu de temps après ce changement de garde, Chester Bennington (Linkin Park) avait pris le relais au micro jusqu’à la fin 2015, avant de retourner avec son groupe original. Ce dernier s’est enlevé la vie en juillet 2017.

Pour dénicher la perle rare susceptible de reprendre les rênes vocales de la machine à qui l’on doit les succès Interstate Lovesong, Plush, Vasoline, Creep et Big Bang Baby, les frères DeLeo et leur acolyte Kretz ont lancé en 2016 une invitation «au monde entier» pour permettre aux intéressés de se manifester. Pas moins de 20 000 candidatures ont été envoyées aux rockeurs californiens. 

En fin de compte, c’est Jeff Gutt, un finaliste de la troisième saison de l’émission télévisée américaine The X Factor, qui a décroché l’emploi. Il n’avait pourtant pas postulé pour le poste...

« J’étais à l’extérieur du pays en tournée avec mon groupe de l’époque quand ils ont lancé les soumissions. Comme ils n’avaient trouvé personne à mon retour, c’est un de mes amis qui est allé voir Robert à Détroit, qui était en tournée à ce moment avec (le supergroupe) Hollywood Vampires. Il lui a parlé de moi », explique Gutt.

Le trio a alors invité ce dernier à se rendre à Los Angeles pour voir de quel bois il se chauffait, côté voix et écriture. Après un an à se découvrir mutuellement, la nouvelle de son embauche est officiellement tombée en novembre dernier. Jeff Gutt n’aurait pas pu imaginer un tel scénario dans ses rêves les plus fous.

« J’avais 16 ans quand le premier disque, Core, est sorti. J’étais encore à l’école secondaire et je jouais de la guitare. C’est l’année où j’ai mis la guitare de côté et que je me suis concentré sur le chant. Scott a eu une immense influence sur moi », dit-il.

Chausser les souliers de Scott Weiland est d’ailleurs loin d’être une tâche facile. À cet égard, le but de Stone Temple Pilots n’était pas de remplacer Scott, souligne Jeff, qui soutient être loin de vouloir imiter vocalement le chanteur décédé.

« Ils (les membres) voulaient que je sois moi-même, que je laisse exprimer ma personnalité et que je fasse mes propres choses — et c’est vraiment cool comme ça. J’essaie juste de chanter comme je sais le faire depuis toujours, sans trop réfléchir. J’essaie de ressentir la musique et d’être le plus libre possible et c’est une chose que j’ai apprise de Scott. »

Preuve que les membres de la formation lui accordent leur totale confiance, Gutt - le parolier - a largement contribué au récent album. Sur cet éponyme paru en mars dernier, on retrouve 12 nouvelles pièces estampées de la signature sonore de STP: un mélange de mélodies accrocheuses garnies de riffs de guitare astucieux et enrobés de la distorsion typique de Dean DeLeo. Tout ça cimenté à une section rythmique solide à souhait et à une voix bien moulée pour le rock.

«Je suis vraiment fier de cet album. Le processus visant à apprendre à se connaître et à être confortable ensemble a été long et ça se ressent sur le disque, qui a une touche très organique», résume le chanteur de 42 ans.


La musique avant les artifices
Après une série d’une quinzaine de spectacles entamée plus tôt ce printemps en sol américain, le groupe s’arrête à Montebello vendredi pour un rendez-vous de 60 minutes qui devrait s’amorcer vers 23 h, sur la deuxième scène principale du Rockfest.

La prestation se fera sans flafla ni artifices, confirme Gutt à l’autre bout du téléphone. « Nous voyageons très léger pour ce spectacle afin de laisser la place aux chansons », note ce dernier.

Et parlant de chansons, il y a fort à parier que la foule du Rockfest aura le droit à l’ensemble des grands succès du groupe.

«Plus le temps va avancer, plus nous allons proposer de nouvelles chansons en concert, mais on veut donner le temps aux gens de digérer l’album. Nous avons tellement de bonnes pièces parmi lesquelles on peut piger», fait valoir l’artiste en guise de conclusion, laissant ainsi planer le suspense.


Outre Stone Temple Pilots, Prophets of Rage, Weezer, Godsmack, Five Finger Death Punch et Tenacious D sont parmi les autres principales têtes d’affiche attendues au festival dont le coup d’envoi sera donné jeudi soir.