Aux Trille Or, on brise les catégories habituelles et on met l’accent sur les artistes et les œuvres, explique la DG de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique, Natalie Bernardin.

Le gala Trille Or met fin aux catégories qui divisent

Dans les locaux de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM), « la fébrilité est dans l’air », s’écrie Natalie Bernardin, la directrice générale de l’organisme qui prépare et chapeaute les Trille Or. Dont le gala bisannuel aura lieu jeudi. Et qui en profitera pour souligner son 10e anniversaire.

Comme l’APCM, les prix Trille Or ont fait bien du chemin, ces 20 dernières années.

D’une modeste cérémonie née d’une volonté d’indépendance nourrie par un sentiment de lassitude vis-à-vis du fait que les artistes francos n’avaient guère de place pour briller au gala de l’ADISQ, le gala ontarien a pris ses aises et ses galons.

Il a commencé par intégrer les artistes en situation minoritaire des autres provinces canadiennes. Lesquels ont pris de plus en plus de place, à mesure que les Trille Or leur réservaient des catégories entières, au sein de sa compétition. En se structurant davantage, et en refusant toujours de pâlir des comparaisons avec l’ADISQ, les Trille Or ont fini par devenir tranquillement la plus importante des célébrations, en ce qui a trait à la musique franco-canadienne « hors Montréal ».

Au point qu’aujourd’hui, l’APCM ne cherche plus à imiter ce qui se fait ailleurs, en matière de galas : elle innove et impose sa marque. Par exemple, en brouillant les habituelles catégories.

Société « non binaire »

Cette année, finie, la cohabitation de l’interprète masculin de l’année et de son pendant féminin. Aux Trille Or, ces deux catégories maîtresses sont désormais fusionnées en une seule et même catégorie : « l’artiste solo de l’année ». À l’heure où d’autres, quel que soit le domaine, déploient des efforts pour s’assurer d’une représentativité des femmes, l’APCM se fiche des genres.

« On parle souvent de la sous-représentation des femmes dans l’industrie... mais en même temps, on a des catégories qui divisent. Nous, on a envie de faire abstraction du sexe, pour mieux mettre de l’avant l’artiste et son œuvre », expose Natalie Bernardin.

Selon la DG de l’APCM, les femmes « sont très présentes, au niveau de la musique francophone canadienne ; il y a même des catégories musicales où il y a plus de femmes que d’hommes. Surtout dans la catégorie jazz, où il n’y a que des femmes », évoque-t-elle en citant Janie, Lucie D, et Suzanne Kennely, les trois concurrentes dans la course au trophée « artiste solo ou groupe – jazz » de l’année.

Par ce choix très assumé, l’APCM ne cherche pas à suivre une tendance de l’industrie – « les galas qu’on connaît ont encore cette ségrégation-là », note Mme Bernardin – mais à se faire le reflet de la société de moins en moins « binaire ». « Ça, c’est tendance. On pense qu’on a fait un bon pari. »

Il assume ainsi son leadership, en adaptant simplement aux deux catégories phares un principe qui s’applique naturellement ailleurs : « Si on parle de “groupe”, il n’y a pas de distinction entre les hommes et les femmes. C’est pareil pour la catégorie du meilleur ep [minialbum]. » La suggestion du comité de révision des Trille Or (un comité formé d’artistes de gens de l’industrie, membres ou non de l’APCM, mais qui est indépendant de l’organisme) a rapidement remporté l’adhésion du c.a. de l’Association.

Nouvelles catégories

L’APCM a aussi ajouté cinq catégories destinées à rendre justice aux genres musicaux qui, souvent, souffrent d’un manque de considération.

« Artiste solo ou groupe » se déclinera donc en cinq temps : en pop, en rock, en jazz, en roots, et en musique urbaine (trois noms sont en lice dans chacune de ces catégories).

Les trophées Trille Or

« Il y a des genres qu’on ne voit pas assez à notre goût [dans les galas]. [...] La catégorie pop est toujours là pour la forme, mais les autres – jazz, roots, etc. – sont marginalisées. Nous, on ne veut pas ghettoiser ces gens plus qu’ils ne le sont déjà. » Et de conclure : « Finalement, on voulait moins de guerres de sexes, et plus de guerres des genres. »

On a aussi ajouté la catégorie « initiative artistique », soulignant l’originalité d’une démarche ou d’un projet.

Le contenu de l’application mobile des Trille Or a lui aussi été bonifié. Cette application, lancée il y a 2 ans, juste avant le précédent gala, est devenue « une pierre angulaire » de cette édition anniversaire, souligne Mme Bernardin.

« C’est dans l’air »

Mais la plus grande nouveauté de ces 10e Trille Or ne sautera probablement pas aux yeux du grand public. « Le premier gros truc, pour nous, c’est le projet d’incubateur qui va avoir lieu en marge des Trille Or. » Il s’agit d’une série des conférences réunies sous l’appellation « C’est dans l’air », et tenues en marge des autres opérations de réseautage qu’organise l’APCM tout au long de cette « Semaine des Trille Or ».

Grâce à un coup de pouce financier du gouvernement fédéral et de Musicaction, « quatre artistes de l’international – deux Français et deux Belges – et quatre artistes franco-canadiens se réuniront pour parler de musique électronique », résume-t-elle. Ils s’adresseront à des oreilles déjà un peu expertes. En se basant sur ce qui se fait dans le domaine de la musique électronique, artistes et « pros » viendront échanger sur des sujets sans doute un peu techniques pour le grand public, mais névralgiques pour le milieu : l’utilisation stratégique des différentes plates-formes numériques, la commercialisation en ligne, les approches collaboratives, etc.

En revanche, le public est cordialement invité à assister aux différentes « vitrines » artistiques organisées en amont du gala.

En ce qui concerne le gala de jeudi soir, on sait que Vincent Poirier est de retour au poste d’animateur et que Isabelle Longnus a été reconduite dans ses fonctions de directrice artistique.

« Ça va être un méchant show ! » promet Mme Bernardin en évoquant des prestations de Ariko, AUTOMAT et Yao, en plus de celles, déjà annoncées, de Damien Robitaille, Jacobus, Étienne Fletcher, Pierre Guitard, Jérémie & The Delicious Hounds, DJ UNPIER, Mélissa Ouimet et Les Rats d’Swompe.

Chemin parcouru

Si elle se dit fière de l’évolution du gala – « on se permet d’oser ; c’est pas toujours facile ! » – elle est surtout ravie par « le talent des artistes » qui, conste-t-elle, va en croissant. « Nous [l’APCM] on est là pour encadrer, rehausser et faire rayonner ce talent. La qualité de la production musicale a beaucoup augmenté. »

C’est désormais « tout aussi fort que ce qui vient du Québec. » Et pas moins diversifié. « Il faut arrêter de chercher des excuses à notre différence, et la célébrer. »

Car en filigrane, s’est aussi dégagée « la fierté de nos accents, de notre façon de s’exprimer », dit-elle.

Fière Franco (Manitobaine d’origine, Ontarienne d’adoption), Natalie Bernardin est entrée à l’APCM à il y a 9 ans. La gestionnaire estime d’ailleurs que l’organisme « fait un travail concret pour soutenir cette expression-là, l’encourager et lui donner sa place ».

Elle est ravie de voir la « solidarité artistique » interprovinciale qui finit par se dégager de ce portrait pancanadien. « On essaie rester vrais, humbles, accessibles et ouverts. Et c’est ce qui fait des Trille Or un événement incontournable : tout le monde y trouve sa place. »

« La première fois que je suis venue au gala, c’était en tant que diffuseur(e), pas comme membre de l’APCM », se souvient Natalie Bernardin – en rappelant que l’événement s’est tenu dans un auditorium scolaire, dans les premiers temps. Sa plus grande source de fierté, son « legs » c’est d’avoir « réussi à amener les Trille Or [au haut niveau] où on a besoin d’être, si on veut célébrer l’excellence artistique – et si on veut être pris au sérieux ».

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LES FAVORIS

Grâce à son album Univers Parallèle, Damien Robitaille fait figure de grand favori des Trille Or : son nom se retrouve en nomination dans 10 catégories. Voici la liste des artistes les plus cités, pour cette 10e édition du gala de la musique franco-canadienne.

Damien Robitaille

10 : Damien Robitaille

9 : Yao

8 : Etienne Fletcher

6 : Les Rats d’Swompe

5 : McLean

4 : Marie-Clo, Mélissa Ouimet, Moonfruits, Jacobus, Céleste Lévis, Cindy Doire

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Le Droit proposera chaque jour, d’ici la tenue du gala Trille Or, le portrait d’un artiste à surveiller, parmi les mises en nomination. Au menu : Marie-Clo (Ontario) ; Loig Morin (Colombie-Britannique) ; Etienne Fletcher (Saskatchewan) ; Pierre Guitard (Acadie)