Étienne Fletcher, avec son guitariste Sean McCannell et son batteur Gaelan Malloy sur la photo, est moitié anglo, moitié franco.

Le French Punk des Prairies

Un nouveau venu s’est illustré pour la première fois aux Trille Or, et il n’est pas passé inaperçu : au troisième rang du plus grand nombre de nominations, en lice pour huit statuettes, s’est hissé le Fransaskois Étienne Fletcher.

En 2017, le Réginois a enregistré deux EP, Face A et Side A, qui forment les deux facettes anglo et franco d’un vinyle bilingue. Il fera goûter à son « rock des Prairies » accrocheur et dansant lundi, au spectacle d’ouverture des Trille Or, ainsi qu’au gala, jeudi soir.

Moitié franco, moitié anglo : ce pourrait être la devise de l’attachant musicien de 28 ans, pour qui le bilinguisme est une force à exploiter. À l’autre bout du fil, le père de deux garçons déballe son récit de vie en une heure de conversation animée.

Papa Fletcher, relate-t-il, était un anglophone francophile de la Saskatchewan, et sa mère, une Simard de Laurier-Station. Le couple d’enseignants a décidé de faire vie commune en français, à Regina.

Lorsqu’il était en dixième année, toute la famille a passé trois mois en Amérique du Sud. Déjà, l’ado jouait du piano depuis au moins dix ans. « Je suis tombé en amour avec la musique latino, raconte Fletcher. À mon retour, j’en parlais avec un concierge à mon école, et il m’a dit ‘je suis dans un band latino ! Ça te dirait de jouer du clavier ?’ »

C’est ainsi que des chansons traditionnelles du Salvador, de Cuba et du Pérou sont devenues les trames de ses premières prestations, qu’il faisait au milieu de musiciens chevronnés.

L’expérience a eu un impact déterminant – pas dans sa musique, non, mais dans son choix de carrière.

Un an après avoir gradué du secondaire, Étienne Fletcher fondait Indigo Joseph entre autres avec Byrun Boutin-Maloney, connu aujourd’hui sous son pseudonyme Lord Byrun. Ensemble, le quatuor a sillonné les deux solitudes du Canada pendant quatre ans. Leur répertoire, surtout anglophone, s’est fait connaître dans la Belle Province d’abord pour ses quelques chansons en français. « On a fait quelques shows au Québec, puis Tout le monde en parle nous a approchés pour utiliser une chanson. C’est là que j’ai vu que du côté francophone, il y avait une belle réception, détaille-t-il. On est rentrés motivés à continuer d’écrire en français. »

Le groupe a pris une pause indéterminée, mais Fletcher, seul, a persisté. Sur Face A, il s’est inspiré d’un cours universitaire pénible sur la courtoisie dans la littérature du Moyen Âge (Chérie chéri), s’est prêté à l’exercice de la traduction (Perdu) ou est revenu sur sa jeunesse (French Punk). « Quand tu grandis en communauté francophone, tout le monde te connaît, et tu connais tout le monde. Je n’étais pas méchant ! s’empresse-t-il de préciser. Mais je faisais des niaiseries, ou en tout cas, je ne faisais pas ce que je devais faire... »

Aujourd’hui, de temps à autre, Fletcher fait de la suppléance à l’école qu’il a fréquentée jadis. « Je travaille avec les mêmes enseignants qui m’ont mis en retenue. Et là, on mange le lunch ensemble. C’est full circle ! »

Pour la suite, l’artiste ira faire quelques spectacles au Québec et s’accordera des vacances avant de plancher sur de nouvelles chansons. « En musique, c’est difficile de générer du contenu qui se fait remarquer, ajoute-t-il. Pour moi, ces nominations aux Trille Or, c’est rassurant. Les gens de l’industrie ont associé mon premier EP avec quelque chose qui a créé des vagues, qui a créé un petit quelque chose depuis les deux dernières années. »

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Pour y aller

Quand : Le lundi 29 avril, 19 h 30

Où : La Nouvelle-Scène

Renseignements : nouvellescene.com