Rick Haworth, Ian Kelly, Sylvain Clavette et Mario Légaré sont réunis sous le chapeau de M. Chandler, un « side project » pour Kelly et les trois vétérans musiciens.

Le bonheur parallèle de M. Chandler

M. Chandler, c’est le « bonbon », le projet parallèle sans pression de succès commercial de ses quatre membres. Aylmer accueillera le deuxième arrêt de leur première tournée, qui compte une vingtaine de spectacles. On aura vu pire départ pour un « side project », convient le chanteur Ian Kelly. « On ne se plaindra pas trop ! »

L’« Humpty Dumpty » en bobettes – c’est leur logo – arrêtera sa marche au cabaret La Basoche le jeudi 25 octobre, à 20 h.

M. Chandler sillonnera le Québec jusqu’en avril 2019, soit un an après l’éclosion de son album éponyme. Le délai, dû à des horaires conflictuels et à la naissance d’un quatrième bébé chez les Kelly, a été le sujet de franches rigolades au sein du groupe : « les gars disaient, ‘wow, on ne sera peut-être plus vivants !’ »

La blague ne se veut pas choquante ; il faut savoir que trois membres du groupe, Mario Légaré (basse), Sylvain Clavette (batterie) et Rick Haworth (guitare), tous musiciens accompagnateurs vétérans, jouent ensemble depuis quatre décennies. Et à en croire le « p’tit jeune » de 39 ans qui complète le quatuor, ses trois complices rient de la mort, de la vieillesse et d’à peu près n’importe quel sujet comme ils font de la musique : avec une connivence rare. « Ce n’est pas tous les jours qu’on peut entendre du monde qui ont cette chimie-là ! »

Au moment de l’entrevue, les messieurs répétaient au studio du chanteur à Morin-Heights, en train de mémoriser les mélodies qu’ils avaient presque improvisées lors de la création de l’album M. Chandler. « Dans les trois quarts des chansons, les maquettes sont devenues ce qui est sur l’album », se souvient Ian Kelly.

« Il y a une sorte de spontanéité dans ce projet-là qui fait que c’est tout désigné à faire des shows. »

C’est par un drôle de hasard que les membres du Magneto Trio et le musicien solo, père de six albums, ont fusionné leurs univers sous cette identité collective. Il y a 20 ans, le jeune Ian, qui faisait du ménage au défunt Spectrum de Montréal, avait été impressionné par la précision avec laquelle les trois musiciens accompagnaient Michel Rivard au sein du Flybin Band.

Des années plus tard, en octobre 2016, le Magneto Trio et l’Ian Kelly solo se sont recroisés lors d’un spectacle de lancement de programmation à Sainte-Thérèse. Pendant que le trio magnétique jouait, le chanteur s’est mis à improviser sur leurs arrangements instrumentaux. « Je trouvais que ça “fittait” », sourit-il. Et voilà : l’invitation à « essayer quelque chose ensemble » était lancée.

« C’est drôle, parce que quand ils sont arrivés chez nous, dans mon studio, j’étais un peu nerveux. On ne se connaissait pas vraiment ! » confie l’« outsider ». Peu de mots ont été dits au cours du processus. En quatre rencontres, ils n’ont échangé pratiquement « que des sons », que s’envoyaient les routiers « comme par télépathie » et auxquels leur hôte greffait ses mélodies chantées. Le vocaliste écrivait ensuite des paroles pour compléter les maquettes, qui ont été gardées telles quelles dans les trois quarts des chansons. « Et ça n’a pas été plus compliqué que ça. »

Pour sa part, Ian Kelly y réalise son premier projet entièrement en français.

À la suggestion de Rick Haworth, celui qui a grandi avec une mère anglophone a été « game » d’explorer les sons de la langue de Molière.

De cet exercice ont émergé dix trames planantes, tantôt légères, tantôt mélancoliques, qui parlent d’enfants, de rêves ou de couples usés.

« Des fois, j’écris un texte et c’est seulement rendu aux trois quarts que je vois de quoi ça parle, dit-il. Ce n’est jamais écrit du point de vue d’une seule personne ; c’est toujours un mix de ce qu’il se passe autour de moi. » Un alliage probablement teinté de l’humour de ses collègues : un morceau s’appelle… Vieillir à mort.

À savoir s’il y aura un deuxième album, il n’avance aucune hypothèse. « On ne se pose pas trop de questions dans ce projet-là ! (…) C’est vraiment un trip, je ne pense pas qu’on fera tellement d’argent avec ça. C’est vraiment pour l’amour de la musique qu’on le fait. »