La tournée de Nathaniel Rateliff et de The Night Sweats suit la sortie de l’album Tearing at the Seams.

Le blues du jardinier

On ne change pas une recette gagnante. Nathaniel Rateliff l’a compris : sa tournée en cours, sa deuxième avec The Night Sweats, propose aux spectateurs « encore nous qui faisons les fous sur scène », mais avec des éclairages et un son améliorés.

Nathaniel Rateliff & The Night Sweats seront en spectacle à L’Impérial de Québec le mardi 18 septembre. La bande de Denver, au Colorado, devait aussi se produire le lendemain au Centre Bronson d’Ottawa ; signe du succès de leur recette, le spectacle a été déménagé à la Place TD en raison d’une demande plus grande qu’anticipée.

À ceux à qui le nom de Nathaniel Rateliff ne dit rien, il s’agit du barbu qui chantait « son of a b**ch ! » d’une voix tonitruante dans S.O.B. La chanson a été jouée en boucle sur les radios commerciales canadiennes grâce à son interprétation exubérante par le groupe sur le plateau du Tonight Show, animé par Jimmy Fallon, en 2015.

S.O.B. parle de l’épisode de delirium tremens que le chanteur de 39 ans a vécu lorsqu’il a cessé de boire pour sauver son mariage. Ironiquement, Nathaniel Rateliff avoue n’avoir jamais particulièrement aimé la chanson qui l’a fait connaître hors de son Colorado chéri. De son passé de musicien folk, il se souvient avoir écrit des morceaux qui lui plaisent davantage. « (S.O.B.) est une chanson très sarcastique. Je pense que j’ai écrit des choses plus intelligentes ! » dit en riant celui qui a longtemps travaillé sur un quai de chargement pour routiers et comme jardinier.

La présente tournée du soulman et de sa bande sonore suit la sortie de leur deuxième album paru en mars dernier, Tearing at the Seams. Cette locution sert aussi de titre à une chanson de l’album et évoque une situation sur le point d’exploser. Un peu, beaucoup comme le contexte politique actuel des États-Unis, selon l’Américain. « La chanson parle du président que nous avons aux États-Unis. J’ai l’impression que nous ne faisons aucun progrès. En fait, nous reculons, déplore l’artiste au bout du fil, sur la route entre le Vermont et Québec. Ça comprend nos relations avec les autres pays. Nous ne devrions pas être une société aussi isolée et impérialiste. »

« Nous ne devrions pas avoir peur des différences avec les autres pays et les autres cultures. Nous devrions partager ces choses plutôt que de les craindre et de les ignorer », ajoute-t-il.

Contexte blues
La politique mise à part, on croirait entendre une résonance personnelle dans Tearing at the Seams. Au moment d’enregistrer l’album, le chanteur était en train de se séparer de sa femme. S’il y a bien des bouts de son vécu qui sont consciemment abordés dans d’autres morceaux, ils ont été traduits de façon involontaire dans la chanson-titre de l’album. « L’écriture me révèle des choses sur moi-même, lance-t-il. J’essayais d’écrire la chanson d’une perspective extérieure à moi-même, et je n’ai pas réalisé que je pouvais parler de moi. »

Même dualité dans la chanson Hey Mama. Le single raconte le dialogue fictif d’une mère et de son enfant adulte en quête de soutien moral. La conversation ressemble « définitivement » à un autre échange qu’il a eu avec sa propre mère. La principale intéressée, raconte-t-il, croyait à tort que le morceau avait été écrit pour elle. Quitte à ne pas lui avoir écrit de chanson, son Nathaniel lui a au moins confirmé son amour par la maison qu’il lui a achetée. Ironie du sort, lorsqu’il n’est pas en tournée, lui-même dort dans le sous-sol de son batteur Patrick Meese comme conséquence de son divorce. « Je n’ai pas de maison, mais au moins ma mère en a une », dit-il, mi-figue, mi-raisin, en avouant s’ennuyer d’avoir un chez-soi où jardiner.

Ainsi s’écoute Tearing at the Seams : comme une grande fête soul pendant laquelle on danse sur l’autel de ses malheurs. Les morceaux sont empreints de mélancolie, conséquence de leur teinte nostalgique ou des histoires qui les ont inspirés. La pression aurait pu être élevée après l’épidémique S.O.B., mais le groupe n’essayait pas de reproduire le même succès commercial. « On ne voulait pas être l’un de ces groupes qui n’ont qu’une seule bonne chanson. On voulait que les gens aient envie d’écouter toutes les chansons, explique le chanteur. On voulait que lorsque les deux côtés du vinyle ont été écoutés, les gens aient envie de le retourner et de faire rejouer le premier côté. »