Laurence Nerbonne

Laurence Nerbonne sort son deuxième album «Feu»

Pour Laurence Nerbonne, pas question de faire la même recette une deuxième fois. Plus frondeuse et plus proche de ses premières amours musicales, la chanteuse et beatmakeuse explore les teintes de pop et sert avec «Feu» un deuxième opus où le hip-hop est assumé, revendicateur, « badass ».

Elle a beau s’être débattue comme une diablesse dans l’eau bénite, Laurence Nerbonne admet sa défaite : la mythique pression du deuxième album a fini par la gagner. Après avoir raflé les honneurs pour la pop toute francophone, sucrée et dansante, de XO, « j’avais peur de refaire la même chose. Ça aurait été facile de me dire que puisque j’avais joué à la radio, j’allais écrire d’autres chansons qu’on allait aussi faire jouer à la radio», détaille celle qui fut la chouchoute des Juno, du prix de la chanson SOCAN et de l’ADISQ, entre autres. «J’ai beaucoup été influencée par ce que j’écoutais. J’avais aussi envie d’avoir des sujets qui étaient engagés et d’être un peu plus libre, un peu plus irrévérencieuse. J’avais le goût de faire des bangers : des chansons plus loud, plus fortes, plus agressives. Je trouvais ça intéressant d’en faire aussi parce que chez les filles, c’est moins commun. »

La musicienne et peintre d’origine gatinoise a surpris la galerie en novembre dernier en lançant Fausse idoles, une diss track plus proche d’une chanson de Cardi B que de ses propres Montréal XO et Rêves d’été. Ce n’était pas un mirage, constate-t-on à l’écoute de l’opus qui paraîtra le 19 avril. Sur la moitié de l’album, des rythmes électros et sa voix éthérée invitent à se décoincer les hanches ; sur l’autre, la blonde trentenaire montre de quel bois elle se chauffe dans les mêmes couleurs trap franglaises. « Autant il y a des chansons d’amour et tout ça, autant je voulais qu’il y ait des chansons qui montraient par leur caractère que les filles aussi peuvent écouter de la musique badass ! »

Feu marque un retour à la sonorité des premiers interprètes qui ont fait vibrer l’ancienne tête d’affiche d’Hôtel Morphée. LL Cool J – dont l’album fut le premier qu’elle ait jamais acheté –, Missy Elliott et Puff Daddy figurent sur la (longue) liste de ses amours de jeunesse, de même que les Nicki Minaj, Travis Scott et autres Janelle Monáe de 2019. Tous des artistes américains, dont il existe peu d’équivalents franco-québécois.

« C’est la musique qui me passionne, mais c’était une proposition difficile à assumer. C’est quelque chose qu’on entend moins en français. La première fois que j’ai commencé à écrire sur des rythmes plus frontaux, on dirait que j’avais de la misère à trouver les bonnes mélodies, les bons rythmes pour mettre ça de l’avant. Mais ça s’est trouvé à force d’essais-erreurs. »

Laurence Nerbonne

Toutes les étapes du travail, Laurence Nerbonne les a faites pratiquement seule, avec un coup de pouce de son ami et coréalisateur Philippe Brault. Au mixage, elle a appelé entre autres renforts un collaborateur régulier de Kanye West, Ken Lewis (Danser à contretemps, On s’en va où). Et, surprise : le rappeur FouKi et le duo Banx & Ranx y font chacun une apparition (Ride Alone et Semblant).

« C’est mon album qui est le plus proche de moi. Il ressemble plus à qui je suis dans la vie : il y a plus de ma fougue dedans. Le premier aussi me ressemble, mais il est plus poli, plus léché. C’est comme si j’avais fait moins attention sur celui-là. »

Bousculer le statu quo

D’une part, le titre « Feu » est une métaphore de ce retour aux sources ; de l’autre, il fait référence au « fait de mettre les choses en feu pour ébranler le consensus. De brûler d’anciens trucs pour en créer des nouveaux. »

Parmi les petits incendies de Feu, parions que plusieurs prendront un plaisir libérateur à chanter les « f*** you » répétés dans #Metoo. L’écœurantite aigüe se fait aussi sentir sur Back Off, qui envoie au bûcher le sexisme et les archaïsmes de l’industrie artistique.

« Je pense qu’il y a une vague en ce moment de vouloir briser les habitudes, les façons de faire ; de faire à sa tête. Il y a de plus en plus d’artistes indépendants et je trouve que le Québec est prêt pour ça. On a tous un peu envie d’exploser, dans le sens positif du terme. »

« Ça fait longtemps qu’il y a des habitudes qui se sont incrustées et j’aime ça, shaker les affaires. Si on ne fait pas ça, l’art, ça ne sert pas à grand-chose. »