Philippe Archambault, président de l’ADISQ.

L’ADISQ lance un appel aux politiciens

MONTRÉAL — Les dirigeants de l’ADISQ, passés et actuel, interpellent les politiciens pour qu’ils aient le « courage » de négocier avec les géants du numérique, afin de s’assurer que la culture québécoise ait sa place sur la toile et que les artistes québécois reçoivent leur juste part.

Dans une lettre ouverte publiée mardi à l’occasion des 40 ans de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), 14 anciens présidents et le président actuel, Philippe Archambault, soulignent qu’il est « essentiel » de permettre aux artisans d’ici « de revenir à un marché équilibré et équitable ».

Ils ajoutent que les politiciens ne devraient pas se satisfaire de la préservation de la clause d’exception culturelle dans le nouvel accord avec les États-Unis et le Mexique.

Il faudrait aller bien plus loin, selon eux.

Les signataires encouragent le gouvernement fédéral à « exiger que nos contenus trouvent la place qui leur revient sur des plateformes étrangères imposantes et instaurer des mécanismes de financement des contenus adaptés à notre ère ».

Dans leur texte, les auteurs tracent un parallèle entre le portrait de l’industrie musicale à la fin des années 1970, à la création de l’ADISQ, et celui d’aujourd’hui.

« Pendant longtemps, nous avons laissé à des multinationales américaines le soin d’accompagner ce talent vers le public. À la fin des années 70, ces entreprises ont abandonné nos artistes, jugeant notre marché peu intéressant, parce que trop petit. Une poignée d’entrepreneurs allumés, passionnés et visionnaires ont aussitôt saisi l’occasion, et posé les jalons d’un écosystème musical indépendant se consacrant à notre musique », écrivent-ils.

De nos jours, disent-ils, les Québécois produisent toujours du contenu, mais les intermédiaires sont étrangers.

« Ils échappent aux lois et règles que nous avons adoptées pour assurer la vitalité de notre culture. Ils œuvrent dans une grande opacité. Ils nous connaissent mal. Et comme il est arrivé il y a 40 ans, ils pourraient conclure que nous sommes un petit marché, bien singulier, qui ne mérite pas une attention particulière. »

Le Canada face aux géants

En entrevue lundi, Solange Drouin, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ, a souligné que le Canada pouvait être un chef de file pour revoir la rémunération des artistes sur des plateformes comme Spotify ou Apple Music.

Le Canada avait innové dans les années 1970 pour imposer des quotas de musique francophone dans les radios et cela avait fait l’envie des Français à l’époque, a-t-elle rappelé.

« Le Canada est pas seul là-dedans. L’Union européenne, encore très récemment, a par exemple obligé Netflix à mettre 30 pour cent de contenu de l’Union européenne », a-t-elle expliqué au bout du fil.

« J’aimerais, moi, que le Canada innove. Pourquoi pas ? Quand on a mis en place des quotas dans les années 1970, on a innové. »

Mme Drouin croit que les fournisseurs d’accès à l’internet et de téléphonie mobile devraient également contribuer.

« Ces entreprises-là, qui font maintenant de la distribution de contenu culturel, ne retournent aucune somme dans la production de contenu culturel », a-t-elle indiqué.

« Il faut modifier la Loi sur la radiodiffusion et la Loi sur les télécommunications pour que, enfin, ces entreprises de distribution de contenu culturel mettent l’épaule à la roue. »

L’ADISQ remettra ses trophées annuels cette semaine. Le Premier gala aura lieu mercredi, alors que le gala principal se tiendra dimanche soir.