Pierre Guitard, en lice pour le Trille Or de la Découverte de l’année.

L’Acadie, vue du bois

L’Acadien Pierre Guitard n’est cité que dans une seule nomination aux prix Trille Or. Nul ne peut dire s’il remportera le trophée de la Découverte de l’année, durant le gala de jeudi soir, mais son nom est sur bien des lèvres depuis qu’il a conquis Granby en 2017, avant de planter sa guitare à Montréal et d’y faire paraître son premier long-jeu, «Tuer la bête jusqu’à dimanche», l’automne dernier.

Les organisateurs des Trille Or le savent, eux qui ont réservé au jeune auteur-compositeur-interprète du temps de scène, pour qu’il offre une prestation au gala — où il devrait facilement séduire tous ceux qui, sans le connaître, apprécient l’énergie ébouriffante d’un Émile Bilodeau ou d’un Philippe Brach... deux artistes dont il a récemment assuré les premières parties.

Pierre Guitard a aussi tapé dans l’œil du Centre national des arts, où — coïncidence ! – il est programmé vendredi, au lendemain du gala (Quatrième salle).

Le jeune musicien pigera sa bonne humeur dans son dernier opus, mais aussi dans son minialbum de 2016, La tige et la racine, dont fut extrait le très radiophonique L’amour est gone.

On pourrait chercher longtemps les liens entre ces deux disques où rebondissent tous les azimuts musicaux : pop rock coloré, folk countrysant, rock alternatif sautillant, synth pop rêveuse, etc.

Pas facile de mettre une étiquette sur le style Guitard. Pas plus pour lui que pour nous. « Honnêtement, je ne pense pas que je vais faire deux disques qui vont se ressembler. Et je ne veux surtout pas me limiter à ‘Pierre Guitard fait ce genre de musique’ », indique l’électron libre, qui, à l’âge de « 11 ou 12 ans », voulait devenir « chanteur de Metallica et remplir des stades ».

Électron libre

Une seule chose semble sûre : Pierre Guitard signera un jour un album country. Ne serait-ce que pour suivre les traces de l’une de ses idoles, Daniel Romano, artiste (musicien, poète et peintre) ontarien qui a toujours été défini par son indépendance et sa liberté vis-à-vis des genres et des attentes de l’industrie.

« J’adore Romano, qui a d’abord été dans un band [punk], mais qui a fait des CD country et d’autres plus rock ou plus alternatifs, et qui a aussi réalisé des disques » et qui a cofondé l’étiquette indépendante You’ve Changed Records.

« Nous, les artistes, on n’est vraiment pas la bonne personne pour se ‘catégoriser’. Je dirais que ce qui définit ma musique, c’est que c’est porté par le texte. » C’est la seule « règle d’or ».

Puis Pierre Guitard y va d’une hypothèse, pour tenter d’expliquer ce que le caractérise, en tant qu’artiste. Ce qui raboute toute son œuvre n’est pas dans les partitions, mais dans le texte. C’est « le sentiment d’éloignement », dit-il.

Certes, « Lisa LeBlanc, Radio Radio et Joseph Edgar ont ouvert une highway magnifique » pour les artistes acadiens, mais le jeune homme ne se reconnaît pas dans les embruns maritimes qui teintent la musique de son patelin.

« J’ai grandi dans le bois, pas près de la mer. T’es tout le temps entouré (par les arbres et la végétation). Veut, veut pas, ça influence ta façon de voir les choses et de créer. »

« Dans mon «petit village éloigné au fond de l’Acadie, j’ai passé beaucoup de temps tout seul chez moi, au lieu d’être avec des gens... Je crois que [ce sentiment d’éloignement] a défini ce que je suis, comme artiste. Dans mes chansons, je suis comme toujours un peu témoin des choses et des situations. J’ai toujours ce regard extérieur, comme si je regardais ce qui se passe.»

Pour le reste, la méthode Guitard est organique, guidée par le pif et le feeling tendance YOLO.

Inspirations multiples

Ses sources d’influences sont on ne peut plus éclectiques. «Jeune, j’ai beaucoup aimé Karkwa et Louis-Jean Cormier. [...] Les seuls disques que j’écoute en ce moment, c’est The War On Drugs. J’adore. Je suis même un peu obsédé. Ils n’ont pas peur de faire des tounes de 7 minutes. Mais ça reste intéressant et pertinent. »

Il est tenté de les imiter. «Mais je ne veux pas faire ça juste pour ne pas faire des chansons de 2 minutes, mais parce que la toune mérite ces 7 minutes pour être racontée. Ou parce que j’ai des trucs à dire musicalement. »

Le musicien est aussi très intéressé par le design graphique (il citera Marie Bergeron et Gabrielle Laïla Tittley, alias Pony, artiste qui a grandi en Outaouais), la poésie (en particulier les écrits du Néobrunswickois Jonathan Roy, qui le «jettent à terre»), ainsi que le théâtre et la peinture (les «explorations de Pascal Léo Cormier» le touchent particulièrement).

«C’est le fun de s’inspirer d’un autre médium que le sien. Quand tu composes en t’inspirant d’une toile... tu n’es pas inquiet, à te demander si tu es en train de faire du plagiat.»

Au Centre national des arts, Pierre le Guitard-iste se pointera en quatuor, entouré de Mathieu Vézio (batteries), Antoine Loisel (guitare) et Marc Antoine Forget (basse). Pas les mêmes musiciens que sur son disque. Pas les mêmes musiciens que ceux de la tournée européenne qu’il a effectuée en mars.

Là-bas, (en France, au Luxembourg, en Serbie et en Croatie), il a fait 17 shows en 30 jours, lors d’une tournée commune avec un autre Acadien, Menoncle Jason et son groupe, versé dans un country rock typé années 50. «La plupart de ses musiciens avaient déjà joué avec moi, donc on s’est partagé coûts... et les musiciens. On a aussi parlé de se mélanger sur scène, mais on ne l’a pas fait parce qu’on n’a pas eu le temps de répéter.»

POUR Y ALLER :

Quand? Vendredi 3 mai à 20 h 30

Où? Centre national des arts

Billets: 1-888-991-2787 ; ticketmaster.ca