Stéphanie Boulay avoue être allée «puiser profond» dans la création des pièces de son premier album en solo, «Ce que je te donne ne disparaît pas».

La virée en solitaire de Stéphanie Boulay

Pour Stéphanie Boulay, ça devait être une année sabbatique. Ç’a finalement été l’occasion d’un plongeon en solo et de la création d’un premier livre jeunesse. Au cœur d’une période un peu trouble, elle croyait avoir besoin de recul, mais l’autoproclamée «moitié blonde des Sœurs Boulay» en avait finalement plutôt long à dire pour se sentir mieux…

De son propre aveu, l’auteure-compositrice-interprète est allée «puiser profond» dans la création des pièces de l’album Ce que je te donne ne disparaît pas. Elle en a offert l’éloquente preuve avec le premier extrait Ta fille, véritable mise à nu toute en vulnérabilité qui rappelle un peu le Allô maman bobo d’Alain Souchon.

«C’était un gros morceau à sortir. C’est pour ça qu’elle ouvre l’album, aussi. C’était le gros morceau à sortir, je ne sais pas, pour aller mieux, pour guérir...» confie celle qui dit avoir entrepris «un cheminement» depuis un moment.

«J’ai décidé il y a quelques années que j’allais m’aimer le plus possible. J’ai beaucoup détesté mon corps, je le déteste encore à l’occasion. Je suis en continuelle lutte avec moi-même», décrit la musicienne. Elle évoque notamment une difficulté à conjuguer sa féminité ou sa sensualité avec son statut de créatrice sérieuse. Elle a trouvé une partie de réponse en se dévoilant. D’abord sous la lentille de la photographe Cassandra Cacheiro et de la directrice artistique Sara Hini aux fins du Womanhood Project, où elle a pris la pose en lingerie. Puis dans cette chanson sans filtre, qui a lancé un processus de création en solo, pendant que sa sœur et complice de musique Mélanie était en congé de maternité.

«J’ai beaucoup refoulé ma féminité pour ne pas avoir l’air de ci ou de ça, résume Stéphanie Boulay. Maintenant, j’essaie d’embrasser toutes les parts de moi. J’essaie d’assumer le fait que j’ai envie d’être belle, que je peux être maquillée, que je peux porter de la lingerie, que je peux être toute nue si je veux et être intelligente quand même et être une artiste quand même.»

Dans la création de son album, Stéphanie Boulay parle d’un «cheminement vers la lumière» qui se reflète dans la nature même des pièces, dont plusieurs lui sont apparues avec une grande facilité.

«Les chansons ne sont pas dans l’ordre sur l’album, mais les dernières qui sont nées sont celles qui sont les plus légères, les plus affirmées, avance-t-elle. Je trouve ça drôle de voir qu’à travers toutes ces chansons-là, j’allais de mieux en mieux.»

Après le «boysclub»

En juillet 2017, Stéphanie Boulay a publié sur son blogue un texte dénonçant ce qu’elle a appelé le «boysclub», qui décrivait notamment maintes situations où des hommes lui ont manqué de respect. Sa sortie a fait réagir… Et a suscité bien de la spéculation sur l’identité de ses cibles.

Quand on lui demande dans quelle mesure l’album paru vendredi trouve son origine dans ce chapitre de sa vie, l’auteure-compositrice-interprète ne nie pas le lien. «Je pense que j’ai eu une coupure à faire après ça qui m’a fait beaucoup remettre en question les relations amoureuses en général. J’avais vraiment besoin de solitude à ce moment-là. Et c’est de cette solitude-là qu’est né l’album. Je pense que tout ça est entrelacé, même inconsciemment», explique la blonde artiste, qui ne cache pas avoir trouvé difficiles les lendemains de cette prise de position.

«J’ai juste eu envie de me retirer, de me cacher, laisse-t-elle tomber. Il y a tellement de choses qui ont été mal interprétées. Il y a des gens qui ont tiré des conclusions qui étaient fausses. Je me suis rendu compte que quand on a une voix publique, dès qu’on lance quelque chose dans l’espace public, les gens se l’approprient comme ils veulent. Il faut faire vraiment attention à comment on amène les choses.»

Parce qu’elle ne digère pas les injustices, Stéphanie Boulay n’a toutefois pas dit son dernier mot. «J’admire les punks, lance-t-elle. J’admire les gens qui foncent dans le tas et qui disent : “moi, je m’en fous et quitte à provoquer, je vais dire ce que je pense”. J’essaie de regagner ce courage-là, de retrouver cette candeur-là. Parce que ça s’est effrité un peu et que j’ai envie de demeurer le genre de personne qui dénonce les injustices.»

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UN PREMIER LIVRE JEUNESSE

Nous la connaissions déjà romancière (son premier bouquin a été lancé il y a deux ans et un deuxième est, nous dit-elle, en chantier), voilà que Stéphanie Boulay a récemment remis son chapeau d’écrivaine en s’adressant cette fois aux enfants, avec la complicité de l’illustratrice Agathe Bray-Bourret. Dans Anatole qui ne séchait jamais, elle a brodé un récit autour de l’acceptation de la différence qui lui a été inspiré par une fillette de son entourage. 

«Dans sa classe, il y a un enfant qui avait vécu des questionnements sur son identité de genre. Elle en parlait de la façon la plus candide possible, avec de la bienveillance, de l’ouverture. J’ai trouvé ça tellement beau, ça m’a bouleversée. J’ai eu envie de parler de cette histoire-là», explique l’auteure. Elle a adopté le point de vue de la grande sœur d’Anatole, qui fera tout pour consoler son petit frère et lui faire accepter sa différence. 

Elle espère maintenant que ce livre puisse faire œuvre utile… Et pas que chez les tout-petits. «Les enfants, avec qui ils lisent? C’est avec leurs parents et leurs grands-parents. La petite fille avec qui j’ai parlé, la pureté passait de ses yeux vers les miens. Je me suis dit que la pureté d’un livre pour enfant pourrait aussi passer vers des parents et des grands-parents», résume-t-elle.