« Je ne voulais pas sombrer, je voulais garder ma tête hors de l’eau. Je voulais des chansons pour me tenir compagnie et des sons qui me faisaient du bien », confie Patrick Watson.

La vague mélancolie de Patrick Watson

Quatre ans après «Love Songs for Robots» — et avoir été submergé par un flot d’émotions — Patrick Watson fera paraître vendredi «Wave». Un sixième album plus intime, plus personnel, où les mots ont pris le dessus sur les instruments. Un album pour panser les blessures du chanteur.

« Je ne voulais pas sombrer, je voulais garder ma tête hors de l’eau. Je voulais des chansons pour me tenir compagnie et des sons qui me faisaient du bien », confie Patrick Watson en entrevue téléphonique.

« La mélancolie, écrivait Victor Hugo, c’est le bonheur d’être triste ». Et c’est un peu ce que l’on ressent en écoutant Wave, même si pour Patrick Watson les paroles, elles, ne sont pas tristes.

« Cet album, c’est comme si y avait une grosse vague et qu’à un moment donné dans cette grosse vague il n’y a rien que tu peux faire, alors tu te laisses aller : tu commences à nager et tu évites de sombrer. Il y a aussi une paix d’esprit qui vient avec ça », image le musicien.

Le chanteur Patrick Watson fera paraître vendredi son sixième album «Wave».

Reflet de vie

Au cours du processus de création des dix chansons de l’album, la vie du parolier et chanteur du groupe a en effet été balayée : il a perdu sa mère ; il s’est séparé de sa compagne ; et son batteur de longue date, Robbie Kuster, a quitté le groupe.

Rien d’étonnant donc, que l’album soit le reflet de ces quatre années. « Il y a eu des choses plus difficiles, mais aussi des choses super belles, tempère Patrick Watson. Comme dans la chanson Look at You, où j’ai rencontré quelqu’un de formidable, alors que je pensais que je ne tomberais pas en amour », avoue-t-il.

Le chanteur montréalais qui nous avait habitués à des parutions réglées comme du papier à musique, « chaque trois ans », était incapable de venir à bout de Wave. « À chaque fois que j’aimais un son, où qu’il y avait quelque chose qui marchait, j’avais envie de changer et là je me disais : “Damn, il faut tout refaire !” Mais après quatre ans, j’ai dit : “C’est tout, c’est fini !” » lance-t-il.

Mais pour Patrick Watson ça ne signifiait pas proposer un album bâclé, alors que le groupe — composé aujourd’hui de Joe Grass (guitare), Evan Thighe (batterie) et Mishka Stein (basse) — est à un moment important de sa carrière. « On avait déjà sorti plusieurs albums, alors je voulais vraiment quelque chose de simple, de beau, de touchant et de puissant. J’ai donc été vraiment patient », confie l’auteur-compositeur.

Pour faire patienter les fans, il avait lancé Broken et Melody Noir respectivement en 2017 et 2018, en pleine période de création.

La musique du corps

Patrick Watson est de ceux qui ressentent la musique. Chaque note qu’il joue a pris vie en puisant sa force dans tout l’être du musicien. « C’est mon corps qui compose la musique, pas ma tête ni mon cœur. Si j’ai choisi ces chansons, c’est que mon corps a réagi très fortement à celles-ci. Pour moi la meilleure musique, c’est de ne pas entendre quelqu’un penser quand il joue », explique celui qui a déjà reçu le Prix de musique Polaris en 2007 et a été nommé pour plusieurs prix Juno.

Alors que normalement, Patrick Watson s’inspire de la musique classique pour composer, pour Wave il a plutôt exploré la pop et la chanson comme celle de John Lennon, Leonard Cohen ou encore Frank Ocean.

En songeant aux arrangements de l’album, le groupe s’est efforcé de laisser une plus grande place au texte. « Alors que sur les autres albums on laissait la musique en première place, sur Wave je ne voulais pas que les instruments prennent le dessus sur les paroles », souligne Patrick Watson.

Wave se rapproche davantage d’Adventures in Your Own Backyard (2012) qu’à Love Songs for Robots (2015). « Le titre de cet album le colore trop fortement. Il a été mal reçu. J’ai l’impression que le monde pensait que c’était moins touchant et que ça parlait de robots. Pourtant, il y a trois ou quatre pièces que je considère comme étant mes plus belles chansons », regrette-t-il.

Déferlante de projets

Le groupe débutera d’ici la fin du mois d’octobre une tournée mondiale. Aucune date n’a encore été annoncée pour Ottawa, mais Patrick Watson se fait rassurant : il y aura bien un spectacle dans la région.

Et puisque ce nouvel album est plus minimaliste que les précédents — la basse et la batterie se faisant très discrètes —, les concerts seront plus épurés, eux aussi.

« On a fait beaucoup de tests, et c’est vraiment dans les shows les plus simples que ça marche le mieux. [...] Pour moi, l’album et les spectacles doivent être une sorte de pause dans ce monde bruyant, tout en apportant une intensité de détails. Comme lorsque l’on marche à vive allure dans les rues et que, dès qu’on commence à ralentir la cadence, on aperçoit tous les magnifiques petits détails de la vie », se plaît à expliquer Patrick Watson.

Alors que Wave est sur le point de sortir, le musicien travaille déjà sur un mini-album, Bleu nuit, prévu pour le printemps. Un disque où le chanteur s’essaye à la langue de Molière. « Il y avait trois ou quatre chansons en français que j’avais commencé pendant Wave, mais je ne trouvais pas comment les raccorder. Alors, il y en aura au moins une sur l’EP », annonce-t-il.

Et puisque Patrick Watson est insatiable, il travaille aussi pour le cinéma. « On est en train d’écrire une comédie musicale d’animation pour enfants, qui s’en vient dans cinq ans. C’est vraiment mon projet préféré de tous les temps ! », lance le pétillant Patrick Watson avant de replonger dans sa bulle musicale.