Les membres de Half Moon Run (Dylan Phillips, Conner Molander, Devon Portielje et Isaac Symonds) n’ont pas attendu la sortie de leur opus 3, l’automne prochain, pour partir en tournée. La portion canadienne s’achèvera avec le Théâtre Granada de Sherbrooke mercredi (à guichets fermés) et deux prestations au Festival de musique émergente, à Rouyn-Noranda, les 30 et 31 août. Les États-Unis les attendent dès la fin de septembre, puis l’Europe en novembre.

La scène d’abord pour Half Moon Run

On savait que Half Moon Run faisait les choses à sa manière. Déjà que le groupe crée des chansons dans un style que plusieurs trouvent difficile à classer... Cette année, au lieu de suivre le même chemin que la plupart des artistes (lancer un album puis partir en tournée), les quatre musiciens ont pris les choses à l’envers : donner le coup d’envoi à une série de concerts d’une cinquantaine de dates, au Canada, aux États-Unis et en Europe... et dévoiler leur opus 3 vers la fin.

Mais derrière cette décision aux apparences bizarres se cache simplement le désir, pour le quatuor, de tester le plus possible ses fraîches chansons sur scène. Le spectacle que Half Moon Run promène depuis juin en terre canadienne comporte donc cinq ou six des nouvelles pièces qui se retrouveront sur l’album à venir, dont la sortie est attendue pour le milieu de l’automne (la date officielle sera annoncée le 5 septembre).

« Pour nous, c’est toujours une bonne chose d’essayer les chansons devant public d’abord », explique Dylan Phillips, batteur et claviériste du groupe. « On serait peut-être capables de lancer un disque puis de jouer live les nouvelles chansons tout de suite après, pour la première fois, mais ce ne serait pas l’idéal pour nous. On apprend beaucoup pendant les tournées comme celle que l’on achève au Canada : on se retrouve dans des salles plus petites que d’habitude, dans un contexte plus intime, alors c’est plus facile de saisir la vibe du public, de percevoir les bons et moins bons moments, de répéter et améliorer notre spectacle pour qu’il soit vraiment prêt à la sortie du disque. »

Jusqu’à maintenant, Half Moon Run a surtout testé la même demi-douzaine de nouvelles chansons, perfectionnant son interprétation, établissant la meilleure feuille de route possible. « Certaines marchent mieux au début du spectacle, d’autres au milieu, d’autres à la fin. Nous avons fait plein de réarrangements comme ça », explique Dylan.

Après le Théâtre Granada mercredi (à guichets fermés) et deux prestations au Festival de musique émergente de Rouyn-Noranda les 30 et 31 août, la formation retournera dans ses terres pour quelques semaines, avant d’amorcer le bras états-unien de la tournée, le 27 septembre. Est-ce dire que les Américains, eux, auront droit à la totale, avec tout le plus récent matériel?

« On verra, j’imagine! » répond Dylan en riant, non pas avec désinvolture, mais par souci de laisser toutes les portes ouvertes. « C’est sûr qu’on veut aussi essayer les autres nouvelles chansons pour être prêts à interpréter l’album au complet si on le souhaite dans l’avenir. Mais c’est vraiment le fun d’avoir maintenant trois disques, On peut créer une setlist qui marche bien, même si l’objectif reste de jouer le plus de nouvelles pièces possible. »

Alors encore

Depuis deux semaines, les amateurs peuvent découvrir Then Again, le premier extrait du prochain gravé. Mais il n’est pas une grande surprise pour les véritables admirateurs de Half Moon Run, puisque le groupe a commencé à le jouer sur scène dès la fin de la précédente tournée. On peut d’ailleurs facilement retrouver sur YouTube l’interprétation que le quatuor en avait faite lors du Festival de la poutine de Drummondville en 2017.

« C’est probablement la plus ancienne de nos nouvelles chansons, une des premières que nous avons jouées devant public. Nous l’avons choisie parce qu’elle est une très bonne introduction au disque à venir. Elle date d’avant le cycle d’écriture. C’est donc un Half Moon Run que tout le monde connaît, mais qui annonce un peu ce qui s’en vient... » dit Dylan, sans en révéler davantage.

Le quatuor a consacré la majeure partie de 2018 à la création, mais aussi à enregistrer plusieurs pistes à l’état brut. « Nous avons aménagé un petit studio dans notre local de répétition, pour faire plein d’essais sur les chansons, avec l’idée d’avoir des démos un peu plus professionnels, travailler sur de meilleures versions pour aller encore plus loin. Jusqu’à ce que le réalisateur Joe Chiccarelli [Vance Joy, Alanis Morissette, Mika, Elton John, U2, The Strokes, Beck, Tori Amos, Rufus Wainwright, etc.] arrive dans le décor. »

L’opus 3 a donc vu le jour en bonne partie à Montréal (le groupe était parti en Californie pour faire naître les pièces de Sun Leads Me On).

« Je pense qu’après sept années avec beaucoup de tournées, nous avons appris à apprécier le fait d’être à la maison. Cette fois, nous avions envie de racines », confie le Britanno-colombien d’origine qui, tout comme ses coéquipiers, n’a jamais souhaité aller s’établir ailleurs, même si le succès leur a fait découvrir de nombreuses métropoles.

« Pour ma part (mais je crois aussi parler pour les autres), toutes les villes que nous avons visitées ont renforcé mon amour pour Mont-réal, autant pour y vivre que pour y faire de la musique. Je ne pense pas que je pourrais habiter dans une autre ville... à moins que j’aie envie de la campagne un jour », ajoute-t-il en rigolant.

OSM marquant 

En 2017, Half Moon Run avait donné un concert avec l’Orchestre symphonique de Montréal. Une soirée marquante pour tous les membres du groupe.

« C’était vraiment une expérience extraordinaire, qui a changé toutes nos vies! Nous avons trouvé ça très intense de nous retrouver sur scène avec certains des meilleurs musiciens avec lesquels on a jamais joué. C’est incroyable! Collaborer avec Blair Thompson, qui s’est occupé des arrangements, a aussi été très inspirant. Ce gars-là est vraiment un génie. C’est maintenant un ami et nous avons tous envie de retravailler ensemble un jour. »

D’autant plus que le perfectionnement en tant que musicien est une valeur importante au sein de Half Moon Run.

« Depuis deux ans, nous avons tous pris du temps, chacun de son côté, pour essayer de nouvelles choses. Moi, j’ai commencé à écrire davantage pour piano solo. J’ai entre autres réarrangé ma chanson Throes pour piano et quatuor à cordes. Comme j’ai une formation classique, ça m’a fait beaucoup de bien d’y retourner. Les gars ont joué aussi avec d’autres bands, Conner [Molander] a appris le pedal steel... C’est très agréable ensuite quand on se retrouve tous ensemble avec ces nouvelles expériences. »