David Marin promet de mettre sur pied la baladodiffusion de « Radio Compost » quand il aura terminé sa présente tournée.

La radio qui composte les émotions négatives

David Marin monte sur la scène de la Salle Jean-Despréz le 23 novembre, avec en bandoulière son troisième album, Hélas Vegas, dont il a tiré un étonnant spectacle à saveur interactive.

Intitulé Radio Compost, son show a été mis en scène avec la collaboration de Philippe Brach. Sur scène, David Marin délaisse régulièrement son clavier et fait mine d’animer une vraie-fausse émission de radio.

« Javais envie de me réinventer, de sortir du carcan des “entre-tounes” », et de la formule où l’« on se contente d’interventions et d’anecdotes », explique-t-il.

Il adresse ici « des clins d’œil au monde de la radio », tout en jouant sur la thématique des faux-semblants. Et sa bande participe pleinement à cette mise en scène.

« Ça peut se décliner en clins aux lignes ouvertes, [à l’actualité journalistique], aux radio-poubelles ; on a aussi des fausses pubs [préenregistrées] entre certaines chansons. Tout ça est un terrain de jeu, rien n’est figé. Il y a des espaces préparés, et d’autres plus ouverts à l’improvisation, selon ce qui se passe dans la région où on est, pour que le spectacle puisse évoluer. [...] On est comme en live, comme à la radio en direct. »

Marin l’animateur se raconte, mais l’univers qu’il développe n’est ni du théâtre, ni du conte. Ou alors « on est dans une espèce de voie de service du conte », glisse-t-il.

Volet interactif

Tout en animant leur « empire médiatique », Marin et ses musiciens s’amusent à recycler, ou plutôt à « composter les émotions négatives » des gens.

Les spectateurs seront d’ailleurs conviés à rester dans leur rôle d’auditeur après le spectacle, en faisant parvenir à David Marin des commentaires qui pourront éventuellement nourrir les lignes ouvertes de ses futures « émissions ». Ou à alimenter la baladodiffusion de Radio Compost que le chanteur projette de mettre sur pied quand il aura terminé sa présente tournée.

« On travaille là-dessus, le balado. » Il affectionne particulièrement cette idée de faire « une radio communautaire » au sens large, où le vocable « communauté » ne réfèrerait pas à un cadre territorial précis, mais à une communauté d’esprit, « plus grande ». Car aujourd’hui, le monde se côtoie sans se parler, et même « les régions sont moins branchées les unes sur les autres », estime-t-il. « Ce sont là des sous-thèmes qui m’intéressent aussi. »

Sur une vidéo teaser postée sur YouTube et destinée à faire la promotion du spectacle, il harangue ses auditeurs virtuels : « Salut, c’est Radio-Compost ! Qu’est-ce que t’as su’l cœur ? » demande-t-il, de sa voix de basse éminemment radiophonique.

Bref, « les gens sont invités à devenir des collaborateurs ». Ce volet interactif favorisant la création de contenu n’est toutefois « pas systématique », tempère l’auteur-compositeur. « Ça reste un show de chansons » ponctué de petites surprises.

Rappelons que Hélas Vegas était en nomination au dernier gala de l’Adisq, pour l’album folk de l’année (le trophée lui a été ravi par Fred Pellerin). Oscillant entre folk groovy et poésie bluesée, cet album-périple s’est inspiré du Sahara, du Texas, de la Louisiane, de La Havane et de l’Islande.

Dans sa vingtaine, David Marin a étudié à Jonquière le journalisme et la radio, avant d’opter pour la musique. Il est toujours resté « un passionné de radio », doublé d’« un grand auditeur ».

Radio Compost lui permet donc de jumeler ses deux passions. « Ça nourrit mon fantasme radiophonique », concède celui qui a animé une émission communautaire, ces dernières années — et qui dit avoir par ailleurs décliné une offre d’animation que lui tendait ICI Radio-Canada.

Humain et pirate

Pétri d’humour et de dérision, son concept de fausse radio lui permet aussi de naviguer « entre le vrai et le faux » et de « jouer sur nos perceptions ». « Est-ce que je suis vraiment diffusé ? Oui ? Non ? On y croit !? On s’en fout !? » L’exercice « devient un thème » en lui-même, à l’heure (de gloire) des fake news qui mettent « nos perceptions » à rude épreuve, ce qui « interpelle » l’artiste.

S’il ne veut surtout pas tomber dans la revendication ou la dénonciation », son spectacle se veut tout de même subtilement grinçant. « On fait des clins d’œil à nos travers, à nos besoins de sécurité, mais on est toujours dans l’humain » et dans l’humour, précise David Marin, précautionneux.

Mais « il y a un côté “radio pirate”, un côté Pump Up The Volume, qui est un film un peu culte, dans mon cas », concède-t-il. « Un côté “révolution par en-dessour”, comme dit ma blonde. Le côté subversif des choses, j’aime. »

Pour l’accompagner durant cette aventure scénique, le capitaine Marin, qui tient le clavier, a fait appel aux mêmes — excellents — matelots qui avaient ramé sur le disque : Marc-André Landry à la basse, Guillaume Bourque aux guitares, Pierre Fortin (qui a co-réalisé le disque) à la batterie. Ce dernier sera toutefois remplacé par Stéphane Bergeron (le batteur de Karkwa), lors du concert gatinois.

La bande est complétée par Jérôme Dupuis-Cloutier à la trompette. « C’est la trompette qui amène ce côté un peu plus New Orléans, plus americana et plus planant qu’on a sur l’album », ajoute David Marin.

POUR Y ALLER 

Où : Salle Jean-Desprèz

Quand : Le 23 novembre, à 20 h

Renseignements : 819-243-8000 ; 819 595 7455 ; ovation.qc.ca