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L’auteur-compositeur-­interprète Russell Louder propose le 26 février <em>Humor</em>, un premier album électro-pop.
L’auteur-compositeur-­interprète Russell Louder propose le 26 février <em>Humor</em>, un premier album électro-pop.

La quête universelle de Russell Louder [VIDÉO]

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
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Entre les arts visuels et la musique, le cœur de Russell Louder balance. Un pied sur l’Île-du-Prince-Édouard, l’autre à Montréal — et au fil de maintes pérégrinations —, l’artiste nous arrive «enfin» avec Humor, un premier album electro-pop «fait pour danser et pleurer» attendu le 26 février.

La description est empruntée à la page Twitter de l’auteur-compositeur-interprète. Elle ne pourrait mieux convenir à son univers musical alliant des rythmes profonds et chargés, une voix aérienne et des thèmes gravitant autour de questionnements identitaires ou existentiels.

Joint à son appartement montréalais, Russell Louder ne cache pas son impatience de pouvoir enfin dévoiler le fruit de ce travail qui a jalonné sa jeune vingtaine.

«C’est une collection de chansons que j’ai écrites dans les quatre dernières années, explique-t-il. J’ai l’impression que c’est le temps qu’elles sortent. Ç’a mijoté pendant longtemps. J’ai juste hâte que les gens les entendent. On dirait que c’est un secret très excitant que j’ai dû garder pendant un long moment. Maintenant, je suis prêt à le révéler au monde.»

Artiste trans originaire de l’Île-du-Prince-Édouard, Russell Louder a grandi dans une famille où la musique était bien présente, entre la chorale des parents et ses sept années à apprendre le cor. Doué pour les arts visuels, la danse et la performance, il tâtait la musique en parallèle, jusqu’à produire un minialbum.

À 20 ans, Russell Louder devait se diriger vers Berlin pour parfaire ses études en arts plastiques. Les choses se sont passées autrement pour celui qui allait plutôt choisir la musique.

«J’ai reçu une invitation pour participer à un festival au Nouveau-Brunswick qui s’appelle Flourish, raconte-t-il. Je me suis dit que je devrais juste faire ça. Pour moi, ce n’était pas une décision téméraire… Si je devais le refaire aujourd’hui, j’irais probablement à l’école, si on considère que les chances de gagner sa vie en tant que musicien ne sont pas très grandes. Mais je suis très heureux de mon choix de l’époque.»

Avec raison, puisque son projet n’a pas tardé à soulever de l’intérêt et à devenir son gagne-pain. «Après, j’ai eu toutes ces offres pour faire des spectacles, j’étais constamment en tournée», note le musicien, qui a notamment appris à manier ses machines lors d’un séjour en Islande financé, entre autres, par son travail en arts visuels.

«[La musique], c’est arrivé tout d’un coup, reprend-il. Ç’a été presque facile, mais pour tout dire, j’ai vraiment travaillé fort. Pendant ces tournées, j’écrivais tout le temps. J’ai dû écrire près de 200 chansons. Elles ne sont pas toutes terminées, elles ne sont pas toutes à mon goût...»

Mais elles offraient un terrain de jeu à Russell Louder pour assembler un premier album complet de neuf chansons créant une bulle cohérente.

«Je sentais que ces chansons se répondaient entre elles, précise-t-il. Certaines datent de 2016 et d’autres de 2020. Ce n’est pas tant que je travaillais à temps plein sur cette œuvre. Mais les quatre dernières années ont donné naissance à cette œuvre. Je savais que je voulais faire un album, mais je n’avais aucune idée de ce à quoi ça ressemblerait. Ç’a été une période de développement tellement rapide pour moi.»

Trouver sa «maison»

Russell Louder dit avoir eu l’impression de «décrypter quelque chose» en assemblant les pièces qui allaient former Humor, un titre choisi davantage pour piquer la curiosité que pour résumer le propos de l’album.

Inscrite dans une quête teintée d’espoir, mais aussi de maints écueils, la pièce Home sert d’introduction et donne le ton à un périple musical et poétique en constant mouvement.

«J’ai voulu faire quelque chose de vivant en ce sens, explique Russell Louder. Je suis parti de cette idée un peu abstraite que peut représenter la maison. C’est un terme qui peut être vraiment ambigu pour tellement de gens. Ce n’est pas toujours un endroit ni un sentiment. Qui peut vraiment définir ce que c’est? Je trouvais que c’était cool de laisser à l’auditeur le soin de choisir sa propre aventure, de projeter sa propre définition de la maison dans cette chanson pour voir ce qu’elle représente pour lui. Et c’est le point de départ de ce voyage.»

On le comprend, la «maison» ici n’est pas acquise ni même vraiment connue. Plutôt un idéal à atteindre. 

«Je pense que c’est un sentiment que plusieurs personnes ressentent et que plusieurs personnes queer ressentent, ajoute l’auteur-compositeur-interprète. C’est l’idée de voir où on se positionne dans le monde quand on ne voit pas de précédent par rapport à ce qu’on fait ou à qui on est. C’est cette grande impression d’inconnu que j’ai essayé de dépeindre.»

Russell Louder reconnaît que son travail «touche à la découverte de soi, à une réflexion identitaire», mais apporte du même souffle un bémol.

«Je suis hésitant à décrire cette trame narrative en tant qu’artiste trans. Je pense que plusieurs personnes peuvent réduire ça à : “tu es juste en train de te découvrir, c’est une expérience trans et blablabla”», lance-t-il d’une voix caricaturale. De là l’idée de garder un certain flou dans son écriture pour donner de l’espace aux auditeurs de tous horizons afin de s’approprier ses vers.

«Je pense que ça ne s’applique pas qu’aux personnes trans, reprend-il. Je pense que tout le monde devrait effectuer ce travail de découverte d’eux-mêmes. C’est une idée universelle. Mais je crois aussi que ça peut donner à certains l’occasion de mettre mes chansons dans la boîte “trans”. Dans le genre : “les personnes trans pensent à ce genre de choses, alors je ne peux pas m’y identifier”. C’est pour ça que je veux aussi donner de l’air à ce thème, qui est universel.»