Michel Louvain est remonté sur scène, du haut de ses 82 ans.

La quatre-vingtaine rayonnante de Michel Louvain

Fort d’un nouvel album, «La Belle vie», Michel Louvain est remonté sur scène, du haut de ses 82 ans. Une tournée au rythme plus «cool» qu’auparavant, sans doute... mais entamée avec la même « passion » qu’à ses débuts, promet celui qui aligne pourtant quelque 62 années de carrière.

Après une conversation téléphonique de 45 minutes, rien n’aura pu donner l’impression que la moindre étincelle de cette flamme est fabriquée. Bien au contraire, vu l’excellente moyenne au bâton, en terme d’éclats de rires.

À l’autre bout du combiné, l’iconique Louvain gère nos questions d’une oreille... et les distractions domestiques de l’autre. Avec l’élégance et l’attention multidirectionnelle d’un chef d’orchestre.

« J’ai des ouvriers dans mon sous-sol. J’ai eu un dégât d’eau, récemment », s’excuse-t-il après avoir donné une directive à l’un des ouvriers.

Il « surveille » ces rénos de proche, façon « contremaître de chantier ». « J’aime ça bricoler, les rénos. J’ai un coffre et tous les outils qu’il faut. Je peux tout réparer et ça ne me fatigue pas. »

C’est même lui qui nettoie les feuilles dans sa cour. Une façon de se tenir en forme, dit-il. Car entretenir son corps est une nécessité, quand on fait de la scène.

Pour ménager sa voix, il « essaie de pas trop parler le jour ». Pour s’occuper, et faire tomber le stress, il travaille dehors : « J’adore ça... je sors mes vieux jeans — regardez-moi pas ! – et je bricole. Ce week-end, je vais m’occuper de mes clôtures à neige et de mes piquets. C’est un peu ça mon sport ! » rigole-t-il. D’un rire contagieux, car, autant l’avouer on a du mal à imaginer Michel Louvain autrement que tiré à quatre épingles.

« Dans les galas, c’est la cravate et les boutons de manchette, mais à la maison je suis bien relax. Je vous parle, là, j’ai un vieux t-shirt lousse avec des taches qui ne sont pas parties au lavage. Et je suis pieds nus », lance-t-il, hilare.

Une belle vie... de partage

Le titre de ce 32e album renvoie un peu la sienne, de belle vie. Ce n’est toutefois pas le crooner qui l’a choisi, mais son producteur, Martin Leclerc, en lui disant : « T’as une belle vie, Michel !». « Pourquoi pas ? Je n’avais plus d’idée. Je pense que je commence à vieillir un peu », sourit l’octogénaire.

« Mais je suis content : la réaction est bonne », en dépit des petits trous de mémoire qui sont arrivés lors des premiers concerts de la nouvelle tournée... laquelle se prolonge déjà jusqu’en novembre 2020.

Son bonheur se nourrit de l’amour de ses fans. Son public, plus que fidèle, loyal, est au rendez-vous. Ce sont d’ailleurs ses fans qui, via les réseaux sociaux, l’ont aidé à faire la sélection de chansons, lui qui « ne savait pas quoi chanter ». « Les chansons que les gens m’ont “offertes” sont magnifiques. »

Il a gardé huit ou « neuf » de leurs suggestions. Telles ces «Roses de Picardie, que je ne connaissais pas», empruntées à Yves Montand. « J’ai écouté Montand et j’ai fait Wow ! [...] Puis j’ai fait tout cet album comme ça », sans se casser le bonbon, en enregistrant des pièces qu’il « voulait faire à tout prix, comme Ne m’oublie jamais. »

En spectacle, « les gens chantent avec moi, observe-t-il. On dirait que je leur fais revivre des souvenirs... »

Et il voyage avec eux à travers la planète. Car ce nouveau spectacle — chose inusitée pour Michel Louvain — est polyglotte. À l’image de son dernier disque, qui contient des morceaux en quatre langues (français, anglais, espagnol et italien).

Cette indéfectible loyauté tient sa source dans le fait que l’idole s’est toujours rendu extrêmement disponible pour son public. Les gens « savent que je suis sincère envers eux », explique-t-il.

« C’est important. C’est le public qui te met sur un piédestal, et c’est lui qui peut t’en faire descendre aussi vite. J’en ai toujours pris soin. Depuis 62 ans. C’est ma force. »

Le chanteur de charme se dit d’ailleurs totalement investi dans chacune de ses interprétations. « Je crois chaque mot que je chante. [...] Et quand je ferme les yeux, c’est parce que ça me transporte. »

Cette « passion » dévorante n’a rien de construit. « Chanter, c’est ça, ma vie ! Je sais que je pourrais m’assoir sur mes lauriers, mais... je n’en ai aucune envie. Les gens me demandent “C’est pour quand, la retraite ?” — Jamais ! »

Michel Louvain en studio

Grands projets

Sa joie de vivre ne retombera pas de sitôt.

« Je viens d’apprendre que je suis invité à Québec pour fêter mon 85e anniversaire sur les Plaines d’Abraham [en 2022] », se réjouit-il, non sans une once d’appréhension.

« C’est pas l’idée des Plaines qui m’inquiète, c’est l’idée du 85e », avoue celui qui a fêté son 80e en plein air, en face du Carré d’Youville.

Et sa gérante venait de lui booker un spectacle symphonique avec l’orchestre de Trois-Rivière, prévu pour la fin août 2020 (la date n’a pas encore été officiellement dévoilée).

Mais pour l’instant, le Chevalier (de l’Ordre National du Québec, depuis 2010) se concentre sur cette petite tournée, plus intime que la précédente, destinée à souligner en grand ses 80 ans.

Il est entouré de cinq musiciens — dont le pianiste Daniel Piché, son arrangeur et directeur musical depuis plus de 20 ans — et deux choristes.

Petite nouveauté : « J’ai un percussionniste, au lieu d’un batteur. Quand je fais Besame Mucho ou Quando Quando, c’est beaucoup plus agréable, au lieu d’avoir les grosses assiettes et le gros bruit. Ça va très bien avec le reste du spectacle », teinté de bossa nova et de rythmiques chaleureuses servies par les congas.

Pas tout le temps.

Parce qu’« On ne touche pas à La Dame en Bleu », précise-t-il.

Michel Louvain ratisse de plus en plus large. Et les gens « se régalent », souligne-t-il.

Cette fois, il trempe même les orteils dans le « répertoire country américain et québécois », lui qui n’a pratiquement « jamais » touché au genre, sauf en de circonstances très exceptionnelles.

Comme la fois où, à titre d’« artiste invité », il a accompagné Renée Martel au festival de St-Tite, le temps d’offrir quelques duos.

* * * 

Jusqu’à la toute fin...

Michel Louvain souhaite terminer sa carrière comme son idole, Charles Aznavour, qui est monté sur scène jusqu’à la toute fin. M. Louvain ne pense pas qu’il survivrait bien longtemps loin des planches. « La scène, c’est ma vitamine. C’est ce qui me tient en santé. [...] Si je lâchais le micro, je quitterais la vie. Comme mon père, quand il a quitté la mine, rendu à sa retraite. Il s’ennuyait tellement de ses hommes ! Il a fait un AVC à 63 ans, et il en est mort. Moi je ne veux pas ça... » 

Certes, le chanteur a levé le pied — « Le vieux, il doit faire attention, sil veut se rendre ! » — mais peser sur les freins semble au-dessus de ses forces, ou de sa volonté. 

« Il me reste quatre spectacles avant de partir en Floride pour trois  mois. Je sais que mes amis [là-bas] vont me dire “Michel, tu es insupportable, et c’est parce que tu te cherches quelque chose à faire!” ».

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POUR Y ALLER

Quand ? Le 13 novembre, 20 h

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca


Plus cool qu’avant ?

La pérennité d’un artiste n’est jamais totalement assurée, mais disons que celle de Michel Louvain est plus que bien partie.
La facétie chorégraphique sur Gangnam Style à laquelle Michel Louvain s’est livrée à 73 ans, lors du Gala Juste pour Rire de 2013, l’a certainement aidé à dynamiser son image.


« Gangnam, je ne voulais pas le faire ; je ne connaissais même pas le vidéo. Je me suis donné un coup de pied. [...] C’était un défi. J’aime les défis. Ça vient de mon signe astral [astrologique], je suis cancer. »

Résultat : il a chanté entouré de jeunes danseurs à peine majeurs. Leur « réaction, en studio », l’a bouleversé, lui qui pensait être accueilli en papi d’un autre siècle a été accueilli par leurs applaudissements nourris, partage-t-il. « On me la demande encore dans les spectacles », confie-t-il, encore hésitant à l’incorporer dans son actuel tour de chant... mais pas du tout fermé à l’idée d’y faire un clin d’œil.


C’est comme si la roue avait tournée. L’image de crooner « passé date » ne lui colle plus à la peau. Finies, les blagues de mauvais goût dont il fut victime, surtout dans les années 70, quand il était régulièrement la risée d’humoristes en manque d’inspiration, qui s’attaquaient à son côté fleur bleue. « Ils ne m’ont pas manqué. J’ai été maltraité. Je suis passé au batte. Ce sont les mêmes humoristes qui me [saluent] en souriant aujourd’hui. » 

Les blagues ont fait leur temps, et les blagueurs se sont trouvé d’autres cibles. « Je me demande si c’est pas leur mère qui leur a dit d’arrêter ? », blague à son tour Michel Louvain.


L’octogénaire est-il redevenu hype ? 

Les « jeunes animatrices radio [se montrent] tout excitées de recevoir Michel Louvain en studio », constate-t-il.
Ces temps-ci, il observe d’ailleurs « de plus en en plus de jeunes couples » parmi les « têtes blanches » qui continuent de constituer l’essentiel de son public. Des couples qui, par « curiosité », « veulent venir voir le “phénomène” » sur lequel était pâmée leur « grand-mère qui est au ciel », et qui a transmis ce répertoire aux générations suivantes. « On n’aime pas tout ce que vous faites, mais on a été élevé avec vos chansons », lui confient-ils, en aparté. Yves Bergeras
Plus cool qu’avant ?

 Yves Bergeras, Le Droit