Le luthier David Lewis, de Lewis Guitars que l’on voit ici dans son atelier de Cantley, montre quelques modèles basés sur le design de la célèbre Stratocaster de Fender.
Le luthier David Lewis, de Lewis Guitars que l’on voit ici dans son atelier de Cantley, montre quelques modèles basés sur le design de la célèbre Stratocaster de Fender.

La passion de la musique portée dans un atelier de lutherie [VIDÉO]

Sonorisateur de métier, David Lewis a passé les 15 dernières années de sa carrière sur la route, principalement avec The Barr Brothers, mais aussi avec Timber Timbre et Fet.Nat. En 2018. il était en lice pour le Félix de Sonorisateur de l’année au Gala de l’ADISQ et avant la crise de la COVID-19, il devait partir en tournée avec Kid Koala.

Au fil de ses tournées, il a souvent été appelé à réparer des instruments de musique, à remettre en état des amplificateurs, des pédales d’effets ou d’autres pièces d’équipement qui, en cours de route, faisaient défaut.

« Mes plans professionnels ont été chamboulés par le coronavirus, de confier au Droit David Lewis. Mais, c’est un mal pour un bien parce que j’ai pu retourner dans mon atelier et consacrer tout mon temps à la fabrication de mes guitares ».

Fabriquer des guitares électriques est plus qu’un hobby pour M. Lewis, c’est une véritable passion. « J’ai mis sur pied mon petit atelier en 2016, mais il y a des années que la lutherie me passionne, d’expliquer le jeune artisan. Cette passion pour les guitares est là depuis toujours. J’ai toujours été un fan des guitares Fender. Pour être franc, Fender est mon inspiration. »

Et cette inspiration est clairement identifiable dans les modèles de guitare fabriqués par Lewis Guitar. Et ce sont les techniques de fabrication du géant américain qui forge la signature de ses six cordes.

« Je m’inspire de ce qui se faisait dans les années 50 et 60 chez Fender, avoue David. J’utilise la nitrocellulose pour les finis de mes guitares, comme dans ces années-là. Ce produit n’affecte pas le bois et donne une touche très vintage à mes instruments. »

La laque nitrocellulosique est le produit qui avait permis de multiplier la gamme des couleurs proposée en finition des voitures dans les années 20. C’est pourquoi les couleurs des guitares Fender étaient toutes identifiées à des modèles de voitures. C’est en 1969 que l’entreprise de Scottsdale en Arizona arrête l’utilisation de la nitrocellulose pour se tourner vers le polyuréthane pour la finition de ses guitares.

« Je peux mettre des dizaines de couches de laque et je n’atteindrais pas un millimètre d’épaisseur, explique le luthier. Le bois n’est pas affecté, ce qui ajoute à la qualité de la sonorité des guitares. Avec le temps, la laque vieillit et craque. Ça donne une touche vintage que beaucoup de musiciens apprécient. D’ailleurs, Fender a récemment repris ce procédé de fabrication à la demande générale. »

Le luthier David Lewis et ses guitares

Fabrication traditionnelle

La qualité du bois est primordiale dans la fabrication d’une guitare, qu’elle soit acoustique ou électrique.

Chez Lewis Guitars, l’aulne et l’érable sont les essences choisies pour la fabrication de ses instruments.

« J’utilise l’aulne pour le corps de la guitare et l’érable pour le manche, ajoute David. Ce sont des essences de bois qui sont souvent utilisés en lutherie, autant pour leur qualité de résonance que pour leur résistance au temps ».

Pour l’électronique contenue dans les instruments fabriqués par David Lewis, ce dernier insiste pour dire qu’il les fabrique lui-même avec des composantes qu’il acquiert chez un fournisseur américain.

« J’ai acquis de l’expérience à ce niveau en travaillant chez Fairfield Circuitry, une entreprise d’Ottawa qui se spécialise dans la fabrication de pédales d’effets pour les guitares, dit-il. J’ai pu mettre à profit cette expérience pour fabriquer les pick-ups (NDLR: micros) que j’utilise pour mes guitares. La seule chose que je ne conçois pas moi-même, c’est la quincaillerie comme les clés et les frettes ainsi que les pièces mécaniques. »

Une touche de modernité

Malgré cette tendance à vouloir rester dans les méthodes traditionnelles de fabrication, David Lewis ajoute une touche de modernité à ses instruments, surtout quand vient le temps de les concevoir.

La machinerie utilisée pour la découpe des corps et des manches est une machine CNC, une machine-outil dotée d’une commande numérique assurée par un ordinateur, très utilisée dans le monde de la lutherie.

« Grâce à un logiciel de dessin 3D, je peux faire une découpe très très précise, explique-t-il. Dans les faits, je pourrais même reproduire sur le bois une pièce de 10 cents. C’est très précis comme machinerie. »

Depuis l’ouverture de son atelier en 2016, David a livré 95 guitares basées sur les modèles Telecaster et Stratocaster de Fender.

Présentement, le luthier est en train de développer ses propres designs basés sur ses idées et celles de plusieurs musiciens rencontrés au fil de sa carrière. Il espère les mettre en marché dans les prochains mois. Un prototype a déjà été fabriqué. Ses modèles se vendent présentement entre 300 et 400 $ US.

Renseignements: lewiscustomguitars.com ; info@lewis-guitars.com

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CE QU'ILS EN PENSENT...

Le Droit a demandé à quelques musiciens leur point de vue sur l’acquisition d’un instrument fait sur mesure par un luthier. Voici leur réaction.

« J’ai eu des mauvaises expériences et je suis vraiment porté à y aller avec des valeurs sûres. Par contre, il ne faut pas oublier que des grands noms de la lutherie ont commencé dans un petit atelier. On a qu’à penser à Boucher, ils sont maintenant des chefs de file. Et aussi, il ne faut pas oublier que même chez Fender ou chez Gibson, on tombe parfois sur des citrons. »

Rob Langlois, musicien (Bodh’aktan, Marie-Mai, Travis Cormier)

Rob Langlois

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« Je n’ai jamais eu de guitare faite par un luthier, mais ça fait un certain temps que j’en rêve. Autant pour une guitare électrique qu’acoustique. J’aimerais avoir un instrument à mon goût, en mélangeant tout ce que je préfère des marques plus commerciales et en y rajoutant une p’tite touche personnelle. Un circuit personnalisé, une pédale d’effet intégré, déterminer l’épaisseur du manche, l’écart entre les frettes, etc. J’aime aussi l’idée que ce soit un artiste qui la fabrique. Qu’on se jase, qu’on se connaisse. Qu’il cerne vraiment mes besoins. Là où ça fesse, selon moi, c’est le prix. Même si ça le vaut amplement, je suis encore à l’étape où je me demande si je peux me permettre l’achat d’une telle pièce. »

Francis Faubert, auteur-compositeur-interprète

Francis Faubert

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« J’adore les guitares faites à la main. J’en possède d’ailleurs une qui a été fabriquée spécialement pour moi par Dill Harden, un luthier de Chicago. Je trouve que chacun de ces instruments est unique, qu’il a sa sonorité propre. Je suis un musicien qui réagit à l’instrument et non pas le contraire. J’ai une passion pour les guitares et ce que j’aime le plus, c’est justement d’en essayer plusieurs et me laisser porter par la personnalité de l’instrument. Par exemple, je vais jouer différemment sur une Stratocaster que sur une Les Paul. Je trouve que chaque instrument à sa propre voix et c’est encore plus flagrant pour les instruments de luthier. À leurs débuts, les grands fabricants comme Fender et Gibson étaient des artisans passionnés, comme les luthiers indépendants d’aujourd’hui. Ils ont le souci du détail et du travail bien fait. Ils ne laisseront jamais sortir une guitare de leur atelier sans avoir l’assurance d’une qualité de fabrication exceptionnelle. »

Ricky Paquette, auteur-compositeur-interprète et guitariste

Ricky Paquette

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« J’utilise principalement des instruments de grands fabricants, mais j’ai eu la chance de jouer sur des instruments faits sur mesure. Dans la grande majorité des cas, ils sont de grande qualité et leur minutie est remarquable. Beaucoup sont basés sur des marques connues et bien souvent, ces instruments sont reproduits de façon plus appliquée. La grande différence, selon moi, est le choix de meilleurs matériaux et le temps passé à la fabrication. En un sens, le contrôle de la qualité est supérieur aux normes industrielles. Aussi, avec ce genre d’artisans, ils peuvent fabriquer un instrument de musique selon nos spécifications techniques et esthétiques. Il n’y a pas de limite. Le seul hic est souvent le prix, ce qui rend ces instruments moins accessibles. »

Yanick Boivin, auteur-compositeur-interprète et musicien (La Chicane, Yelo Molo)

Yanick Boivin

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« Avoir un instrument fait sur mesure comporte plusieurs avantages. Quand il est fait selon nos propres spécifications, cela bonifie la façon dont le musicien joue de son instrument et peut même l’amener à progresser encore plus dans sa virtuosité. »

Jérémi Pierre Caron, auteur-compositeur-interprète (Outside I’m a Giant)

Jérémi Pierre Caron