Jean-Pierre Ferland était de passage dans la région pour donner un spectacle à Alma et faire la promotion de son dernier album, Toutes les femmes de ma vie.

Jean-Pierre Ferland: un gentilhomme et un champion

CHRONIQUE / « Je n’étais pas beau. Vous allez me dire je ne le suis pas plus aujourd’hui, et la seule façon que j’ai trouvé de plaire aux femmes, c’était d’être intéressant. J’avais des boutons, je faisais de l’acné et je me demandais comment faire pour attirer les filles. Je fais ce métier pour être aimé », lance Jean-Pierre Ferland, dans le petit bureau d’entrevue du journal.

Il l’a déjà dit des centaines de fois en entrevue, mais de me le faire dire en personne, dans le cadre d’une petite rencontre pour faire la promotion de son dernier album, Les femmes de ma vie, j’étais heureux de l’entendre de sa voix enjouée, toujours un peu rieur.

Le don des mots

« T’es belle en femme ou en enfant/Les cheveux longs ou courts/T’es belle pour longtemps/T’es belle pour toujours/Il n’y a pas d’année/Qui touche à ta beauté/T’es belle pour longtemps/T’es belle pour toujours/Naturelle, à mon goût/Sans lunettes de soleil et sans bijoux ».

J’aurais aimé écrire ça à ma blonde dans une carte ou dans un mot d’amour.

Il a le don des mots, pour inventer l’expression « une chance qu’on ç’a » et d’y ajouter « Je ferais tous les planétariums/Chercher dans toutes les galaxies/La crème des femmes/Que je finirai dans ton lit ».

« Chez nous, il n’y avait pas de littérature, pas de musique dans la maison. Mais j’adorais ma mère. Mon père, lui, il boudait. Il pouvait bouder pendant des jours, et ma mère pleurait jusqu’à ce qu’il lui reparle. Un de ces jours que ma mère pleurait, j’avais 9 ans et je lui ai dit : “Allez-vous-en donc, il vous fait toujours pleurer, et nous, on va s’arranger” », me raconte Jean-Pierre Ferland, quand je lui demande d’où vient cet amour pour la poésie romantique.

« Et là ma mère m’a répondu : “Je ne vais pas partir parce que je l’aime”. Ç’a été mon premier contact avec l’amour ; avec ce que voulait dire aimer », ajoute-t-il.

Ça l’a peut-être inspiré pour la chanson Faut pas aimer trop vite, quand il chante : « Pour qu’une femme soit séduite, faut la trahir à mort/Y a des filles qui méritent qu’on jouse avec leur corps/Il faut qu’après la bite, les hanches brûlent encore. »

Je ne suis pas sûr qu’il pourrait écrire encore cette chanson aujourd’hui, mais c’était l’époque.

Toujours au travail

Dans Montréal est une femme, il réussit à faire de la poésie avec du béton et des avions : « Que c’est beau que c’est chouette/Un B747/Quand c’est toi qu’il me ramène/Ça sent bon le kérosène ».

Il écrit encore, à 84 ans. Il veut écrire un album pour sa conjointe, Julie Anne Saumur. « La musique me parle encore et de plus en plus. Je suis moins nerveux. Dès que j’arrive sur scène, les applaudissements me rentrent dedans comme une grosse marque d’amour. Ça me fait grand bien », dit-il.

« On m’a commandé une chanson sur l’autisme. Ça va s’appeler Le monde de Benjamin. Je vais le rencontrer prochainement. Il faut que je comprenne son monde pour écrire de quoi de touchant », confie l’auteur-compositeur-interprète qui a déjà écrit Ma chambre pour Céline Dion et Un gentilhomme et un champion pour le père du coureur automobile Gilles Villeneuve.

« Le père de Gilles (Séville Villeneuve) était mon accordeur de piano. Il m’a demandé d’écrire une chanson qui parle de son fils. Il pleurait quand il m’a demandé ça », se rappelle Jean-Pierre Ferland. « Tu dois rire/Tu dois rire/Dans le salon des champions/À côté de Napoléon/De nous voir inconsolés/C’est qu’on ne voit pas souvent passer/Dans le ciel des célébrités/Un gentilhomme et un champion »

« Peu de gens connaissent cette chanson, j’ai l’impression que les gens de l’industrie de la course automobile n’ont pas beaucoup de considération pour la poésie », dit-il du bout des lèvres, pour ne blesser personne.

Je reviens chez nous

En terminant l’entrevue, je lui demande si les chanteurs populaires font autant d’argent que les humoristes ? « Bien plus, je collecte encore des droits d’auteur pour la chanson Je reviens chez nous que Nana Mouskouri a traduite en sept langues et qui tourne partout dans le monde. Je n’ose pas dire combien ça me rapporte, ce serait trop prétentieux », laisse tomber celui qui a déjà confié, en entrevue, que ses droits d’auteurs étaient de plus d’un million de dollars, juste pour cette chanson. « De toute façon, j’ai déjà tout dépensé », dit-il en riant.

Il a donné un spectacle à Baie-Comeau, à Saint-Irénée et à Alma ces derniers jours, et il sera à Joliette la semaine prochaine.

Jean-Pierre Ferland ne sait pas s’il va chanter aussi longtemps que Charles Aznavour. « Ce n’est pas moi qui vais décider ça, c’est le public. » Et sa conjointe de l’interrompre : « Non, c’est moi qui vais décider. »

Comme ce fût le cas toute sa vie, c’est encore une femme qui va régler son sort.