Le saxophoniste Jean Cloutier se lance avec un tout premier album à son nom.
Le saxophoniste Jean Cloutier se lance avec un tout premier album à son nom.

Jean Cloutier, un saxo en voyage dans la world musique

Après des années à arpenter les planches au côté de sa conjointe, la conteuse Danièle Vallée, dont il habillait musicalement les prestations scéniques, le saxophoniste Jean Cloutier se lance avec un tout premier album à son nom.

Son disque, un ep de jazz intitulé Hannah-Carillon, référence au coin de rue d’Ottawa près duquel il a été composé (Natif de Hull, Jean Cloutier a élu domicile dans le quartier Vanier il y a quelque 35 ans), est paru vendredi 12 juin.

Hannah-Carillon est constitué de cinq pièces instrumentales d’excellente facture, où les saxophones (alto et baryton), explorent le monde, jouant de clins d’œils à la world musique et aux sonorités électros, et superposent parfois leurs textures, comme sur cette entêtante Valse pour ma mère, une valse allant crescendo, et aux accents exogènes.

Du jazz qui ‘coule de source’, tout s’affichant résolument moderne. Bien qu’il joue avec l’exotisme, Jean Cloutier n’explore pas l’énergie du jazz fusion, dont les rythmiques ont tendance à s’emballer. Délicates, les compositions respirent le calme. Sans verser non plus dans le be bop ou le blue note.

À ses côté, quatre musiciens émérites de la région: Normand Glaude (contrebasse), Michel Delage (batterie), Wolanyo Akakpo (percussions), ainsi que Dominique Saint-Pierre, ici en homme à tout faire (claviers divers et percussions, mais aussi à la programmation, l’échantillonnage et la réalisation de l’album), venu prêter son oreille et son imagination «avant-gardiste».

Une vidéo a été concoctée pour souligner son lancement virtuel.

Les morceaux ont été enregistrés au Morning Anthem, le studio de Norman Glaude à Cumberland. Chaque morceau se démarque par sa signature sonore, son identité propre.

La «fusion» des cinq musiciens, réussie, est d’autant plus surprenante qu’ils se connaissaient de réputation, mais n’avaient jamais vraiment joué ensemble. Jean Cloutier et Dominique Saint-Pierre avait partagé les planches une fois, à l’occasion d’un spectacle musico-littéraire consacré au poète ontarien Robert Dixon. Wolanyo avait participé à la série des Contes Nomades organisés par Danielle Vallée. Mais «le quintette a été monté spécifiquement pour l’album, confie Jean Cloutier.

«Je n’avais aucune connaissance dans la production d’un CD. Quand j’ai rencontré Dominique St Pierre pour lui parler du projet, je pensais qu’il allait juste retravailler un peu [mes maquettes.] Il a répondu ‘non, mais on va ré-enregistrer ça de façon plus naturelle, et avec des musiciens qui jouent ensemble, pour la chimie’, et afin de trouver des sonorités plus organiques.» Résultat: «On a atterri plus loin que prévu», sourit Jean Cloutier, en repiquant cette citation au disque Fiori-Séguin.

Le saxophoniste Jean Cloutier se lance avec un tout premier album à son nom.

Voyages

Certaines compositions sont plus âgées que d’autres. Deux d’entre elles, notamment, ont fait pas mal de chemin. Dans ses premières moutures, la pièce Le Deux a accompagné Danièle Vallée sur scène, dans la présentation théâtrale de son récit éponyme. Ce récit a d’ailleurs fait l’objet, en 2004, d’une publication illustrée par Christian Quesnel (Le Deux, Éditions David); il y est question de transports en commun et d’imagination en solo, à bord d’un autobus.

La mélodie de Bagdad Blues a servi à habiller la forme scénique d’un texte de Danièle Vallée (tiré de son livre Sous la jupe ; David, 2013). Le couple a proposé le spectacle La Cérémonie, qui a décroché le Hibou d’or (décerné par le public), lors de sa présentation au Centre national des arts, dans le cadre des Contes nomades.

«Improvisée sur une gamme mineure harmonique», précise Jean Cloutier, les sonorités arabisantes de Bagdad Blues dessinent le paysage exotique d’une ville qui «se réveille aux sons de l’appel à la prière et des hélicoptères», avant de retrouver son train-train quotidien dans le brouhaha des marchés, dans une «agitation bluesée», puis qui s’apaise en fin de journée, lorsque du minaret monte l’appel à la prière du soir.

La pièce Un chat à la fenêtre puise quant à elle son origine dans un solo de saxo composé pour le rappeur d’Ottawa Le R, qui avait intégré cette mélodie à sa chanson Pourquoi les chats attendent aux fenêtres, qui figure sur l’album Cœur de pion (2014). Jean Cloutier a toutefois complètement revu «l’ambiance et la rythmique» de cette mélodie retravaillée avec ses complices Dominique Saint-Pierre et Normand Glaude.

Une vidéo de chats a été concoctée par Maurice Demers (conjoint de la peintre Suzon Demers, qui avait illustré Sous la jupe) pour accompagner ce morceau.

C’est un voyage en France qui a inspiré à Jean Cloutier L’ermite. Alors qu’il remontait la Loire à vélo en compagnie de son épouse, le couple est tombé sous le charme d’une vieille église médiévale cachée dans le village de Saint-Gondon. Ce petit village porte le nom d’un sage ermite du VIe siècle, témoigne le musicien. «En 2020, on est en quelque sorte tous devenus des ermites», note-t-il, amusé par la coïncidence qu’offre à sa composition l’actualité pandémique.

La ritournelle de Valse sur ma mère est un hommage à la femme qui a offert à Jean Coutier son premier instrument, «il y a plus de 40 ans».

«Ma mère à été très présente dans ma jeunesse. Elle écoutait à peu près tous les genres de musique, et m’a encouragé à en faire. [....] J’avais 17 ans quand elle est allée m’acheter un saxo. C’est là que tout a commencé», retrace-t-il. Musicien «autodidacte», il avait auparavant fréquenté le Conservatoire et acquis des «bases» au violon et en percussions. Jean Cloutier mène en parallèle à la scène une vie de comptable agréé.

Jean Cloutier «mijote à feu doux» l’idée de présenter son album en spectacle, à l’issue des mesure sanitaires et des «2 mètres de distance» qui continuent d’affecter le milieu du spectacle. Il espère pouvoir réunir les musiciens que l’on retrouve sur l’album, ainsi que Danièle Vallée, qui pourrait se greffer au spectacle en récitant des textes.

Hannah-Carillon est disponible sur le bandcamp de l’artiste (jeancloutier.bandcamp.com) et via le site Internet de l’APCM (apcm.ca).